Mon arrivée en Roumanie fut un choc de plein fouet pour mon esprit de nomade,c'était le dix-neuvième pays de mon parcours et je savais que je verrai des choses uniques à ce pays.Mais ce fut plus que mon imagination avait supposé.Déjà au poste frontière lorsqu'un douanier roumain vérifia mon passeport,je fut intriguer par sa façon pas sérieuse d'être sérieux qui est un aspect du comportement de beaucoup là-bas.Quelques kilomètres sur une route défoncée et me voici dans le fouillis indescriptible,inimaginable,d'une petite ville.Un mélange de taudis avec quelques signes de modernité.Des constructions qui tiennent difficilement debouts,des réhabilitations à la hâte avec les moyens détournés du moment,des volailles qui se sauvent devant les vieilles "caisses" de toutes les couleurs,des chiens errants et maigres,voilà une partie du tableau où j'ai tout à coup atterri.A ma première impression du lieu,je doutais anxieusement d'obtenir des Lei et une carte routière dans ce rocambolesque bourg à l'anarchie débridée.Je ne savais rien alors du pays qui mèle la pagaille majoritaire à une société bien réelle,mais désordonnée à souhait et pleine de situations comiques.Il y avait un café internet où des ados en haillons se pressaient,il y avait une banque telle un salon au centre d'un chantier boueux,il y avait un kiosque à journaux jurant avec le cadre.Il y avait moi sur un vélo dans un décor où finalement tout semblait aller de soi malgré une évidente absence d'organisation.Une départementale dernièrement goudronnée,-C'est agréable dans ce pays où la plupart des routes sont en très piteux états-,me conduit vers Satu Mare,ville de cent-dix mille habitants du Nord-Ouest du pays.Je croise des carrioles à chevaux,transportant de un à sept ou huit passagers,parfois euphoriques sous l'effet de la fougue des deux ou de l'unique équidés.La plupart transportent de l'herbe fraîche coupée à la faux pour la ou les deux ou trois vaches à demi aveugles dans une vieille étable.Des hommes vivent seuls dans des cabanes en bottes de paille,dans les champs près de l'axe routier,dehors près de leur logis il ya un coin feu de bois et chaudron de cuisine ainsi qu'une réserve d'eau potable dans un fût en plastiqueQuelle est l'emploi du temps de ces hommes?Les découvertes défilent trop vite ce premier jour roumain et dans mon esprit les questions se bousculent mais restent sans réponse.Des marchands à la sauvette,regroupés en fratries ou en clans proposent fruits et légumes de leurs potagers pour améliorer le peu de l'ordinaire des jours.Pommes,poires,prunes,pommes-de-terre,poireaux,pastèques empilés en petits monuments se trouvent à gauche et à droite de mon trajet.Ces marchés noirs des bords de routes permettra à tout ces gens de s'offrir en plus du pain journalier,une bouteille de bière,un peu de viande,des cigarettes...Des bohémiens en roulottes jettent la peau piquante d'un hérisson qui rotira à leur campement,celle-ci atterrie sur la roue avant de mon vélo.C'est si drôle que je trouve la vie belle et généreuse en cocasseries pour moi.Ces fils du vent fouillent dans les immondices,récupèrent des objets flottants dans les cours d'eau,vendent des champignons des bois à la sauvette...Je suis à Satu Mare,j'ai quitté provisoirement un mode de vie médiéval pour bondir de quelques siècles en avant de l'évolution du genre humain.Le paysage urbain est celui d'une ville moderne comme il y en a dans la plupart des pays:services,commerces,divertissement culturels...Elles se ressemblent de plus en plus.C'est assez triste cette standardisation mais c'est aussi pratique pour mener son affaire de voyageur à vélo.Je me relaxe assis à une terrasse de café.Il y a dans les rues des très élangants,polis et rincés détails par détails,et des miséreux loqueteux.Les contrastes entre la population est saississant.A un feu tricolore,une gamine de dix ans fait la manche avec un bébé entre ses bras,à un autre un unijambiste s'adonne au même exercice.La misère s'affiche volontairement ,on en rajoute même dans le but d'obtenir monnaie sonnante et trébuchante.La fin du jour approche,l'heure d'acheter les quotidiennes victuailles;Ces achats,ces rués dans les alimentations sont un plaisir pour moi,une raison de plus d'aimer mes périples vélocipèdes.Dans trente pays d'Europe,combien de temps ai-je passé à poser mes pieds de cycliste devant les rayons de ces commerces?Combien de paquets différents ai-je eu sous les yeux lors de ces petites tribulations où les muscles de mes jambes se décontractent?.Je suis dans une boucherie,et les boucheries c'est drôles ou pitoyables.Cette façon innocente qu'on les hommes de croquer de l'animal,cet instinct féroce difficilement altérable,trouvez cela comme vous voudrez,faîtes en votre plat d'humeur.Je suis donc dans une boucherie au nord de la Roumanie,le boucher et sa femme côte à côte derrière l'étal ne connaissant pas le moindre mot d'anglais et de mon côté j'en ai dix de roumain écrits sur un bout de papier non utiles en cette circonstence.Je viens de quitter ma selle,pas mal assomé de fatigue par la première étape tout en folklore,alors choisir un morceau de protéines est une gageure.Je demande une tranche de veau,je ne suis pas bien sûr au fait et je lâche un au-revoir en roumain dans le doute total d'une audible prononciation.Un sourire se dessine sur les visages des commerçants ce qui me rassure pour la suite.Les roumains sont des personnes simples,qui allient une franchise quelque peu puérile à de la négligence ici ou là.Dans les épiceries j'ai assez souvent des soucis de distinction devant ces produits alimentaires inconnus à mes yeux de petits français conditionné par son pays.Ici,je voulais du miel et j'ai eu entre les doigts de la crème au citron,là j'ai acheté du hareng sucré en bocal que mes papilles malgré le renfort d'un esprit positif ont constesté sans rémission.Fin d'après-midi,le moment du jour où la question de ma nuit me taraude,une route secondaire me fait quitter l'artère bruyante et de plus réprésente un raccourci intéressant sur ma direction,cela dit dans ce pays ce genre d'initiative signifie haut-risque de pistes défoncées.Le choix s'impose malgré tout.Il pleut fort ce qui ajoute à mon angoisse relatif à un bon bivouac,cette voie est en fait une piste avec des trous et des flaques d'eau plus étendues que les parties à peu près pratiquables où je zigzague incoyablement entre des bas-côtés tout à fait insalubres Les attelages au rythme préssé font concurrence aux Dacia bringuebalantes.Ils courent après leurs maigres pitances journalières.Leur vie comme toute les autres est une habitude et je devine que leurs rondes sont malgré tout providentielles.Je n'ai pas besoin de m'ériger des règles de respect face à ces gens,habitants d'un pays plus pauvre que le mien, dont j'ignore les richesses d'âmes. Humble cyclocampeur,j'ai l'avantage de ne jamais ou presque soulever de convoitises.Un marginal,un allumé,un aventurier,un isolé,telle est l'identité que je suggère.Je passe et automatiquement je m'imprègne des endroits où mes roues tournent.De cette immersion je suis bénie car ma soif d'évasion est abreuvée à souhait et ainsi j'aime sans préjugés,je fais face naïvement au spectacle incessant sur ma route nomade.Mes étapes sont rythmées par mes demandes d'eau potable chez les autochtones et cela aboutit parfois à des amitiés de passage fort précieuses comme ce soir dans cette Roumanie où j'ai la sensation continuelle d'être en plein coeur des trépidences.Ce peuple fabrique beaucoup d'agitation qui supplait à la chiche condition de la majorité.Un scénério bien rôdé se reproduit pour mon plus grand bonheur quasiment chaque jour,après que mes deux yeux se soient écarquillés le temps de kilomètres me semblant alors interminables,la fatigue altérant mes perceptions et ma patience,je trouve le peu dont j'ai vitalement besoin:Un emplacement pour la guitoune et trois litres d'eau potable(minimum).Je suis invité à passer ma nuit dans le jardin,qui est plutôt un terrain vague,de Georges et Anna.L'hospitalité des habitants est une aubaine pour le cyclocampeur,une simple douche des minutes de douce détente bienheureuse.J'essaie de m'accomoder de tout ce que l'on m'offre,d'une part par gentillesse envers mes convives mais aussi parce que je pense que tout ce que les hommes donnent de bon coeur à une valeur à ne pas spolier.Je peine à trouver un emplaçement dans ce terrain dernière catégorie et puis un gros chien me taquine un peu férocement,quant à la douche qui arrive,ce sera un petit filet d'eau froide debout dans une vieille baignoire.C'est déjà ça,beaucoup d'autres soirs,je serai plus mal loti avec le confort.J'ai dormi sur la neige,sous la tente écrasée par un vent violent,sur les ronces,sur des gros cailloux,sur une pelouse en plein Rome, avec des cochons ou des vaches autour de la tente,au milieu des moutons dans une bergerie,à la place d'une jument dans une cabane,avec des chiens errants dans une maison abandonnée,parmi des gens du voyage dans des campements de fortune,dans un cabanon empli de bouts de bois(près du Cap Nord),dans des cabanes à foin en Roumanie,dans plusieurs vignes,sur des plages à la belle étoile,dans des chapelles,dans un presbytère,dans les bois avec des renards,des élans et peut-être des ours alentours,dans une carcasse de voiture entouré par une colonie de chats,sur des sommiers sans matelas dans des maisons inhabitées,dans les cassissiers près d'un monastère,dans un marécage,dans une barque,sur les ferries,sur un terrain de golf,dans une salle des fêtes,dans des endroits infestés de moustiques,de mouches,de sangsues,dans une reserve naturelle interdite au camping où je me suis fondu dans le paysage,dans le bahut d'un camion abandonné,sous un pont,dans des hôtels de misère plus ou moins sordides.Le"breakfast" offert par mes hôtes est le temps d'un de ces inoubliables moments de convivialité que ma route favorisent.Lors de ces invitations éclairs je vis les moments avec une adaptation formidable.Rien n'entrave mon esprit et de mes amis de l'instant à la fois très proches et à un bout d'année lumière de moi,je ressens les fibres des existences avec vérité,je devine leurs quotidiens habilement.Ces fraternités de passage sont des instants favorisés aussi pour les gens qui m'ouvrent leurs portes car les cyclocampeurs portent charisme contagieux de leur nomadisme et nos existences décalées irradient l'air de l'aventure se portant bien.Georges et Anna sont deux ingénieurs retraités.Je veux bien!Vu leur très modeste situation matérielle,néanmoins assez privilégié dans la Roumanie de 2006,je devine l'héritage de l'ancienne dictature et le chaos duquelle le pays peine à se relever.Les plus âgés pour la plupart ne franchiront pas le pas pour une nouvelle forme d'éxistence,quant aux plus jeunes,c'est dans l'anarchie et la confusion,que souvent ils se débattent pour une vie plus brillante.Le pays est lancé dans la course intrépide à l'occidentalisation et sous sa dépendance,miroir aux alouettes ou fontaine de jouvence.Je déguste le café,la jeune fille de la maison reçoit son petit copain et tout deux s'en vont dans une chambre pour du plaisir.J'apprécie la simplicité,la transparence qui émane de la façon d'agir des gens ici.Je suis sur la scène d'un gigantesque théâtre à ciel ouvert.Très peu de vanité chez eux,pas de véritable fierté mais la vie laborieuse à poursuivre dans un continuel jeu à réussir,à ne pas perdre.Ainsi la pauvreté de beaucoup est un atout de fraternité,en tout cas de loyauté.L'entière matinée nous bavardons avec un mélange de mots français,anglais et roumains,buvotant six ou sept cafés.Il n'y a pas vraiment autre chose comme douceur.Je comprends qu'il tiennent à leur maigre réserve.Les roumains à l'image de Georges et Anna préfèrent rirent d'eux même,ils ont l'art d'entretenir une joie de vivre bâtie sur pas grand chose mais précieuse comme un soleil chaud le matin quand il a fait froid dans la maison non chauffée. L'heure du redépart,le 120 ème de mon voyage,et à chaque fois ce bonheur léger de se sentir partir vers d'autres aventures.Une pluie diluvienne claque sur la chaussée défoncée,il faut être un félé du vélocamping qui a choisi de ne pas avoir le choix avec les intempéries pour zizgager entre les trous,les poules et les dacias en ce milieu de journée alors que je renifle les odeurs de cuisines qui planent entre les maisons,les taudis,les barraques en bois recouvertes de tôles ondulées.Je hume des senteurs de viandes,de patates et de haricots chauds,je devine à peine d'autres exhalaisons simples et réconfortantes.Je ne stresse pas au sujet d'une éventuelle insécurité dans cette campagne pimentée de toute part par l'âme roumaine autochtone que j'apprivoise à ma façon.Le côté bon enfant généralisé est rassurant. Le tracas le plus ennuyeux du nomade à vélo est de resister aux pluies du ciel sans devenir une éponge grelottante,l'équipement idéal éxiste-t'il, moi je ne le connaîs pas.Mes derniers recours pour ne pas jeter l'éponge,des sacs "plastocs" sur mes vieilles sandales et changer au moment opportun le tee-chirt détrempé sur ma peau,un point c'est tout.En réalité,j'aime voyager à la dure,je pense que c'est ainsi que je dois visiter le monde,que mon corps me parle et comprends mieux que mon esprit paralysé sous l'effort du pédalage,le décor de ma route et tout les pourquoi qu'il soulève.Des chars tractés le plus souvent par un cheval adulte et un grand poulain,ingénieusement attelés,transportent parfois une famille entière,de l'herbe fraîche,des pastèques,des vieux meubles...Je double ces équipages en frôlant la vie de ces autres nomades, nous sommes infiniment différents pourtant nos quêtes d'idéal se rejoignent.En cela différent des turcs par exemple,rarement un roumain fit des gestes de salut à mon passage.C'est quelquefois de plusieurs centaines de mètres que l'on voit se pointer le bonhomme,le vélo et les vingt,trente ou quarante kilos de chargement.Quelle est cette intrus semblant toute pacifique qui s'approche là?En Roumanie,l'on communique beaucoup par la façon de se regarder,par les expressions s'inscrivant sur les visages.Les gens qui sillonnent les routes sont pudiques,enfantins et je suppose,fatalistes,mystiques.Ils s'en remettent à leur sort avec des airs de religion sans avoir besoin de pratique. Les éclairs sont bas,aveuglants,de térrifiants serpents géants de feu,le tonnerre est tonituant,la route se transforme en un cours d'eau,le jour est devenu nuit,je suis devenu un vagabond de l'impossible.Je me réfugie dans les vestiaires d'une petite usine de mécanique.Les lieux me rapellent certaines choses d'autrefois dans ma vie.La culture roumaine comme la française est principalement d'origine latine,et cela explique le parrallèle,les comparaisons des deux pays s'imposant à moi évidemment.Leur esprit dans l'action,leurs rapports humains,leurs façons en tout,ont quelque chose de chez nous.Ce qui est drôle,c'est la différence dans la ressemblance.Leurs vies ont l'air plus lourdes,plus lentes,plus sommaires et pourtant il y a du français dans le roumain.Et j'épprouve naturellement de la tendresse pour ces demi-frères de culture.J'ai le loisir d'échanger quelques mots avec une ouvrière,mon linge détrempé séchera près du poêle à charbon,et l'on m'offre un café,puis l'éclaircie du ciel me permet d'enfourcher le vélo regaillardi et optimiste.Quelques kilomètres le coeur léger:L'idée à l'esprit que dans cette région du monde je peux compter sur la charité des uns et des autres.Nouvel orage,le déluge toujours:Cette fois-ci,je trouve abri dans le hall d'un supermarché.Le vélo est abrité,il y a des petits pains et des boissons chaudes.La population colorée s'adonne à ses affaires d'emplettes.L'endroit est idéal pour observer le consommateur dans son temple "new look",pour comprendre un certain niveau de vie propre au pays.Il y a de drôles de caddies avec une partie coulissante,faisant songer à un tiroir.Je constate que les clients achètent une importante réserve d'une même denrée,d'une chose,différemment de nous autres qui le plus souvent achetons un peu de tout en petite quantité. De quoi se compose le plus habituellement mon alimentation de voyageur-sportif à vélo?:Les incontournables:Bananes(fruit universel en vogue pareillement dans les centres villes encombrés que dans les campagnes les plus désertes),les pâtes,le chocolat,les yogourts,le muesli,le thé,le café,et le reste;C'est à dire un peu de tout mais surtout pas n'importe quoi car je veille à une alimentation équilibrée,c'est tant profitable pour l'endurance sur le vélo.Ai-je le temps de cuisiner les soirs au bivouac?Je n'en ai ni vraiment la force,ni vraiment la nécéssité.Sauf élaborer vite fait une sauce pour mon plat de sucre lent,faire cuire une tranche de viande,suivre les indications d'un plat à réchauffer,je ne cuisine pas davantage.Dans les pays bon marché (Pays Baltes,Ex bloc de l'est),les restaurants étaient avantageux.Plus besoin de me casser le tête,pour plus ou moins cinq euros,je pouvais me rassassier servi comme le prince.Le voyage-vélocamping demande une adaptation continuelle,qui sera plus intense pour les bourses rétrécies et peu garnies.Les deux cent jours de ce tour d'europe m'ont coûté seize euros la journée. Je suis dépaysé surtout par les anachroniques façons de vivre et les décors particuliers qui vont avec.Ce décalage est pour beaucoup une des conséquences de la dictature Ceausescu,chef de l'état de 1967 à 1989.Aussi,je pense que le pays,tout nouveau membre de la CEE,ira mieux à l'avenir.Ils ont souffert de vaches maigres nos amis des Carpates,du Danube,de la Mer Noire,et qui a sû survivre comme eux devient plus sûrement un heureux citoyen du monde lorsqu'un peu d'or remplace le pain noir.Je dois repartir sous la pluie et traverser de part en part la ville de Baïa Mare car sinon je risque de passer la nuit à proximité du supermarché.A choisir entre un campement suréaliste et être totalement mouillé,le moins ennuyeux est la seconde alternative.J'avance aspergé par les automobiles,aveuglé par la réverbération des feux,m'arrêter et consulter ma carte est compliqué,alors je progresse très concentré,régulier,impécablement droit sur le vélo et je trouve mon chemin avec la boussole.La véritable âme du cyclocampeur se révèle dans ses moments précaires où la seule alternative est de poursuivre le périple vaille que vaille,sachant qu'après la peine il y aura du réconfort proportionnellement bon à l'âpreté de l'épreuve franchie.Je me fais penser à une statue de fontaine où l'eau coule sans cesse tout autour lorsque je stoppe à une épicerie.Le poncho est une serpillère qui joue le rôle d'une combinaison de plongée et maintient mon corps à tiède température.Les deux jeunes femmes du magasin sont charmantes,si la poésie est la nourriture des pauvres,elles savent la conjuguer avec leur petite affaire de commerce alimentaire.La finesse de leurs silhouettes,héritage de repas frugaux,la douceur de leurs gestes,l'éclat tendre de leurs yeux,les aimables,amoureux contrastes des couleurs de leurs habillements,le coeur qu'elles font de leurs quelques bijoux,tout ceci me berce tel un enfant dans l'esprit très juvénile de cette contrée où je redécouvre mes émois.Cette étape diluvienne,le sera jusqu'au bout et pour corser le plaisir "masochiste" du cycliste sans frontière,ce jour pour mollets d'acier se termine par un col qui dans ses premières pentes traversent les faubourgs nord de Baïa Mare, délabrés,louches.Certains ne s'inquiètent pas de la douche gratuite qu'il reçoivent d'en haut et restent planter le long de la voie,chassant peut-etre une odeur pour une autre.Odeur de jour ou de nuit,odeur de la terre,du feu,de l'eau,odeur de l'espace,odeur de la misère et de la nouvelle quête du Graal,celle du messie des pays riches de l'ouest,parfum poignant du pays sous lequelle je succombe ému et plein d'une énergie folle.L'agglomération reste un écho dans mon sillage,je suis maintenant seul dans une forêt,sur une route qui monte en lacets,bombardé par le déluge.C'est un de ces soirs où mon esprit doit se cramponner à l'idée que toujours je trouve mon petit bonheur après avoir suer comme un exhilé du genre humain.Une station de sport d'hiver est à quatre kilomètres,la déclivité de mon trajet d'esclave du bivouac s'accentue.Pourvu que ce soit le mieux possible où je passerai la nuit sous ma guitoune ou sous un toit en dur.C'est dans un de ces moments de la vie où l'on se trouve perdu quelque part,sans plus rien pour se reconnaître,se repérer,avec l'obscurité,les masses ombrageuses des arbres,le bruit de l'eau en trois dimensions,à trois cent soixante degrés,encerclé par un chaos dérisoire et un peu lugubre,que je pose à terre le pied final de cette croisière sous avalanche humide.Le complexe hôtelier moderne à des airs de monastère ou encore de pensionnat pour filles, aussi vaguement que d'un hôtel,une architecte d'aujourd'hui qui ne réchauffe pas mes sens alors que je suis dans un état endorphique,ne mesurant plus rien de moi-même,absorbé par la préocupation de mon asile nocturne.Les piteux états du cycliste et de sa monture sont telles que je refuse de me présenter à la reception de cet endroit conçu pour la petite part du camenbert représentant les plus riches.J'installe ma tente sur la dalle en béton du départ du télésiège,en déplaçant les outils et les planches des ouvriers qui me réveilleront demain matin,j'évite à quelques centimètres près de me faire culbuter par les sièges si jamais tout ça se mettait en route subitement.Un de mes plus mauvais bivouac d'homme errant du vélo mais je suis au sec.Il y a toujours un toit pour le nomade vélocipède,le monde est si vaste,l'univers si géant,nu comme un ver luisant dans la position du foetus sous la voûte celeste ou dans un bon gros lit sous un plafond sous une charpente sous des tuiles.J'ai étendu mes vêtements tant bien que mal aux extrémités des planches.La seule vue des pâtes dans l'eau bouillante me réchauffe.Mes sacoches étanches sont éfficaces et j'enfile le linge sec comme une seconde peau bienfaisante.Ma nuit sera une parenthèse dans l'abîme duquel dame nature vers l'aube me tirera dispos pour la liberté sur la selle.
Une petite armée d'ouvriers arrivent à pied de la vallée qui me surprend la tête mal réveillée hors de la tente.Ces prolos parmi les pauvres me font songer aux personnages des romans de Zola,mal habillés,mal peignés,mal rasés,certainement illétrés la plupart.Ils sont presque tous de petites tailles,ce n'est ni comique,ni amusant de se faire chasser de bon matin par une meute devant empreinter un télésiège pour aller au boulot,c'est un peu les deux.L'unique chef qui se distingue par son allure beaucoup plus soignée et par son usage de l'anglais me dit gentiment d'aller rendre des comptes à l'hôtel.Un brin de toilette au petit ruisseau et me voici à la reception;Le café et les images de la télé roumaine me mettent sur pied tout à fait.Ici tout le monde il est bien,il est beau,il a de l'argent.Ca sent le frais et les croissants chauds,c'est tiède et confortable,l'ambiance est dans le feutre.Une belle blonde,objet de douce éxitation pour ces messieurs en détente,sur ma demande fait venir le haut-responsable.L'homme d'une élégance sans faille maîtrise assez bien la langue de Molière et son accent m'interroge sur la sienne."Vous êtes un aventurier monsieur,j'ai moi aussi voyager en vélo dans mon pays lorsque je terminais mes études à Bucarest.Je vous recommande les routes des montagnes transylvaniennes,les paysages sont superbes". Le plein du bidon,deuxième petite toilette de chat pour compléter la première dans la nature et plein d'optimisme,sous un ciel d'éclaircies,le solitaire et son compagnon le vélo s'en vont à la rencontre d'un nouveau monde en vingt quatre heures.Premiers kilomètres en descente:C'est grisant d'entamer facilement l'étape dans la fraîcheur du matin alors que la journée promet du soleil,or intelligent de l'astre père et mère qui séchera les innondations dernières.Je suis dans les montagnes des Maramures,vastes collines couvertes de forêts célèbres pour leur architecture du bois,tout au nord du pays près de la frontière ukrainienne.Des bohémiens ont ceuilli des cèpes qu'ils veulent me vendre.Un petit village et ses portails ouvragés en bois,égaré dans un passé intact,me ravi de dépaysement.Ces portails sont d' imposantes signatures propres à chaque petite propriété dont ils donnent accès.Cet ouvrage a parfois plus de prix que de tout le reste du lieu.Protégées par une petite toiture,deux portes avec des claire-voie ,une petite pour les piétons et une grande pour les charettes sont scellés à de remarquables poteaux également de bois,sculptés de croix orthodoxes et d'autres figures et représentations torsadées,tarabiscotées,bizarres,desquelles je ne peux vous donner plus de détails(Entre avancer sur un vélo chargé et s'adonner à des études de passage,il y a chez moi souvent un facheux divorce).Ce sont de véritables oeuvres d'artistes qui font la fierté des gens d'ici.Ils ont été soignés contre les attaques du temps avec un véritable amour pour ces symboles de foi et de superstition.Sur ma route arrive maintenant Yan et ses buffles qui se fend en deux pour avoir sa photo,il m'écrit son adresse sur un bout de papier avec ses gros doigts de paysan dans l'espoir de recevoir un jour son image,lui qui n'a peut-etre jamais pû se voir ainsi figé sur un rectangle de souvenir et de vol au temps.Un samedi,le jour de l'office religieux;La preuve qu'en cette contrée les années passant n'ont pas stratifié le village en générations aux esprits différents,les jeunes femmes comme les âgées sont vétus toutes semblablement et stationnent face à l'église d'où tinte la cloche dorée de fin de messe.La fille ou la dame se coiffe d'un fichu,revêt un gilet tricoté à la maison,une jupe large tombant à mi-mollets,chausse de solides souliers,cette panoplie pas vraiment sexy étant invariablement d'un noir des plus profond.C'est ainsi que l'idéal féminin de l'élégance et du bon paraître se trouve dans ce ghetto,sourd à la modernité,du nord de la Roumanie.Le charme est certain justement dû à l'impermabilité de ces paysannes aux modes extérieures.Côté messieurs,le chapeau mou souple,le tricot avec ou sans motifs géométriques,les godillots,sont clairs,le pantalon est sombre.Ces gens de prime abord très pieux semblent un peu génés par un exès d'humilité.Leurs mouvements sont lourds ou poussifs comme si d'avoir toujours posés leurs pieds rien qu'ici,la pesanteur de leurs corps s'était élevée.Les maisons,les petites fermes sont de simples rez-de-jardin rectangulaires aux murs en épaisses planches et aux toits de tôles ondulées.Basses-cours,lapins,chats,chiens et compagnie se balladent à leurs grés alentours.Des bidons emplis de lait sont accrochés aux portails de plusieurs habitations,le laitier d'une ferme des environs fait sa tournée avec une charrette.Le pittoresque moyen-âgeux de ce patelin me touche le coeur.Toute mon enfance s'est passée dans une ferme,dans un hameau à deux kilomètres de vélo de la place de l'église d'un bourg de huit fois cinq cent âmes.Depuis quarante ans,la course folle des hommes et de leurs inventions,le fruit du travail des humains,deux bras et un cerveau multipliés par millions,ont pour le meilleure,le moins pire ou lavec fatalité inéxorablement modifié le décor et la donne de nos quotidiens.Tout est trop lent pour que l'on puisse apréhender la mutation et pourtant nos existences sont souvent malmenées,oppréssées par ce championnat des économiques sociétés du monde.Je regrette souvent mon enfance,un chat était un chat,je le happais du regard avec mes yeux de bambin fragile.Je courrais vers les jupes de ma mère,je faisais la sieste tout contre mon père,j'arpentais la campagne frivole ou fripon,joueur,canaille,sensible.J'aimais,j'éprouvais,je rêvais;J'avais moins de huit ans.C'est un retour dans le passé que ces sensations subites et passagères.Ne faisant que passer,dépaysé et jovial,je rejoins une quatrième dimension,celle des voyageurs en général qui ont troqué la routine contre le hasard des autres horizons.-Métaphysique de globe-trotters-Le rythme,le tempo,la condition première du vélovoyageur sont un inépuisable appétit pour la route et l'élan à conserver vers toujours plus de kilomètres.Ainsi en est-t'il de cette liberté particulière...de cette vie mi-civilisée,mi-sauvage...de ces promenades chevauchant sans vergogne des histoires d'hommes,de nature,de cosmos avec pour repère essentiel le tourbillon de deux roues.Sighetul Marmatiei,l'Ukraine est à un vol de moineau,de l'autre côté de la Tisa, mais il n'y a pas de poste frontière.Le passé et la politique ont enfanté entre les pays ce genre de situations absurdes et grotesques.Le passage obligé est à deux cent kilomètres à l'est.Quel intérêt auraient les roumains à se rendre dans le pays voisin?Qu'est-ce qui n'est plus comme avant depuis 1989?.Je traverse la ville,contrastée,méli-mélo de clinquant,de délabrement,de pauvres gens,de mendiants,de 4x4 pilotés par les expatriés d'Italie revenus en nantis construire des vastes villas en bord de route,de devantures de bars neuves,de chiens errants,de carrioles à chevaux,de jolies filles fines comme des alumettes,de bohémiens aux habits multicolores,de gamins m'interpellant avec des "hello" ou "something" en tendant la main.Il y a un gros chien péri au plein milieu de la petite route qui va sinueuse entre les prairies et la toile de fond des collines des Maramures sous le gris perle d'un ciel haut.Les automobolistes contournent l'obstacle par la droite ou la gauche.Un moment de rituel pour moi,celui de mettre du religieux face l'animal victime de la route,de déposer tendrement sa dépouille dans le fossé dans une position lui signifiant mon respect,de saluer son innocence ou sa folie,de lui façonner une sépulture vite improvisée avec des végétaux ou des pierres.C'est le premier chien mort ainsi que je vois depuis mon départ,par contre que de chats.Il va falloir que je compose une prière pour ces idiots bêtement assassinés,le rite sera sacralisé.En Europe,des blaireaux,des serpents,des hérissons,des oiseaux,des renards,des chevreuils,des biches,des rennes, finissent leurs jours en bordure des voies asphaltées.L'indifférence des hommes,cloisonnés dans leurs bagnoles,leur ignorance,leur manque de sensibilité dans leur sale piétinement du monde naturel,de la faune et de la flore me laisse philosophe amer.Si l'espèce humaine et ses cvilisations avait placé en priorité la valeur amour de toutes vies sur la planète,ne serions-nous pas plus libres,plus forts,plus spirituels,plus heureux que nous le sommes.Je vous laisse méditer à ce propos.L'état de transe,des révélations,de nouvelles certitudes,l'exaltation facile,le délire fantastique,c'est à la force de millions de tours de pédaliers que j'y ai goûté.Le manque de sagesse des humains,notre incapacité,notre impossibilité ou notre absence d'adoration,nous les payons de servitude.Nous sommes le bourreau guillotiné...La route est une succession de petits cols dans la pénombre des forêts de hauts résineux,la fraîcheur me donne vitalité tel un dopé de l'air libre au hasard des heures.De la profondeur des bois vibrent les échos d'une vie faunnique qui me rassure quant à ma solitude dans ces parages primitifs.Le vide apparent grouille d'une vie naturelle. Il y a dix jours qu'aucun autre cyclocampeur longue distance n'est apparu sur la ligne d'horizon de ma route lorsque Andréas sur son vélo couché croise mon chemin.Il est impréssionnant de parcourir les épouvantables routes défoncées,d'avoir braver les trombes d'eau de ces derniers jours dans la position qui est la sienne sur son engin.Je lui tire ma casquette car il est évident que celui-là est de la trempe des costauds.Tout les deux à cours de souffle,notre anglais est balbutiant mais je comprends qu'il termine deux semaines à travers le pays et qu'auparavant il a sillonné la Slovénie,la Croatie,la Bosnie et la Serbie Monténégro.Lorsque d'une façon soudaine un autre voyageur à vélo apparaît sur mon itinéraire,c'est souvent un drôle de moment où j'aspire à communiquer ma ferveur de nomade,où je ressens un besoin d'amitié,de partage à déverser.Qui pourrait être un Robinson Crusoë du bicycle quand il apperçoit des gens en pagaille auxquels il ne parle pas afin de conserver son énergie?Je suppose que dans des régions inhabitées,après plusieurs jours sans avoir préssentit une âme vivante dans le secteur,par un de ces constants paradoxes de la vie deux voyageurs de la petite reine détestent parfois à se renconter?Il y a du vouloir être tout à fait seul ou pas seul du tout en chacun de nous sans doute.C'est la fin de la montée,ma tête va cesser de se creuser de rien,mes muscles vont se débander,arrêteront d'être des étaux mordant ma chair,mon dos va s'étirer et finir de me pincer l'échine,mes yeux regarderont à nouveau le beau paysage,mon fessier stoppera de me cuire,je me souleverai sur les pédales pour aérer les coins chauds de mon organisme et pour le décontracter,la combustion calorique de l'ascension prend fin et comme par magie sur la longue descente jusqu'à la bourgade de Borsa où je trouverai mon carburant alimentaire je fredonnerai les airs populaires volontairement appris avant le départ pour me tenir compagnie.L'agglomération s'étire sur dix kilomètres maison par maison sans route adjacente de part et d'autre du bourg central et son église orrthodoxe,ses commerces,là comme des plantes éxotiques transplantées.Le pays n'a jamais eu les fonds financiers pour élagir la bourgade en aménagant des voies de chaque côté de l'axe principal;La partie nord et ses fermes vieillies en bois et toits de tôle est l'ancienne,la partie sud est la nouvelle en cours de construction avec l'argent importé par ceux multipliant par cinq,dix ou trente leurs salaires à l'étranger ou gagné sur place dans un business désormais possible.Deux mondes se juxtaposent,celui d'avant et son économie de subsistance miséreuse,du travail de la terre et de la forêt sous contrôle vérouillé par l'ancienne dictature et celui de maintenant profitant de la libéralisation politique,de l'ouverture du pays aux échanges humains et commerciaux sous la frénésie des vertus et des vices de l'argent.Cette partie de mon périple est un entier apperçu du virage à cent quatre-vingt degrés que la société roumaine est en train d'opérer.Paradoxe:Nous sommes beaucoup à regretter les charmes d'autrefois patinés par le temps qui embéllit,qui parlent de courages d'hommes,qui excusent presque tout et pourtant que faisons-nous pour imiter ou conserver la douceur d'antan,la poésie qu'elle murmure,la tranquillité apaisante qu'elle nous apporte,dans les nouvelles constructions,dans l'organisation complexe de nos futurs univers.Presque rien!Nous oublions autrefois pour ne voir que maintenant et ensuite.Nous vivons dans un tout économique qui hâte les choses par souci immédiat de rentabilité,d'un idéal de pacotille matérielle où le spirituel de nos vies est une peau de chagrin.Les roumains construisent de nouvelles églises,je n'est pas vu de pareils chantiers dans les autres pays européens,des semblables aux plus belles de jadis;Le fait de ces bâtisseurs s'oppose à ma réflexion précédente.Heureusement en somme que dans ce qui ressemble souvent à un chaos inquiétant,il y a tout un jeu de contradictions faisant que dans la métamorphose d'une société,donner des conclusions à la situation est une devinette impossible.L'eden terrestre n'est pas pour ce siècle et tout les hommes vivent avec leurs propres imperfections d'actions et de pensées dans des paysages contradictoires.On rêve de vivre en bon sauvage dans un contexte où ce n'est plus possible.Croyez-vous que je préfère les vieux puits à l'eau fraîche et limpide de la partie nord de cette ville ou m'asseoir à la terrasse d'un moderne bar dans sa partie sud en construction?Je ne sais pas,je suis ambivalent,je passe d'une société à l'autre avec souvent de l'insatisfaction liée au fait de l'autre.C'est dommage de ne pas faire de ces opposés inconciliables un art de vivre sans dualité.Les humains sont une toute puissance qui veut rire et non pas pleurer sa destinée. Deux vieilles femmes assises sur un banc de pierres à l'ombre d'un tilleul caressent un chaton,l'image me saisit d'attendrissement,je freine à bloc,m'approche de ces dames aimables,simplettes,propres avec leur bas et tabliers nylon,leurs cheveux noués,leurs regards limpides,pour vibrer à l'unisson dans cette picturale scène,caresser cette petite créature céleste,exutoire du besoin d'amour.Elles ne font pas de cas de moi,que je sois cycliste,voyageur,français,est-ce si important puisque je suis un être humain.Les plus modestes d'ici s'étonnent de tout et de rien indifferemment.Ils ne se sentent pas très concernés par de l'inédit dans leur quotidien puisque leurs vies très certainement ne changeront jamais.Je me déhanche de plus en plus sur ma selle,l'allure agréable que je m'éfforce d'avoir en passant près des autochtones passant le plus clair du temps dehors près de leur domicile,des anciens dont le loisir principal est de surveiller candidement le spectacle de la rue,des enfants qui apparaissent de leurs cachettes,des adolescents aux regards obliques,des femmes incrédules,est oubliée au profit du souci de mon repas et de ma nuit.Dans la minuscule épicerie,le vendeur aux tempes grisonnantes se dresse droit important,essayant de saisir ma demande fait de doigts pointés et de bras tendus,de gestes quelconques et de trois mots vernaculaires.Lui,il gagne de l'argent honnêtement,avec malice et sans trop se fatiguer.J'ai ce qu'il faut:Pain,soupe en sachet,sauce tomate,fromage blanc,confiture,une canette de bière.Deux kilos supplémentaires à charrier mais l'étape touche à sa fin;Demain à l'aube,il y aura quelques centaines de sangsues sur ma toile de tente,je n'ai à ce jour pas d'explication de cette envahissement...Planqué entre des lignes de maïs et une parcelle de blé,je monte la tente sur le carré de luzerne coupée,à l'abri des curieux dans cette zone peuplée.Un torrent finissant son impétueuse course de la montagne coulent ses flots à cinquante mètres;L'endroit est du genre idéal en ce lieu.Ma guitoune fait deux kilos,la monter m'est devenu un mécanisme inné après plus de quatre mois de voyage.En deux ou trois minutes,l'affaire de mon nid nocturne est réglée.-Petit un:Trouver l'emplacement le plus plat,le moins humide,le plus moelleux,le moins froid et si possible une orientation avec soleil levant sur l'avant de la toile.Petit deux:Etaler une couverture de survie.Petit trois:Dresser mon habitat ambulant dessus.Petit quatre par temps de vent fort:Vérifier l'enfoncement des sardines.Petit cinq:Glonfler le matelas,étaler le duvet et sortir le coussin.Je peux maintenant me rendre à la riviere pour une incomparable toilette,puis j'allumerai le réchaud à pétrole et préparerai ma bouffe avec mon appétit d'ogre de tout les soirs.Enfin,je prendrai de la détente,regardant ma carte et mon guide pour le lendemain,écoutant ma radio petite fréquence,soufflant dans l'harmonica,répétant mes chansons ou j'irai faire une petite ballade alentours pour mieux comprendre où je suis.Trop être sur son deux roues conduit fatalement à un peu d'abrutissement,les ballades à pied sont un complément équilibrant.En voyage longue durée,je conseille aux cyclocampeurs de randonner en montagne.Depuis la route le plus sublime des massifs ne peut se contempler,et puis les esprits différents qui accompagnent ces deux activités de plein airs sont sources d'épanouïssement. La rivière est une poubelle à ciel ouvert.L'espace de douze jours et de mille kilomètres à l'interieur des frontières,une seule fois j'ai vu un serivce d'éboueurs de fortune,une charrette attelée à un cheval de trait guidé par deux hommes entassant des sacs en toile de jute déposés devant les maisons d'un village.C'est sans doute le début d'une histoire de l'hygiène publique.La Roumaine plus d'un siècle après les autres pays européens commence le ramassage public de ses sacs à ordures.Il est vrai qu'à l'ère Ceausescu,les emballages était rares puisque les marchandises l'étaient aussi au sein d'une nation interdite de presque tout.C'est la débâcle écologique,les cours d'eau font office de dépotoir et entraînent journellement des tonnes d'ordures managères ou industrielles qui souillent de façon catastrophique le pays.Un jeune homme sort de chez lui,un bon sac poubelle en plastique ficelé,l'identique de ce que le bon petit français réalise,traverse la route et plein d'énergie expédie le paquet dans l'eau de la rivière en crue.Bonjour les dégâts,ils font tous ou presque cela.En 2005,ils y avaient les sacs plastiques d'une société de consommation en expansion mais pas de ramassage et de recyclement de ses déchets.Les roumains sont depuis citoyens de la CEE,pour un tel problème écologique de base,la nouvelle adhésion apportera de l'ordre.Il faut l'espèrer.Comment est-il possible que de la masse astronomique de nos infos médiatiques,jamais je n'ai rien entendu au sujet de ces sous-moeurs roumaines?Le problème ne nous touche pas directement et ne représente aucun intérêt pour quiconque.C'est un bel exemple de la douce sournoiserie du genre humain.On préfère que son égo soit flatter d'une façon ou d'une autre plutôt que de s'occuper d'un problème ingrat.Du fond de ma personne,je tenais à écrire ces quelques lignes,révolté par ces occidentaux en ballades touristiques cet été 2005 semblant parfaitement indifférents à ce cloaque roumain. A peine un jour d'accalmie et la "mousson" des Carpathes reprend,je me réfugie sur la terrasse d'un café déjà grelottant,mouillé comme un canard déplumé sortant de l'eau.Fonction social imparable des bistrots:Je peux alors obtenir des parenthèses de plaisanteries,des pauses récréatives à mon chemin d'illuminé du vélo.Je me réconcilie avec la bonne vieille nature de mes frères d'éxistence.Les gouttes d'eau mitraillent le chapiteau de la terrasse,nous sommes un dimanche,les locaux vont et viennent s'asseoir ici pour éviter la pluie.Je demande une cigarette à un homme qu'il m'offre à la condition de lui fournir les X lei lui manquant pour un verre de vin.L'échange est conclus et je partage la table de cet individu rieur,alcoolique léger et brave citoyen,mon ami d'un instant.Sans avoir rien à se dire,sans comprendre ce que je suis à ses yeux,nous rions de rire;Effet des trombes de pluie,effet de ma dégaine avec mon poncho déchiré et en bas mes mollets dégoulinant sur mes sandales détrempées,effet de la vie,j'aime ces instants où les humains se retransforment en enfants,cessent leur sérieux à tout prix.Dans ce pays d'Europe de l'Est,vous êtes bien servi pour les minutes d'enfance générale. Vous fraternisez avec les roumains aisément,leur sens de la collectivité est tout naturel,eux peuple issu du peuple ayant vécu les longues années d'un joug politique sévère et intouchable.L'innondation extérieure attise les odeurs dans le bar-tabac,ça sent plein de choses,l'alcool,le café,l'infusion,le jus de fruit,le chocolat,la pipe,la cigarette,le papier,le produit ménager.Ce patchwork odorant est un moment d'évasion gratuit pour moi,ce cocktail est du terroir et il m'enivre d'un songe muet.Je vis d'ailleurs en ailleurs au cours de mon voyage,des douces ivresses se répètent qui rythment ma route.Dans l'identique lamentable état j'essuie avec un chiffon le selle en cuir dans un processus d'encouragement,obligé de poursuivre l'aventure dans un rocambolesque enfer de pluie.Mon énergie,ma volonté,mon optomisme rassemblés seront bientôt inutiles pour m'enteter à rouler.Je cherche à tout prix un refuge providentiel et ce sera une église à l'heure de l'office.Une aubaine,un appel d'un saint protecteur,une porte s'ouvrant pour un naufragé,un secours prédestiné,je pose le vélo sur sa béquille sur le parvis et entre me réchauffer,me sécher à renfort des pieux à mes côtés,du prêche en roumain que j'écouterai en émotions,de la beauté de l'intérieur de l'édifice.A genoux dans la nef,tête inclinée par humilité ou soumission,je suis parmi les femmes et une d'entre elles me signale de m'asseoir sur un banc au fond.Les hommes se tiennent debout dans les absides près du choeur écoutant le pope de côté.La lithurgie orthoxode et les us et coutumes religieux des locaux m'interloquent La nette séparation des femmes et des hommes dans l'église où celles-ci se prosternent et ceux-ci sont debouts hypnotisés dénote un fort archaïsme social qui me pousse à de vagues imaginations.C'est excellent pour m'essorer et éviter des quart d'heure de déluge.La jeune femme assise contre mon corps est endimanchée avec un raffinement exacerbé.Le suprême de l'élégance féminin se montre dans les églises ici.Elle est belle,les cheveux longs,fins,noirs luisant à l'éclairage des chandeliers,les cils d'une poupée,la peau d'une orange sans traitement teinte en claire crème caramel.Son habillement vaut le prix de plusieurs vieilles Dacia,pantalon-veste gris azur en tergal et traits verticaux sombres,chemisier blanc d'oies,chaussures noirs café en cuir fin à crochets dorés.Elles arborent une gamme de bijoux scintillant de valeur,de pierreries et d'or plaqué aux oreilles,au cou,aux poignets et à trois de ses doigts,cet attirail se répondant mélodieusement.Elle enbaume l'endroit des éffluves d'un parfum fleuri.Sans doute est-elle à la messe pour prier les saints de sa religieux de veiller à son idéal de richesse,de standing,de noblesse distinguées et innocemment narcissique.Etre aisé est un péché qui se soigne sous ce ciel d'infortune dominante.Je ne semble pas la distraire,elle côtoie le monde miséreux d'ici.J'écoute l'office d'une autre façon par sa présence tiède,la regardant du coin de l'oeil,interdit et joyeux de récupérer en cette compagnie dans une parenthèse de temps érotico-religieuse.J'ai envie de jouer avec la situation,de poser par mégarde voulue le bout de mes doigts sur sa cuisse qui frôle la mienne,de lui faire sentir la rotule de mon coude contre son flanc délicatement dessus sa veste,j'ai envie qu'elle respire une odeur de cycliste fou mais elle demeure impassible.Elle paraît concentrée sur de pieux souhaits demandant un total sérieux,sa fortune n'est-elle qu'apparat ou inconfortablement précaire.Je n'aurai même pas obtenu un petit regard distrait pour aspirer une ombre de son âme.Je sortirai de l'église avec un souvenir de grâce et de douceur atypique à emporter triomphant sur la suite de ce jour de pluie.Sous effet alchimique de ces minutes très chrétiennes,je repars sous les giboulées sans plus en faire de cas,je vois plus précisement,plus objectivement,les autochtones qui vaquent de mille façons sur mon artère asphaltée.Mon itinéraire tracé hier soir m'oblige à quitter la vallée grouillante de vie et à escalader un col de dix kilomètres en direction de la ville de Piatra-Néamt dans le Sud-Ouest de la Moldavie roumaine.La montagne est noyée dans une brume épaisse,brassant l'air comme une furie,j'apperçois par brefs intervalles le vert intense des alpages et les silhouettes fantomatiques des arbres.Les torrents et cours d'eau crachent des flots immenses et ravageurs mais les lits sont assez profonds pour contenir ces démons sans barrer ma route.Ils claquent comme les vibrations d'un immense tambour martelé par des bras de géants.Les bêlements d'un troupeau de moutons chantent en légers échos aux alentours.Au col,une bande de romanis insiste pour avoir leur photo de groupe et me remercie de l'expédier bientôt à leur adresse.Leur demande semble légitime sachant que je venais de photogaphier à côté d'eux une vache très maigre,broutant avidement.Ces camp-volant irradient de bonheur,ils sont habillés chaud et se trouvent d'être deux femmes,deux hommes,un bébé,deux enfants et un vieillard.Tous ont des dents en moins ce qui pour les sourires du cliché fait un effet savant.Que font-ils là dans le froid,la brume,sous la pluie à presque deux mille mètres alors qu'hormis une petite maison restaurant,il n'y a rien dans les dix bornes à la ronde.C'est un mystère que mon intelligence ne peut percer.Dans l'auberge,il y a une bonne chaleur de feu de bois,mon linge séchera,je bois un café fumant et je croque de biscuits-galettes.Je suis un homme qui se retape aux sources de la vie,je regarde derrière une vitre les filets de brouillard erratiques qui me transportent vers une idée de genèse de la terre.Le sentiment que roumains et français sommes des nations gémellaires ne me quitte pas,c'est le leitmotiv de mes pensées pendant ce trajet.Ni en Hongrie,ni en Grèce,ni en Norvège,ni aux Pays-Bas,ni dans aucun autre pays d'Europe,je n'ai eu cette impression de parenté culturelle,sauf en Italie,en Espagne et au Portugal.Le creuset de l'histoire de la veille Europe me passionnerait d'études mais je dois pédaler;C'est avec regret que souvent je passe près de visites captivantes sans me payer une halte instruvtive.Une vie de cycliste de soixante-dix ans serait probablement insuffissante pour tout voir,vider son esprit à aimer et à comprendre tout les endroits follement riches de sens et de beauté de l'ensemble de ce tour d'Europe.La pluie a cessé,de timides rayons solaires apparaissent par des trouées de la masse nuageuse,la lumière flashe avec le sol gorgé d'eau, le paysage se découvre à nouveau,un troupeau de moutons grand comme un petit lac me stoppe dans la redescente.Un couple de touristes hollandais en petit camping-car patiente avec moi devant le spectacle rafraîchissant et heureux de ces bêtes à laine cherchant une issue à ce parcours routier.Une occasion évidente de faire connaissance avec ses vacanciers du pays des polders,de déguster un thé sucré chaud réparateur.Debout sur le toit du véhicule,le panorama sur la vallée dégagée de la purée de pois est plus vaste pour choisir un cadre à une photo expressive et touchante. Les bohémiens sont légions vers la fin de ma descente,il ont investi de veilles bicoques aux toitures défoncées,rejetées jusqu'ici par les vicissitudes de leurs pérégrinations.Ils récupèrent du bois et divers matériaux emportés par le torrent en crue.Ils péchent au hasard ce que d'autres jettent dans les flots.Un jeune garçon tient un gros pain sous sa hanche;Où a-t'il fait cette affaire?Il n'y a pas de village à moins de trois lieue.Il sagit chaque jour de tout un programme complexe pour ces nomades pour avoir pitance et abris.Leur philosophie est sans doute d'être dans des conditions d'avant la société de consommation tout en vivant nécéssairement à côté et avec elle.Ni ils rejettent le monde présent,ni ils acceptent d'y prendre pied.Je ne les connaît pas;Il est malaisé de communiquer avec eux tellement leur mode d'éxistence s'oppose au notre.Il ya certainement une dimension mystique ou même surnaturelle à leurs vies.Que savent-t'ils des étoiles,des fleurs,des battements du coeur...?Quels sont leurs regards sur un arbre,un chien,l'eau intrépide...?Quels rites claniques entretiennent-t'ils?Combien aiment-t'ils leurs enfants?Quelles sont leurs croyances et leurs attitudes face à la mort?. La masure-étable où ma nuit sera est un môtel quatre étoiles pour cyclocampeur vagabond.La porte ferme,les deux fenêtres de l'unique pièce ont des vitres,les poutres feront étendage,du foin fournira le matelas et essorera l'intérieur des baskets.Le réchaud sifflote,la radio grésille,la pluie joue du xylophone avec les tuiles.Je suis dans un cadre de pur vagabondage.Le bruit du vent dans les arbres est sans pause,refrain ininterrompu de la vaillante nature.La rivière gronde une mélopée cacophonique. Je ne retiens aucun de mes rêves nocturnes depuis le commencement du périple,chaque soir mon corps vidé de ces forces pars dans un néant réparateur duquel je m'extirpe tout les matins tel un nouveau-né.