Mes âme et esprit vibrant constamment dans l'inhabituel,il y a sans doute trop de matière pour des compositions oniriques. J'amarre les sacoches,les grandes bleues marines à l'arrière,les jaunes plus petites à l'avant,là sont les couleurs du drapeau suédois;Ceci est le fait du hasard lors de mes achats.Je ne prends parti pris pour nulle nation.Apatride je suis,voyageur sans frontière,coureur du monde,accro à la vie multiforme,"multitout" .L'immense caprice météorologique se pousuit,un jour supplémentaire à composer dans le chaos diluvien.Un cycliste arrive à ma hauteur,c'est Dominique,français,soixante ans.Son vélo est plus léger et ses sacoches moins volumineuses que chez moi.Ce tout petit monsieur de cent cinquante cinq centimètres est amusant.Etre petit sur un vélo donne une disproportion drôle.Les différences les plus notables ont souvent des effets comiques.Imaginons un homme de deux mètres dix sur un mini- vélo.Mon compagnon de l'instant poursuit un tour entier de Roumanie.Son équipement contre la pluie ne se compare pas avec mon poncho recousu au scotch.J'ai maintenant mal aux cuisses pour le suivre.Nos routes se séparent,celui-là n'avait rien d'autre à m'offrir que quelques phrases dans ma langue de naissance.Le cyclisme est une dure école,la solidarité y est parfois impossible. Mes doigts sont engourdis sous mes gants transpercés d'eau,les cheveux,le nez,le menton,les oreilles,dégoulinent lorsque je tétéphone d'une cabine à ma famille en France.La télévision française a divulgué quelques images chocs des innondations et annoncé des dizaines de morts.Je rassure mon monde:"Sur mon chemin R.A.S,jamais d'impossibilité de continuer mon itinéraire même si ça tient un peu du miracle". L'impression d'un autrefois dans ma vie me fait tangué dans ce bistrot surchauffé où avec courtoise dissimulation de ma personne je me glisse dans l'atmosphère.Une clientèle campagnarde s'étale dans cette salle à la peinture fraîche,au sol carrelé brillants,au comptoir vernis,aux bouteilles alignées aux étiquettes indiscrètes...Tout les âges se côtoient avec simplicité,la mère sourit au grand-père,le fils regarde la grand-mère,le père parle à la tante,le bébé babille,les voisins de un à cent ans se mèlent aux autres.La patronne du confortable lieu orchestre les va et vient avec une autorité retenue,encaissant les dûs promptement et servant avec diligence.Je suis suspendu à l'idée d'un improbable changement de ciel;La forte chaleur des radiateurs est malgré tout insuffissante pour me sécher et me réchauffer aussi vite que voulu,mes voisins de bar devinent lucidement quel est mon statut de passage.Nous échangeons des gestes pudiques et amicaux,et je leur assure que le café est délicieux car je connaîs les trois mots roumains pour cette phrase.Je suis un réfugié des ondées démesurées qui partira vers un autre refuge dans des conditions digne de l'épisode de l'arche de Noé.Je marche dans les flaques sans plus faire attention,trempe pour trempe tout est pareil.Ma tête est nue car capuche ou casquette sont devenues une gêne,mes pieds sont enfermés dans des sacs plastiques qui se trouent sur les pédales et manquent d'air dans ces étuves,mon poncho se colle à mon maillot qui se colle à ma peau réfrigérée par un écoulement d'eau.L'aqua éclabousse de mes roues,de mon cadre,de la route et ma selle est une éponge sous mon cuissard détrempé.Pédaler et garder le moral,sans alternative,l'heure ne donne pas le choix;Lorsque la situation devient extême,par effet heureux de notre constitution,nous devenons en principe euphorique,l'énergie en excroissance.La région est familière de ces estivales submersions pluvieuses,les cours d'eau impétueux,gonflés à blocs,remplissent totalement leurs lits profonds et la limite haute des crues se trouve miraculeusement quelques pouces en dessous des routes.Le paysage s'est façonné pour contenir ces frasques du cycle de l'eau.Mon périple continue sur l'habituelle lancé ,faisant de mes soucis les chimères d'un esprit mal éclairé.Une église se batit à dix secondes à vol d'oiseaux,dans les prairies de l'étroite vallée.Ces ouvrages sont remarquables;Les architectes,les compagnons du devoir,les maîtres-artisans font étalage de l'art et de la science de la construction.En 2005,ils édifient des petits chef-d'oeuvre d'églises de l'ordre des beautés de nos siècles d'avant Bonaparte.Les parties verticales sont exterieurement en bois,colonnes,colonettes,contreforts,arcs,voûtes,encoignures travaillés par des hommes gardiens d'un savoir-faire menacé par le rouleau compresseur des temps nouveaux,l'ensemble de la couverture est en métal,les coupoles en bulbes d'oignon dorés scintilleront sous la voûte celeste des Maramures. Les hameaux,ensemble de petites fermes de fortune au style de vie autarcique,des datchas,des petites villas,propriétés des mieux rémunérés de l'ancien régime,sont dispersés dans le val.Une contrée paisible,buccolique à l'écart de l'agitation de la collectivité et de son brouhaha.Pour cette nuit,dresser la tente se rapproche du suicide tant la campagne est gorgée de flotte.Mes yeux s'écarquillent à la recherche d'un vieux toit.Je traverse un ébouriffant écart,pataugeant dans la gadoue et le bouillon.Chaque maison à au moins son cochon,sa vache et ses poules.Ces aimaux montrent leurs groins,leurs mufles,leurs becs,par ci et par là,dans un margouillis indescriptible.De l'air chaud s'échappent des foyers et des odeurs de légumes-viande planent sur le lieu.Des femmes dépeignées se taillent des bavettes abritées par de grands parapluies noirs,un homme sans âge,nu-pied dans des sabots en caoutchouc pousse une charrette d'herbe coupée.C'est impossible de trouver mon bonheur nocturne ici-Demi-tour et détermination-.Il y a toujours une solution pour le voyageur du vélo,il est précieux et capital de ne pas égarer ses bons préceptes d'un périple qui perdure.Je me refuse à demander l'hospitalité car les autochtones sont trop accaparés par leurs quotidiens de bric et de broc et je redoute leur côté envahissant malgré la tendresse que j'ai d'eux.Je me sens comme un bouleversement de leurs heures et cela m'intimide.L'endroit espéré est une cabane de jardin bien visible entre deux jolis parcs de datchas.Me faisant invisible au possible,je brandit les trente-cinq kilos de ma monture ruisselante par-dessus la barrière.Je trimbale avec mes dernières réserves de forces ma carcasse et l'attirail dans le pré innondé.Le vélo planqué derrière mon hôtel en planches,j'escalade avec tout mon bazar l'échelle en bois.Le voyageur de fortune est dans le foin,au sec.Ce soir,il n'est pas question de repas chaud;L'incendie prévisible est une évidence.L'ami du vélo se confectionne un emplacement de lit,étale ou suspend ses frusques détrempées,s'organise une soirée dans ce gîte insolite.Le confort que l'on souhaite est relatif à la condition de vie dont on se fait un idéal.Ceux qui voyagent facilement financièrement,savent-ils à quel point dans mes errances,je vibre,ressens,fraternise avec les lieux,aiguise mes instincts,m'enivre,touche au sacré,titille le divin,respecte et redécouvre la planète,pactise avec le monde?.Les murmures de la nuit,le crépitement du foin,le ciel étoilé bleu d'encre,le croissant de lune,le hennissement d'une bourrique au plus profond de la ronde du soleil caché,le son du vent contre la cabane,le tambourinement atténué de la rivière,les plantes et fleurs dans le proche jardin,ombres chinoises au clair des lumières stéllaires,et l'aube montante,le chant des coqs,un chien qui aboit,les premières voix humaines sur la route entre voisins,ont fait de ce bivouac sous un petit toit dans l'herbe sèche un oasis poétique.
La météo a retounée sa veste et ce matin je pédale sous un ciel digérant ses traînées nuageuses.L'existence est une suite de retour et de fuite de fortune et d'infortune.Il faut être fort aux moments nécéssaires et faible comme le roseau dans la bourrasque quand tout baigne.Le café chaud du réveil me manque,nous avons nos apaisantes drogues quotidiennes rythmant notre envie de vivre et le petit noir m'est à ce point précieux.Il déclenche tout un mécanisme physico-psychique,véritable allié de mes jours.Je stoppe au premier troquet le long de ma route pour me siffler une tasse chaude.C'est un étroit zinc nickel où les copains du coin sont heureux de la pluie passée.Les habitués de la souriante et amène patronne bondent la salle,alors celui-ci fait des va-et-vient entre dehors ensoleillé et dedans animé.Je me fait une place assise dans la mêlée et souffle ma commande en deux mots roumains oubliés et réappris chaque jour.Ce n'est pas sur le vélo que mes progrès en langues étrangères se sont fait.Le pédalage est excellent en générale mais reste aléatoire pour la mémoire intellectuelle.Ces désoeuvrés de bar me dévisagent candidement.Je suis une bonne occasion de divertissement.Les villageois roumains ont le contact humain facile comme bonjour.Aucun ne parlent ni français,ni anglais,certains sont gris,et dans l'épaisse atmosphère régnante,opéré un échange intelligent serait une prouesse.Je me concentre sur mon café tout en soulevant un oeil amusés sur la gaité du cadre.Mes amis du moment sont un tantinet gênés par ce modeste cycliste de France.Ils se sentent proches de moi mais je viens de très loin sur un biclou parfait avec dix mots du pays mal prononcés.C'est pourquoi ils font venir Ileu,l'étudiant de Bucarest en vacances,l'intellectuel du quartier et le fiston du bistrot.Ileu parle correctement ma langue avec un accent rocailleux,des tonalités plus graves,des rythmes décalés,des erreurs de prononciations et grammaticales sans incidence sur la clarté de ces propos.Il cause couramment le français,brillant étudiant en économie.Ce jeune homme est sympathique,élégant,cultivé,bien pensant,physiquement agréable.C'est pour lui un plaisir de dialoguer dans la langue de Victor Hugo,il fait montre d'admiration devant mon parcours européen en vélo.Notre conversation se porte sur la vie pendant les décennies Ceausescu,sur la société aujourd'hui,sur les ambitions et les rêves des jeunes,sur l'éxistence des centaines de milliers de bohémiens nomades,sur les échanges franco-roumain d'amitié et de coopération,sur ce que pourra être la Roumanie de demain,sur les meilleurs résultats sportifs de la nation.Au temps du dictateur mégalomane au pouvoir de 1967 à 1989,année d'un procès sommaire et de la sombre éxécution de lui et de son épouse,le pays vivait les règles d'une politique de non liberté pour la population,de représailles cinglantes contre toutes tentatives de rébellions au régime.Un hyper communisme pervertit au profit de quelques dirigeants monopolisait toutes les directives du pays,laissant les roumains soumis à des lois d'airain.Une barrière infranchissable pour le peuple vers seulement un peu de démocratie.Hommes et femmes étaient tenus à tels emplois,à tels salaires de misère lorsqu'ils le percevaient.Un système de rationnement alimentaire sous forme de bons d'achats étaient généralisé.Les élèves et étudiants décidaient de leur avenir sur stricte aval de l'appareil d'état.Les arts,les sports suivaient des règles sévères à ne pas déroger.La littérature était prohibée et la presse une pure obéïssance au volonté du gouvernement.Ceausescu,sa femme,et leurs collabarateurs,omnipotents,décidaient de tout en tout sans qu'aucun organe par ailleurs modifie quoi que ce soit aux ordonnances.Conséquences de choix abberants,de beaux quartiers de Bucarest furent démolis pour faire place à des constructions présidentielles d'un triste kitsch en béton armé,le fabuleux delta du Danube irrigué pour l'agriculture intensive déclenchera un désastre écologique,détruisant en partie une faune et une flore d'une variété merveilleuse.L'autocratie se jouait des individus comme de simples fantoches.Le népotisme était de règle.A la fin des années 70,le renchérissement du prix de l'énergie mis fin à une période de croissance de quarante ans,la popuation dût obéïr à des restrictions drastiques.L'armée administrait la production des hydrocarbures et de l'électricité,un rationnement alimentaire et énergétique fut sévèrement établi afin d'éponger la dette,de réduire l'importation et de favoriser les investissements industriels;Cette politique se servant des gens comme des pions dans le budget de l'état eu des effets catastrophiques...En 2006,seize ans plus tard,la société est sortie de ce passé oppressif mais son souvenir et ses stigmates sont tenaces dans l'âme de ce peuple terrien.C'est un état démocratique avec ses propres travers,tenant la comparaison avec les autres pays de la CEE,qui va de l'avant avec un héritage d'handicaps à dépasser.L'hyper commercialisation mondiale aimante une part de la population à des rêves de richesse,d'autres sont comblés par des facilités révolutionnaires de peu d'envergure.Les étudiants ne doutent plus de leurs futures carrières;L'argent possible donne des ailes à toute une jeunesse qui poursuivra la modernisation du pays.Les bohémiens lors du système sans égard au peuple du dictateur avaient un terreau à leur mode de survie,maintenant ils sont une question grave et embarrassante.Les mesures pour les insérer dans une vie sociale seront longues et les résultats lents mais ces nomades internes sont à une actualité de vents contraires et l'originalité de leurs vies va s'émietter.Ils risquent de devenir des miséreux plus hybrides et plus égarrés.Ce sont des êtres humains de toujours hors système,ils vivent à contre évolution.Les échanges franco-roumain vont bon an mal an,certaines associations,certains français se sont investit courageusement et honêttement pour aider nos cousins de culture de l'est.D'autres initiatives n'ont guère donner de fruits,il est vrai que vouloir transformer des hommes depuis la racine de vie est souvent une affaire pour le moins ardue. La rencontre avec Ileu fut un intermède de choix sur mon parcours,je le remercie pour son cours d'histoire contemporaine.Comme les choses sont plus évidentes au sujet de sa patrie à l'homme lorsqu'il en est loin."Si l'eau d'un bassin reste sans mouvement,elle devient stagnante et boueuse,mais si elle s'agite et coule alors elle s'éclaircit;Il en est de même de l'homme qui voyage"(Proverbe Kurde). Après le coutumier et fraternel échange de nos adresses,une poignée de mains insistante et prolongée,des sourires très discrets et très amicaux,je quitte Ileu,son clan et sa fratrie,sur le vélo je me soulève du village,heureux de sentir très fort les battements de la vie et de la mienne dans les jours qui passent.Mon parcours longe le lac Bicaz,il ressemble à l'embout d'un harpon sur la carte.Son eau est gravement polluée par les immondices emportées par la rivière en aval.L'air est chaud et étouffant mais le bain revigorant rêvé n'est pas pour ici.Les grimpettes et raidillons se succèdent sur trente kilomètres,j'écluse mes deux bidons d'eau et j'écoute de la musique pour tenir le coup.Autant de voitures sont garées en bord de route et autant de tribus ou famille pique-niquent tout près ce dimanche de pur soleil.Les Dacia sont encore plus nombreuses que les Logan,le nouveau véhicule accéssible au crédit du citoyen type.La construction de ces dernières a succédé à celle des R12 "made in Romania".Le groupe Renault continue ses affaires dans le pays avec ces voitures basiques et modestes adaptées au marché interieur.Des couvertures,des plaids,des bâches sont étalés dans les recoins ombragés,la nourriture,les bouteilles,les thermos,les vaiselles sont dispersés dessus,des personnes sont allongés dans ces fouillis,d'autres surveillent ou préparent le manger,certains se rassasient,ceux-là font la sieste.C'est le jour de farniente,de détente et des barbecues et petits feux de bois.Toute une foule du petit peuple ordinaire se trouve ici,à une encablure des rives du lac-Pas trop originale comme sortie dominicale-.L'odeur des saucisses grillées et de la viande brasillée emboucanent le secteur.Je crois qu'ils ne sont ni heureux,ni malheureux dans l'ensemble.Leurs existences sont plus faciles mais ils ignorent les façons,n'ont pas appris les recettes des joies plus distinguées.J'ai le sentiment d'être un fantôme,ces supporters potentiels ne font aucun cas de moi.C'est comme si d'avoir déjà vu une chose,un spectacle,un voyageur à vélo les détounaient de l'intérêt pour tout ça.Il y a un aspect défaitiste chez eux.Leurs ambitions s'arrêtent à être ce qu'ils savent d'eux-mêmes,comme s'ils étaient des refrains éternels.Ils sont un reliquat de l'endoctrinement d'un passé qui faisait de la masse un seul esprit et donc des hommes sans esprit.Il faut ouvrir à chacun l'accès à sa propre identité originale. Le DAB est une mini-portion de modernité contrastant diablement avec le bourg rongé par les années.Il est pour la gent un objet récent de liberté,d'autonomie,un symbole d'espoir ou de réussite.Une silencieuse file d'attente d'habitants avec leurs petites cartes rutilantes dans les bouts des doigts s'est formée docilement.Ils patientent sagement pour leurs retraits de billets flamboyants et craquants.Ce service est révolutionnaire pour eux qui vivaient naguère sans aucune fortune ou presque.Certains ont la carte de crédit mais pas plus qu'un pécule de misère,c'est ainsi qu'aucun ne cherche à bousculer les minutes d'inerties.Les banques ont toujours des vitrines neuves dans lesquelles des affiches vantent la force de l'argent et des objets fantaisistes soulignent l'aisance d'un nouveau monde.Elles sont en Roumanie comme la pierre précieuse de la bague portée par l'individu dont rien par ailleurs ne laisse imaginer la trésorerie.La société est si malicieuse que peu nous avons conscience qu'en fait nous adorons l'argent.Si cette frénésie entendue de la recette entraîne les hommes vers des existences de fortune et d'infortune,qu'en serait-il sans elle?.Tout ceci est un jeu imparfait qui séduit tout le monde.La danse financière est le second ciel de l'humaine vie. L'entrepôt-épicerie dans lequel j'explore tout les recoins et secrets à la recherche de ma bouffe de ce soir,mal éclairé par une ampoule orpheline,est un reliquat de l'ancienne dictature.J'ai fait mauvaise pioche en rentrant ici car le pain est mou comme une chaussette,il n'y a que de la chicorée,les boîtes de conserves n'ont pas d'âge et même les paquets de pâtes ne me conviennent pas.Le jour décline et je préfère économiser mes forces et le temps qui coule,alors j'accepte des provisions basse-qualité:Charme de mes tribulations!. La barrière de la voie ferrée ne se relève plus et défend le passage,il y a un des jardins et des vergers de l'autre côté tout désignés pour installer le bivouac.Nul décibel d'un train dans l'oreille ne parvient,alors par une pleine lune blanche comme un hostie et dans la fraîcheur vespérale,j'escalade la barrière,attrape le vélo déchargé,récupère les bagages,traverse la voie avec le vélocipède en évitant un croche-pied du rail,franchi quatre fois encore la ligne pour le barda,et passe la seconde barrière avec l'identique logique que pour l'autre.Il me reste à replacer mes affaires sur le deux roues.Le franchissement est gagné.Je pousse la monture sur un petit chemin de terre,le site est pastoral:Parcelles de jardins et de vergers,petit pré avec deux moutons,ruisseaux,haies d'où virevoltent les petits oiseaux,paysan dans un champ fauchant l'herbe,le sifflement du train de campagne,les chez-soi adossées à la colline...
Quelle heure est-il et qui me veut la personne qui s'adresse à moi autour de la guitoune ce petit matin?.La voix se veut rassurante;Je m'extirpe du sac de couchage sans panique,enfile vite fait le pantalon de toile et tire sur la fermeture éclaire.Un beau jeune homme de cent quatre-vingt centimètres me sourit largement,clignent les paupières sur ses yeux bleus contrariés par les premiers rayons solaires dans un air de bonté,et m'expédie deux francs bonjours succéssifs en roumain puis en anglais."Pourquoi n'êtes-vous pas venu chez nous hier soir pour y passer la nuit?"M'interroge le bel Apollon dans un anglais scolaire compréhensible et drôle."Je m'appelle Pietr,je vis avec ma grand-mère dans cette maison.C'est un vrai plaisir de te voir ici dans mon parc et je t'invite chez moi".Pietr m'aide avec empressement à remballer mes équipements.Il a vingt-six ans et très envie de s'amuser en ma compagnie.Nous sympathisons rapidement,il me présente sa grand-mère,alerte petite dame de soixant-quinze ans avec un fichu bleu fleuri autour de la tête et des yeux pétillant de jeunesse intacte.Son nom est Elena.Pietr lui explique que je suis Didier,français,que je pédale sur les routes du pays depuis une semaine et que m'offrir le gîte est tout à fait naturel.L'autre logement ouvrant sur la même cour d'entrée est celui de sa mère,de sa soeur et son beau-père,malheureusement l'entente entre les deux toits est hostile.Il n'y a pas de douche,mais de l'eau claire et fraîche du puit dans un baquet en bois à l'ombre d'un prunier face à la fenêtre de la chambre d'Elena où se trouve la vieille télévision en noir et blanc.Que c'est symphatique d'avoir un toit d'acceuil,d'être invité spontanément avec bienveillance et cordialité!.La chambre de Pietr est d'aspect vieillote,usée par plus d'un demi-siècle mais intacte.La tapisserie,dalhias blancs sur fond mauve,me remémorre celle du salon de ma mémé,le mobilier et le lustre sont de style art-déco du terroir.Des modernités d'autrefois qui sont devenues des brocantes à quatre sous.C'est là que je roupillerai.Son grand-père était anciennement le maire du village,cette pièce fut son bureau.Un pupitre rococo sert maintenant à mon ami pour réaliser des découpages sur feuilles en papier pliées qu'il tente de vendre dans les rues de Piatra-Neamt dans l'espoir de petits deniers.Pietr me montre les clichés durant son emploi de saisonnier-serveur de bar dans une station balnéaire de la mer Noire.Séduisant jeune athlète,il s'éclate avec de belles minettes et il en garde un souvenir orgueilleux.Héléna est très flattée par ma précense,sa vie est exclusivement l'histoire d'une rude subsistence campagnarde en Moldavie.Elle est toute menue,ses membres ont toujours une résistance d'acier,elle entend et voit comme un vieux faucon vaillant.Les travaux pénibles des champs,les soins à la vache et au porc,les corvées ménagères à l'eau du puit,la préparation des patates,des haricots baignant dans le bout de lard fondu,aimer sa progéniture corps et âme,célébrer les petites victoires de l'éxistence,détourner l'indigence par force-volonté,être une femme ordinaire qui connaît le ciel étoilé de son pays comme une image de sainteté,c'est un bout d'apperçu du roman de cette femme au sourire franc,au peit menton arrondi de bonté.Pietr lave mes nippes dans le baquet,mes pieds baignent dans une bassine en fer,nous jacassons dans un anglais improbable nous permettant de nous comprendre fort bien.Ce jeune employé est adorable.La grand-ma apparaît régulièrement à la porte de la cabane-fourneau-cuisine pour nous assurer de sa précense bienveillante.Le plat de légumes mijotera des heures sur le fourneau encrassé,alimenté aux petits bois.C'est la période du carême orthodoxe,ils se délestent des dépensent onéreuses de la viande,ce qui arrange un peu leurs consciences et beaucoup leurs porte-monnaie. L'ambiance est charmante,cette demeure contient le doux écho des jours les plus beaux.La roue arrière du vélo est voilée,mon hôte est un bricoleur-mécano de talent,il se sert d'une clé à rayon pour la première fois mais parvient à un excellent résultat.Le ciel est clair,le soleil gourmand,la rosée s'évapore créant une atmosphère d'été stimulante.Pietr et moi allons à pince checher le pain,des cigarettes et une bouteille de bière à l'épicerie.Un jeune homme,la faux sur l'épaule,rentre d'un champ dans la montagne.Mon copain me présente à l'autochtone.La fenaison s'échelonne sur six mois,le boulot se fait uniquement à la mécanique humaine.Les chars transportent de lourds entassements de foin qui balancent sur les chemins caillouteux.Les chevaux comme les hommes se torturent le corps à ces labeurs.Le petit chien est maigre au point qu'il ne peut l'être plus.La courte corde le retenant au tronc du prunier lui accorde un territoire de chagrin,sa niche est son paradis.Je le palpe à la recherche de muscles aussi fins que l'inéxistence.Sa ration quotidienne est le jus des légumes.Je prie Eléna de dorénavant donner chaque jour un morceau de pain à la bête aux yeux de miel.Le cyclopéen cochon dans sa bauge est suralimenté à l'herbe,aux prunes et pommes,aux racines,à tout ce qu'un tel animal peut empiffrer pour fournir le maximum de couenne et de lardons à la maisonnée.La pauvre vache quasiment aveugle est enfermée dans un réduit borgne,ses sabots jamais taillés ni usés par le bonheur des prés sont difformes,allongés de vingt centimètres devant comme des chaussettes à peine enfilées.Les hirondelles alignées sur le fil électrique apportent un air de liberté à cette larmoyante pension animalière.La grand-mère m'offre plusieurs fois des poignées de prunes ou de pommes avec des regards complices comme si c'étaient des fruits d'or.Deux voisins,paysans hâlés arborant des chapeaux de pailles,aux maillots de corps humides de sueur,aux arpions calés dans des sandales rafistolées,arrivent avec un char ployant sous une montagne de foin.La cargaison s'empilera sur la meule en cours d'élaboration à deux pas du logis.A l'aide de longues fourches ils déposent dépaisses crèpes toujours plus haut.L'un dépose une échelle bancale contre l'édifice,la grimpe et s'installe sur l'ouvrage pour le parfaire.Pietr et Eléna ratissent les gerbes non parvenues à destination et installent des étais en bois obliquement pour consolider la meule en forme d'arbre de Noël géant.Je lance tel un projectile sacré la bouteille de bière à l'homme perché.Le goût du rafraîchissement sur les palais déssèchées,nous apporte un instant de chaleureuse complicité. Iona,la soeur cadette de Pietr,nous rejoint dans la petite cour où le chien étique laisse ouïr son brondissement.Elle a vingt ans et sa complexion est délicate.Elle est belle comme un pétale de fleur suspendu dans l'air.Ses yeux brillent d'intelligence,ses cheveux longs ondulent et sa jeune agitation leur implique des balaiements contre son visage d'étudiante réfléchie.Son anglais est excellent,son français débutant est un régal pour mes conduits auditifs.Immédiatement sous le charme,je veux l'imprimer sur ma pellicule.Elle refuse,sans doute se méfie-t'elle en général des touristes.En réponse,elle est ravi de me photographier seul,en compagnie de son frèrot puis de sa mémé.Elle rêve de voyages,de vivre dans un pays plus riche mais ses souhaits l'éffraie encore,elle ignore si elle doit les prendre au sérieux."J'ambitionne de séjourner bientôt quelques mois dans chaque pays d'Europe occidentale"me fait-elle savoir en agitant ses mains maigrichonnes et ses brindilles de doigts.Elle songe à un autre avenir qu'ici où son destin semble périmé d'avance.Je représente l'homme qui pourrait être sa solution d'un univers plus glorieux.Sa mère passe en coup de vent,cette femme au caractère détrempé et à l'allure musclée me demande en italien et sans ambages à combien est le taux du Smic en France.Elle a bossé quelque temps en Italie et s'interroge peut-être sur la bonne opération faîte en ces heures-là.Si Iona partait vivre en France,réussirait-elle mieux qu'elle chez les ritals.Iona est élégante,son blue-jean moulant prend fin au dessus de ses chevilles serties dans des socquettes beiges s'égarrant aux fonds de baskets blanches à épaisses semelles,sa chemise bleue pastel laisse entrevoir par transparence le profil de son soutien-gorge et de son contenu.Elle est plus moderne que la majorité des jeunes roumaines.Je devine une intellectuelle,une poétesse,une oscillation entre raison et déraison,entre sagesse et folie. Pietr me signale que le quart d'heure du banquet aux légumes est arrivée.La petite table poussièreuse,rabotée par l'usage,où campe la télé démodée,est encombrée d'un bric à brac intraduisible.La famille prospèrait à l'époque de l'aïeul bourgmestre,maintenant dans la maison on s'occupe à entasser tout et n'importe quoi pour tuer une certaine désillusion.Nous poussons ou déplaçons des vieux canards,des verres sales,des bouts de bougies,des crayons cassés,des feuilles sèches,un vase énigmatique,des boîtes mysterieuses et d'autres bagatelles,déposons deux assiettes et la grosse poële aussi fumante que noire de suie.L'espace de deux jours,je n'ai pas vu Elena se nourrir,sinon qu'elle avait toujours des prunes et des pommes dans ses poches et qu'elle se régalait d'un peu de bière mousseuse.Nous engloutissons la platée à parts égales en y trempant des bouts de pain et accompagnée de lampées de cervoise ordinaire.C'était fameux,ces mangetouts et ces patates mijotés des heures sur l'ancestral poêle de la cuisine en planches ont le goût du vrai et la saveur délicate.Il y a des fonds de pots à terminer,des onces laissées de peur de ne plus jamais goûter à la chose,de café soluble,de sucre,de miel et de terrine,nous étalons le pâté sur la mie faisant fi du carême;Pietr prépare une infusion aux herbes des talus dont enfant du pays,il a le secret.Les tasses fument,le miel colore et disparaît dans le breuvage,un arôme vertueux,boisé et épicé,fouillent les narines.Ce dîner de pauvre fut parfait,je me suis senti par instants roumain de toujours,pénétrant dans une authentique communion avec mon lieu d'asile,mes hôtes.En partageant un repas,il est fascinant d'échanger nos appréciations sur ses attraits culinaires mais chez les gens simples de Moldavie roumaine tout est entendu.Les légumes du domicile sont toujours excellents chez ces débonnaires campagnards,au village tout le monde est au même pain et à la seule marque de bière,tous mange le cochon engraissé et égorgé chez eux. La voûte céleste d'août scintille du plein feu des étoiles,la voie lactée majestueuse,hypnotisante,incommensurable,fantastique,s'est déployée,les constellations impriment leurs tableaux,des étoiles filantes bondissent et fusent en fragments de secondes et Iona assisse avec moi sur le banc délabré m'avoue que cette étoile,la plus brillante et bleutée dans cet amas est celle que fillette elle a adoptée.C'est son porte-bonheur,son besoin de tendresse,sa gâterie égoiste,qui s'éffiloche.Nous voguons dans une fantasmagorie,dans une trame romantique de laquelle je ressens la délicatesse de son corps,je devine la finesse de ses pensées.Deux sexes,deux vies infimes,deux histoires,des idées dissemblables,et pourtant un même temps,une âme en commun.La poésie est magique,elle se charge de nous absorber d'amour vaporeux,charnelle et désincarné.Nous divaguons inspirés par la beauté de la nuit,fourvoyés dans nos cosmos sensible,habités par un ailleurs vibrant;Iona me demande une leçon de français,mon anglais de routard lui déplaît.Elle répète les mots dévoilés,elle aime ce jeu avec le cycliste aux milliers de routes.Elle a quittée une fois la Roumanie natale pour la voisine bulgare.Mes petites histoires et mésaventures,mes banals bonheurs de nomades la retient.Je suis son puzzle imaginaire.La folie des hommes devient insignifiante et ridicule lorsque les yeux-téléscopes de nos microcosmes scrutent la magie du ciel nocturne.Mystiques sensations:Nous percevons simultanément des réponses et des interrogations intraduisibles.Je n'ai d'autre envie que l'instant n'est de fin;Mais,la maman de la jeune étudiante a éclairé le lampadaire de la cour et demande à Iona de regagner sa chambre.Je lui donne un dernier compliment afin de l'assurer de mon amitié et de la joie prise ensemble. Le match de football opposant les équipes de Craiova et Bucarest en noir et blanc sur l'écran poussièreux et balayé de parasites nous laisse distrets Pietr et moi,nous sirotons une infusion et devons quitter la chambre d'Elena qui dormira dans son lit bienfaiteur.Mon compagnon choisit une cassette de dance-music sensée favoriser un agréable endormissement.Je suis détendu,bien dans ma peau,mes nouveaux amis ont été tant aimbles et prevenants à mon sujet que mon sommeil est sans importance. La nuit fut douce,Pietr a pioncé comme un félin sans souci;Aux premières lueurs de l'aube contre le volet mal clos,les pas de chatte de Iona dans le corridor ont fait grincé le parquet,cela m'a tiré la paupière de l'oeil et instantanément j'ai éprouvé une exhaltation délicieuse.Elena a préparé le petit-déjeuner,deux bols de café aux volutes fumantes,des épaisses tranches de pain de campagne,de mignonnes prunes vertes et jaunes et un pot en grès avec du sucre en poudre,le tout déposé avec tendresse sur un napperon brodé.Nous réduisons des branchettes en brindilles et fendons des vieilles planches à la hachette pour le feu du fourneau.Elena préparera une identique platée que la veille.Le toutou est devenu mon copain,il réagit à mes carresses comme un ange sans cervelle,naïf comme si son existence était un éternel premier jour.J'aimerai deviner quel sont les plaisirs malicieux de cette bête,de quoi se nourrissent ces jours à la pitance ultra-maigre,mais mon passage ici est trop bref pour davantage faire connaissance.Pietr,Elena,le rédacteur du récit,trimballent un rateau en bois et une fourche aux longs manches et vont à pied de par le chemin raviné et caillouteux qui serpente entre les bicoques d'un hameau.Il faudra trente minutes de marche et autant d'arrêts pour être rendu dans le pré pentu à l'orée des bois d'où le foin écologique,fleurant bon la chlorophylle sèche,fut charrié hier.Les boîtes aux lettres aux vives couleurs,à la numérotation décorative,contrastent avec les portails dégradés et les cours envahies de mauvaises herbes.Des basses-cours crapahutent sans aucune crainte.La grand-ma et le petit-fils saluent et éhangent quelques mots avec des riverains de leurs meilleures connaisssances,assez fiers de l'énédite recrue d'un français vélovoyageur.Un cheval robuste,sue terriblement,peine de toute sa puissance,dérape,démontre une bravoure inégalable pour tracter le char lourd d'un déménagement.Ses fers sonnent un air paysan bucolique.Un homme et une femme fuient un domicile pour un autre lieu;Ces gens désargentés de la campagne moldave composent leurs quotidiens comme possible et probablement n'imaginent pas d'autres tournures à leurs vies.Deux femmes,les jambes nues,les robes relevées,lessivent vêtements et tapis dans l'eau vive du torrent.Cette grande machine à laver est de l'ordre de la coutume ici,les souillures engendrées ne perturbent l'esprit d'aucun.Pietr achète deux barres chocolatées dans une magasin grand comme un mouchoir de poche,bonne occasion de faire le charmant devant la jeune marchande au sex-appeal affriolant.Nous franchissons un petit pont de bois et pénétrons dans le bar le plus classe des environs,quatre hommes y passent du bon temps,"relaxs" sous les parasols.Tout dans la salle montre ostensiblement le succès et la bonne affaire de ce petit business:Cendriers,lithographies,carrelage,miroirs,lustres,meubles en bois massif,rideaux,ventilateur,tapisseries,poste-hifi....Matériels et matériaux sont flambants neufs;La patronne souriante derrière le comptoir affiche sérénité et fierté.La beauté de cette dame tient à une histoire de recette,sa laideur aussi.Elena discute de moi à la propriétaire comme si j'étais une canaille qui bientôt maniera ses premières phrases en roumain.Quelle naïveté amusante!Apprend-t'on un autre idiome aussi simplement qu'en écoutant un jour les gens du pays.La grand-ma sirote promptement un bock d'un demi litre de bière,c'est follement pittoresque et décapant.Le chemin se rétrécit,la déclivité augmente,nous passons des portails de clôtures et des petits ponts.Un groupe de femmes et d'enfants est installé sur le sol près d'un énorme tas de foin.Les gamins empiffrent des prunes,les mamans rêvassent,l'une d'elle donne le sein à son bébé.Nous passons sans plus les saluer. Le travail consiste à démonter l'assemblage de piquets en bois qui supportait les petites meules de foin.Quatre chiots d'une dizaine de jours sont blottis dans une niche creusée par leur mère dans l'une d'elle non charriée pour ne pas la détruire.Ils sont adorables,ce sont des bâtards et absolument rien d'autre,Pietr me révolte à les faire voltiger brutalement entre ses mains.La chienne va revenir pour les tétées.En Roumanie,beaucoup de clébards se débrouillent essentiellement de façon sauvage et sont un peu domestiqué par les personnes voulant leur simplifier l'éxistence.Je porte les étais à travers le champ jusqu'à l'empilement à la lisière de la forêt,Elena fait de même.Pietr fainéante assis,les genoux repliés sous son menton à scruter sous une main en visière quoi vers le fond de la vallée.C'est le retour en sens inverse,nous saluons ou détournons les regards en croissant des autochtones.Dans cette contrée,les habitants soit se congratulent,soit se détestent;Le clivage des humeurs me semble très net.Un expatrié d'Italie en vacance en terre natale,répare avec son vieux père la roue d'un char à foin avec l'outillage d'antan.Il semble heureux d'un retour au calme campagnard. Cette ballade champêtre,ce village d'un monde rocambolesque,ce coup de main aux travaux de toujours,mes pas au coeur des tribulations des indigènes moldave dans la chaleur de l'été et la fraîcheur de la vallée et des rivières,ces chiots drôles et fébriles dans leur niche atypique,sont un souvenir profond,inoubliable de mon séjour en Roumanie
Les roumains en général aiment l'argent,en ont des désirs impudiques,peuple par ailleurs reservé,modeste,retenu.Iona m'évite,j'aimerai observer à nouveau ses douces façons,ses mains et son visage aux contours délicats mais c'est partie perdue.Elle est comme toutes ses autres jeunes compatriotes qui rêvent de plus de sécurité matérielle,d'une vie moins misérable que celle de leurs parents.Elles veulent une maison,une voiture,pouvoir consommer,se faire belles,gâter leurs enfants,manger au restaurant,avoir des loisirs,voyager...Il est possible aussi que sa mère lui défend de perdre son temps avec ce cycliste marginal,ne connaîssant pas le taux mensuel du Smic de son pays.Beaucoup de ces cousins de l'est vivent entre les mâchoires de l'indigence et de l'aisance,ils sont,d'une façon ou d'une autre,séduits,influencés,attirés par des envies terre à terre et matérielles.Je comprends Iona,enfant aux pieds glacés lorsqu'elle buvait sa chicorée puis fourrait dans ses poches quelques fruits et partait à pied pour l'école sur les chemins glissants.Je comprends qu'elle espère le début d'une autre histoire. Elena voudrait que je reste,m'installe ici et qu'un jour je retourne en France avec sa petite-fille.Elle est anxieuse et perplexe à son sujet.Iona passe tout son temps de vacances,clôturée dans sa chambre à lire,écrire,se cultiver,écouter de la musique et cela la grand-ma ne peut pas le comprendre.La vieille dame porte beaucoup de sages raisons,a des idées sur la vie, ancrées,nettes et réalistes.Elle ne débat plus sur des questions d'éxistence,elle emportera tout ça avec elle outre-tombe.Elle surveille son univers en philosophe discète.Tant qu'elle aura la force de l'amour,elle sera utile.Le dur passé,l'histoire affligeante,intolérable du régime Ceausescu,a laissé de funestes rides dans le corps et le coeur du peuple.Toute une partie de la population maléable et naïve n'avait aucun repère critique sur sa propre subsistance.On lui a inculqué des idées fausses,on l'a manipulé encore et encore jusqu'à la perte de sa propre conscience et de sa confiance personnel.Faut-il que je m'étonne si Elena a des considérations surprenantes mais infiniment attendrissantes? Pietr va t'il en finir un jour avec sa crise d'adolescent?.Il n'aime pas sa mère,c'est pourquoi il vit avec Elena dans la maison voisine.Il envisagera l'avenir avec sérieux lorsque sa génitrice cessera de lui faire de l'ombre.Il est à la fois empli de folles espérances et de péssimisme,il avance entre les rives de la vie en essayant d'y trouver son petit bonheur ambitieux.L'écervellé a stoppé ses études en première année d'université sans une idée de ce qu'il deviendrait alors.Un coup de dés favorable lui sera indispensable. Mes adieux au toutou sont un moment de tendresse illimitée,je ne l'oublierai jamais ce héros squelettique.Je le baptise Yogi,le chien au territoire de deux mètres carrés,aux prunes lui tombant sur le crâne,au quart de litre de jus de légumes comme pitance quotidienne,le gentil cabot à l'air joyeux qui démontre que l'on peut respirer heureux privé de tout,seulement abreuvé à la source d'une vrai vie,la sienne. Elena m'embrasse,les yeux humides,m'applique ses lèvres chaudes et usées sur mes joues musclées.Je lui fus,dans ses jours répétitifs,une parenthèse récréative,une part d'abandon et un réveil de certaines de ses pensées enfouies,un besoin de nostalgie. Pietr m'accompagne,m'escorte jusqu'à la grande route de Pietra Néamt par le sentier se faufilant entre les parcelles cultivées;Les gazouillis des petits oiseaux fusent et vibrent,ils égayent de leurs mélodies l'espace rustique;Le bêlement d'un mouton fixe le temps de ce doux décor,un lapin bondit,la queue frémissante,ajoutant sa vie de bête à poils aux alentours palpitants.Mon copain pousse mon vélo avec l'autorité d'un hôte gratifiant son invité d'une prévenance totale.Nous sommes las de quarant-huit heures avec nos parlers anglais très imparfaits,de nos intellects à la recherche mentalement d'une traduction,d'un mot à entendre dans nos esprits avant de le prononcer à haute-voix.Nous nous séparons alors que nos amusants bavardages devenaient presque inintelligibles.J'assure Pietr de sa bienvenue chez moi dans la Loire lorsque la boucle du tour d'Europe sera bouclée.Adieu Iona,Elena,Pietr et Yogi,au revoir à tout ceux j'ai croisés un instant dans ce vallon moldave,dans cette rustique campagne où j'ai visité des autrefois subjectifs que j'ignorais,où l'intervalle de deux rotations terrestres j'ai respiré tel un casse-cou protégé,où sans doute ai-je préféré apercevoir que le plus beau et le plus doux.J'ai une certitude néanmoins,dans les années 2000,la grande majorité des habitants sont heureux de vivre ici en Roumanie et ailleurs naturellement dans cette empire démocratique,dans cette nation paroissiale. Le vélovoyageur va de solitudes en rencontres,de jours sans la moindre aide ou main tendue à d'autres pendant lesquelles on s'empresse autour de lui en petits soins,en aimables familiarités,de bienveillances diverses.A nouveau seul sur ma selle,flanqué des mes quatre valoches suspendues aux porte-bagages,il en est fini de mon ballon d'oxygène chez les inoubliables amis.Mon décor est à nouveau celui de la faune,de la jungle routière:Vieux et camions neufs,car en fin de vie allant sa navette,Dacias aux couleurs éclectiques,Logans neuves aux teintes neutres métallisées,voitures de riches quelquefois,attelages tous aussi folkloriques les uns que les autres,tracteurs en partie démantibulés,vélos de jadis grinçants,vieilles carcasses crachants d'horribles gaz noircis,piétons de tout âges errant le long de la chaussée défoncée,constellée de nids de poule.Un contraste de genre saisissant,un mélange de misères habituelles,de petites richesses tranquilles,et de quelques pachas ou nababs vaguement écoeurant aux volants de grosses cylindrées.La ville a perdu ses vieux murs lors des décennies de croissance relative allant des années 1930 à celles de 1970,la plupart des constructions en béton sont de facture ancien-moderne.Depuis quelques années,un nouvel essor économique redonne fiers allures,dynamisme et agitation aux citées roumaines.La grande artère principale de l'agglomération,les villes suivent des plans d'urbanisation simplissimes et s'étirent dans un unique et principal sens longitudinal,est assez belle,agréable,colorée,gaie,moderne.Funambule pédalant,homme actionnant par une mécanique répétitive ses muscles rôdés et adéquats,esprit dépaysé et parfois dérouté en permanente alerte,je sonde les logos et les pancartes,les enseignes à la pêche à la Poste centrale.Les académiques,très conventionnels usagers de l'administration garnissent l'enceinte aux guichets.Je patiente ébloui ou distrait.Les employés remplissent leurs devoirs rémunérés avec nonchalance,conséquence de vieilles inquiétudes au sujet des formes idoines de leurs travaux.Les timbres sont collés à l'enveloppe sous le martèlement de petits coups de poing opportuns,je souhaite vraiment que mes cartes souvenirs arrivent en France.