Présentation

didou

Pseudo: vélocampeurCatégorie: VoyagesFais tourner ce blog!
Samedi 27 Janvier 2007

Mes âme et esprit vibrant constamment dans l'inhabituel,il y a sans doute trop de matière pour des compositions oniriques.      J'amarre les sacoches,les grandes bleues marines à l'arrière,les jaunes plus petites à l'avant,là sont les couleurs du drapeau suédois;Ceci est le fait du hasard lors de mes achats.Je ne prends parti pris pour nulle nation.Apatride je suis,voyageur sans frontière,coureur du monde,accro à la vie multiforme,"multitout"     .L'immense caprice météorologique se pousuit,un jour supplémentaire à composer dans le chaos diluvien.Un cycliste arrive à ma hauteur,c'est Dominique,français,soixante ans.Son vélo est plus léger et ses sacoches moins volumineuses que chez moi.Ce tout petit monsieur de cent cinquante cinq centimètres est amusant.Etre petit sur un vélo donne une disproportion drôle.Les différences les plus notables ont souvent des effets comiques.Imaginons un homme de deux mètres dix sur un mini- vélo.Mon compagnon de l'instant poursuit un tour entier de Roumanie.Son équipement contre la pluie ne se compare pas avec mon poncho recousu au scotch.J'ai maintenant mal aux cuisses pour le suivre.Nos routes se séparent,celui-là n'avait rien d'autre à m'offrir que quelques phrases dans ma langue de naissance.Le cyclisme est une dure école,la solidarité y est parfois impossible.    Mes doigts sont engourdis sous mes gants transpercés d'eau,les cheveux,le nez,le menton,les oreilles,dégoulinent lorsque je tétéphone d'une cabine à ma famille en France.La télévision française a divulgué quelques images chocs des innondations et annoncé des dizaines de morts.Je rassure mon monde:"Sur mon chemin R.A.S,jamais d'impossibilité de continuer mon itinéraire même si ça tient un peu du miracle".   L'impression d'un autrefois dans ma vie me fait tangué dans ce bistrot surchauffé où avec courtoise dissimulation de ma personne je me glisse dans l'atmosphère.Une clientèle campagnarde s'étale dans cette salle à la peinture fraîche,au sol carrelé brillants,au comptoir vernis,aux bouteilles alignées aux étiquettes indiscrètes...Tout les âges se côtoient avec simplicité,la mère sourit au grand-père,le fils regarde la grand-mère,le père parle à la tante,le bébé babille,les voisins de un à cent ans se mèlent aux autres.La patronne du confortable lieu orchestre  les va et vient avec une autorité retenue,encaissant les dûs promptement et servant avec diligence.Je suis suspendu à l'idée d'un improbable changement de ciel;La forte chaleur des radiateurs est malgré tout insuffissante pour me sécher et me réchauffer aussi vite que voulu,mes voisins de bar devinent lucidement quel est mon statut de passage.Nous échangeons des gestes pudiques et amicaux,et je leur assure que le café est délicieux car je connaîs les trois mots roumains pour cette phrase.Je suis un réfugié des ondées démesurées qui partira vers un autre refuge dans des conditions digne de l'épisode de l'arche de Noé.Je marche dans les flaques sans plus faire attention,trempe pour trempe tout est pareil.Ma tête est nue car capuche ou casquette sont devenues une gêne,mes pieds sont enfermés dans des sacs plastiques qui se trouent sur les pédales et manquent d'air dans ces étuves,mon poncho se colle à mon maillot qui se colle à ma peau réfrigérée par un écoulement d'eau.L'aqua éclabousse de mes roues,de mon cadre,de la route et ma selle est une éponge sous mon cuissard détrempé.Pédaler et garder le moral,sans alternative,l'heure ne donne pas le choix;Lorsque la situation devient extême,par effet heureux de notre constitution,nous devenons en principe euphorique,l'énergie en excroissance.La région est familière de ces estivales submersions pluvieuses,les cours d'eau impétueux,gonflés à blocs,remplissent totalement leurs lits profonds et la limite haute des crues se trouve miraculeusement quelques pouces en dessous des routes.Le paysage s'est façonné pour contenir ces frasques du cycle de l'eau.Mon périple continue sur l'habituelle lancé ,faisant de mes soucis les chimères d'un esprit mal éclairé.Une église se batit à dix secondes à vol d'oiseaux,dans les prairies de l'étroite vallée.Ces ouvrages sont remarquables;Les architectes,les compagnons du devoir,les maîtres-artisans font étalage de l'art et de la science de la construction.En 2005,ils édifient des petits chef-d'oeuvre d'églises de l'ordre des beautés de nos siècles d'avant Bonaparte.Les parties verticales sont exterieurement en bois,colonnes,colonettes,contreforts,arcs,voûtes,encoignures travaillés par des hommes gardiens d'un savoir-faire menacé par le rouleau compresseur des temps nouveaux,l'ensemble de la couverture est en métal,les coupoles en bulbes d'oignon dorés scintilleront sous la voûte celeste des Maramures.     Les hameaux,ensemble de petites fermes de fortune au style de vie autarcique,des datchas,des petites villas,propriétés des mieux rémunérés de l'ancien régime,sont dispersés dans le val.Une contrée paisible,buccolique à l'écart de l'agitation de la collectivité et de son brouhaha.Pour cette nuit,dresser la tente se rapproche du suicide tant la campagne est gorgée de flotte.Mes yeux s'écarquillent à la recherche d'un vieux toit.Je traverse un ébouriffant écart,pataugeant dans la gadoue et le bouillon.Chaque maison à au moins son cochon,sa vache et ses poules.Ces aimaux montrent leurs groins,leurs mufles,leurs becs,par ci et par là,dans un margouillis indescriptible.De l'air chaud s'échappent des foyers et des odeurs de légumes-viande planent sur le lieu.Des femmes dépeignées se taillent des bavettes abritées par de grands parapluies noirs,un homme sans âge,nu-pied dans des sabots en caoutchouc pousse une charrette d'herbe coupée.C'est impossible de trouver mon bonheur nocturne ici-Demi-tour et détermination-.Il y a toujours une solution pour le voyageur du vélo,il est précieux et capital de ne pas égarer ses bons préceptes d'un périple qui perdure.Je me refuse à demander l'hospitalité car les autochtones sont trop accaparés par leurs quotidiens de bric et de broc et je redoute leur côté envahissant malgré la tendresse que j'ai d'eux.Je me sens comme un bouleversement de leurs heures et cela m'intimide.L'endroit espéré est une cabane de jardin bien visible entre deux jolis parcs de datchas.Me faisant invisible au possible,je brandit les trente-cinq kilos de ma monture ruisselante par-dessus la barrière.Je trimbale avec mes dernières réserves de forces ma carcasse et l'attirail dans le pré innondé.Le vélo planqué derrière mon hôtel en planches,j'escalade avec tout mon bazar l'échelle en bois.Le voyageur de fortune est dans le foin,au sec.Ce soir,il n'est pas question de repas chaud;L'incendie prévisible est une évidence.L'ami du vélo se confectionne un emplacement de lit,étale ou suspend ses frusques détrempées,s'organise une soirée dans ce gîte insolite.Le confort que l'on souhaite est relatif à la condition de vie dont on se fait un idéal.Ceux qui voyagent facilement financièrement,savent-ils à quel point dans mes errances,je vibre,ressens,fraternise avec les lieux,aiguise mes instincts,m'enivre,touche au sacré,titille le divin,respecte et redécouvre la planète,pactise avec le monde?.Les murmures de la nuit,le crépitement du foin,le ciel étoilé bleu d'encre,le croissant de lune,le hennissement d'une bourrique au plus profond de la ronde du soleil caché,le son du vent contre la cabane,le tambourinement atténué de la rivière,les plantes et fleurs dans le proche jardin,ombres chinoises au clair des lumières stéllaires,et l'aube montante,le chant des coqs,un chien qui aboit,les premières voix humaines sur la route entre voisins,ont fait de ce bivouac sous un petit toit dans l'herbe sèche un oasis poétique.

La météo a retounée sa veste et ce matin je pédale sous un ciel digérant ses traînées nuageuses.L'existence est une suite de retour et de fuite de fortune et d'infortune.Il faut être fort aux moments nécéssaires et faible comme le roseau dans la bourrasque quand tout baigne.Le café chaud du réveil me manque,nous avons nos apaisantes drogues quotidiennes rythmant notre envie de vivre et le petit noir m'est à ce point précieux.Il déclenche tout un mécanisme physico-psychique,véritable allié de mes jours.Je stoppe au premier troquet le long de ma route pour me siffler une tasse chaude.C'est un étroit zinc nickel où les copains du coin sont heureux de la pluie passée.Les habitués de la souriante et amène patronne bondent la salle,alors celui-ci fait des va-et-vient entre dehors ensoleillé et dedans animé.Je me fait une place assise dans la mêlée et souffle ma commande en deux mots roumains oubliés et réappris chaque jour.Ce n'est pas sur le vélo que mes progrès en langues étrangères se sont fait.Le pédalage est excellent en générale mais reste aléatoire pour la mémoire intellectuelle.Ces désoeuvrés de bar me dévisagent candidement.Je suis une bonne occasion de divertissement.Les villageois roumains ont le contact humain facile comme bonjour.Aucun ne parlent ni français,ni anglais,certains sont gris,et dans l'épaisse atmosphère régnante,opéré un échange intelligent serait une prouesse.Je me concentre sur mon café tout en soulevant un oeil amusés sur la gaité du cadre.Mes amis du moment sont un tantinet gênés par ce modeste cycliste de France.Ils se sentent proches de moi mais je viens de très loin sur un biclou parfait avec dix mots du pays mal prononcés.C'est pourquoi ils font venir Ileu,l'étudiant de Bucarest en vacances,l'intellectuel du quartier et le fiston du bistrot.Ileu parle correctement ma langue avec un accent rocailleux,des tonalités plus graves,des rythmes décalés,des erreurs de prononciations et grammaticales sans incidence sur la clarté de ces propos.Il cause couramment le français,brillant étudiant en économie.Ce jeune homme est sympathique,élégant,cultivé,bien pensant,physiquement agréable.C'est pour lui un plaisir de dialoguer dans la langue de Victor Hugo,il fait montre d'admiration devant mon parcours européen en vélo.Notre conversation se porte sur la vie pendant les décennies Ceausescu,sur la société aujourd'hui,sur les ambitions et les rêves des jeunes,sur l'éxistence des centaines de milliers de bohémiens nomades,sur les échanges franco-roumain d'amitié et de coopération,sur ce que pourra être la Roumanie de demain,sur les meilleurs résultats sportifs de la nation.Au temps du dictateur mégalomane au pouvoir de 1967 à 1989,année d'un procès sommaire et de la sombre éxécution de lui et de son épouse,le pays vivait les règles d'une politique de non liberté pour la population,de représailles cinglantes contre toutes tentatives de rébellions au régime.Un hyper communisme pervertit au profit de quelques dirigeants monopolisait toutes les directives du pays,laissant les roumains soumis à des lois d'airain.Une barrière infranchissable pour le peuple vers seulement un peu de démocratie.Hommes et femmes étaient tenus à tels emplois,à tels salaires de misère lorsqu'ils le percevaient.Un système de rationnement alimentaire sous forme de bons d'achats étaient généralisé.Les élèves et étudiants décidaient de leur avenir sur stricte aval de l'appareil d'état.Les arts,les sports suivaient des règles sévères à ne pas déroger.La littérature était prohibée et la presse une pure obéïssance au volonté du gouvernement.Ceausescu,sa femme,et leurs collabarateurs,omnipotents,décidaient de tout en tout sans qu'aucun organe par ailleurs modifie quoi que ce soit aux ordonnances.Conséquences de choix abberants,de beaux quartiers de Bucarest furent démolis pour faire place à des constructions présidentielles d'un triste kitsch en béton armé,le fabuleux delta du Danube irrigué pour l'agriculture intensive déclenchera un désastre écologique,détruisant en partie une faune et une flore d'une variété merveilleuse.L'autocratie se jouait des individus comme de simples fantoches.Le népotisme était de règle.A la fin des années 70,le renchérissement du prix de l'énergie mis fin à une période de croissance de quarante ans,la popuation dût obéïr à des restrictions drastiques.L'armée administrait la production des hydrocarbures et de l'électricité,un rationnement alimentaire et énergétique fut sévèrement établi afin d'éponger la dette,de réduire l'importation et de favoriser les investissements industriels;Cette politique se servant des gens comme des pions dans le budget de l'état eu des effets catastrophiques...En 2006,seize ans plus tard,la société est sortie de ce passé oppressif mais son souvenir et ses stigmates sont tenaces dans l'âme de ce peuple terrien.C'est un état démocratique avec ses propres travers,tenant la comparaison avec les autres pays de la CEE,qui va de l'avant avec un héritage d'handicaps à dépasser.L'hyper commercialisation mondiale aimante une part de la population à des rêves de richesse,d'autres sont comblés par des facilités révolutionnaires de peu d'envergure.Les étudiants ne doutent plus de leurs futures carrières;L'argent possible donne des ailes à toute une jeunesse qui poursuivra la modernisation du pays.Les bohémiens lors du système sans égard au peuple du dictateur avaient un terreau à leur mode de survie,maintenant ils sont une question grave et embarrassante.Les mesures pour les insérer dans une vie sociale seront longues et les résultats lents mais ces nomades internes sont à une actualité de vents contraires et l'originalité de leurs vies va s'émietter.Ils risquent de devenir des miséreux plus hybrides et plus égarrés.Ce sont des êtres humains de toujours hors système,ils vivent à contre évolution.Les échanges franco-roumain vont bon an mal an,certaines associations,certains français se sont investit courageusement et honêttement pour aider nos cousins de culture de l'est.D'autres initiatives n'ont guère donner de fruits,il est vrai que vouloir transformer des hommes depuis la racine de vie est souvent une affaire pour le moins ardue.   La rencontre avec Ileu fut un intermède de choix sur mon parcours,je le remercie pour son cours d'histoire contemporaine.Comme les choses sont plus évidentes au sujet de sa patrie à l'homme lorsqu'il en est loin."Si l'eau d'un bassin reste sans mouvement,elle devient stagnante et boueuse,mais si elle s'agite et coule alors elle s'éclaircit;Il en est de même de l'homme qui voyage"(Proverbe Kurde).   Après le coutumier et fraternel échange de nos adresses,une poignée de mains insistante et prolongée,des sourires très discrets et très amicaux,je quitte Ileu,son clan et sa fratrie,sur le vélo je me soulève du village,heureux de sentir très fort les battements de la vie et de la mienne dans les jours qui passent.Mon parcours longe le lac Bicaz,il ressemble à l'embout d'un harpon sur la carte.Son eau est gravement polluée par les immondices emportées par la rivière en aval.L'air est chaud et étouffant mais le bain revigorant rêvé n'est pas pour ici.Les grimpettes et raidillons se succèdent sur trente kilomètres,j'écluse mes deux bidons d'eau et j'écoute de la musique pour tenir le coup.Autant de voitures sont garées en bord de route et autant de tribus ou famille pique-niquent tout près ce dimanche de pur soleil.Les Dacia sont encore plus nombreuses que les Logan,le nouveau véhicule accéssible au crédit du citoyen type.La construction de ces dernières a succédé à celle des R12 "made in Romania".Le groupe Renault continue ses affaires dans le pays avec ces voitures basiques et modestes adaptées au marché interieur.Des couvertures,des plaids,des bâches sont étalés dans les recoins ombragés,la nourriture,les bouteilles,les thermos,les vaiselles sont dispersés dessus,des personnes sont allongés dans ces fouillis,d'autres surveillent ou préparent le manger,certains se rassasient,ceux-là font la sieste.C'est le jour de farniente,de détente et des barbecues et petits feux de bois.Toute une foule du petit peuple ordinaire se trouve ici,à une encablure des rives du lac-Pas trop originale comme sortie dominicale-.L'odeur des saucisses grillées et de la viande brasillée emboucanent le secteur.Je crois qu'ils ne sont ni heureux,ni malheureux dans l'ensemble.Leurs existences sont plus faciles mais ils ignorent les façons,n'ont pas appris les recettes des joies plus distinguées.J'ai le sentiment d'être un fantôme,ces supporters potentiels ne font aucun cas de moi.C'est comme si d'avoir déjà vu une chose,un spectacle,un voyageur à vélo les détounaient de l'intérêt pour tout ça.Il y a un aspect défaitiste chez eux.Leurs ambitions s'arrêtent à être ce qu'ils savent d'eux-mêmes,comme s'ils étaient des refrains éternels.Ils sont un reliquat de l'endoctrinement d'un passé qui faisait de la masse un seul esprit et donc des hommes sans esprit.Il faut ouvrir à chacun l'accès à sa propre identité originale.    Le DAB est une mini-portion de modernité contrastant diablement avec le bourg rongé par les années.Il est pour la gent un objet récent de liberté,d'autonomie,un symbole d'espoir ou de réussite.Une silencieuse file d'attente d'habitants avec leurs petites cartes rutilantes dans les bouts des doigts s'est formée docilement.Ils patientent sagement pour leurs retraits de billets flamboyants et craquants.Ce service est révolutionnaire pour eux qui vivaient naguère sans aucune fortune ou presque.Certains ont la carte de crédit mais pas plus qu'un pécule de misère,c'est ainsi qu'aucun ne cherche à bousculer les minutes d'inerties.Les banques ont toujours des vitrines neuves dans lesquelles des affiches vantent la force de l'argent et des objets fantaisistes soulignent l'aisance d'un nouveau monde.Elles sont en Roumanie comme la pierre précieuse de la bague portée par l'individu dont rien par ailleurs ne laisse imaginer la trésorerie.La société est si malicieuse que peu nous avons conscience qu'en fait nous adorons l'argent.Si cette frénésie entendue de la recette entraîne les hommes vers des existences de fortune et d'infortune,qu'en serait-il sans elle?.Tout ceci est un jeu imparfait qui séduit tout le monde.La danse financière est le second ciel de l'humaine vie.      L'entrepôt-épicerie dans lequel j'explore tout les recoins et secrets à la recherche de ma bouffe de ce soir,mal éclairé par une ampoule orpheline,est un reliquat de l'ancienne dictature.J'ai fait mauvaise pioche en rentrant ici car le pain est mou comme une chaussette,il n'y a que de la chicorée,les boîtes de conserves n'ont pas d'âge et même les paquets de pâtes ne me conviennent pas.Le jour décline et je préfère économiser mes forces et le temps qui coule,alors j'accepte des provisions basse-qualité:Charme de mes tribulations!.      La barrière de la voie ferrée ne se relève plus et  défend le passage,il y a un des jardins et des vergers de l'autre côté tout désignés pour installer le bivouac.Nul décibel d'un train dans l'oreille ne parvient,alors par une pleine lune blanche comme un hostie et dans la fraîcheur vespérale,j'escalade la barrière,attrape le vélo déchargé,récupère les bagages,traverse la voie avec le vélocipède en évitant un croche-pied du rail,franchi quatre fois encore la ligne pour le barda,et passe la seconde barrière avec l'identique logique que pour l'autre.Il me reste à replacer mes affaires sur le deux roues.Le franchissement est gagné.Je pousse la monture sur un petit chemin de terre,le site est pastoral:Parcelles de jardins et de vergers,petit pré avec deux moutons,ruisseaux,haies d'où virevoltent les petits oiseaux,paysan dans un champ fauchant l'herbe,le sifflement du train de campagne,les chez-soi adossées à la colline... 

Quelle heure est-il et qui me veut la personne qui s'adresse à moi autour de la guitoune ce petit matin?.La voix se veut rassurante;Je m'extirpe du sac de couchage sans panique,enfile vite fait le pantalon de toile et tire sur la fermeture éclaire.Un beau jeune homme de cent quatre-vingt centimètres me sourit largement,clignent les paupières sur ses yeux bleus contrariés par les premiers rayons solaires dans un air de bonté,et m'expédie deux francs bonjours succéssifs en roumain puis en anglais."Pourquoi n'êtes-vous pas venu chez nous hier soir pour y passer la nuit?"M'interroge le bel Apollon dans un anglais scolaire compréhensible et drôle."Je m'appelle Pietr,je vis avec ma grand-mère dans cette maison.C'est un vrai plaisir de te voir ici dans mon parc et je t'invite chez moi".Pietr m'aide avec empressement à remballer mes équipements.Il a vingt-six ans et très envie de s'amuser en ma compagnie.Nous sympathisons rapidement,il me présente sa grand-mère,alerte petite dame de soixant-quinze ans avec un fichu bleu fleuri autour de la tête et des yeux pétillant de jeunesse intacte.Son nom est Elena.Pietr lui explique que je suis Didier,français,que je pédale sur les routes du pays depuis une semaine et que m'offrir le gîte est tout à fait naturel.L'autre logement ouvrant sur la même cour d'entrée est celui de sa mère,de sa soeur et son beau-père,malheureusement l'entente entre les deux toits est hostile.Il n'y a pas de douche,mais de l'eau claire et fraîche du puit dans un baquet en bois à l'ombre d'un prunier face à la fenêtre de la chambre d'Elena où se trouve la vieille télévision en noir et blanc.Que c'est symphatique d'avoir un toit d'acceuil,d'être invité spontanément avec bienveillance et cordialité!.La chambre de Pietr est d'aspect vieillote,usée par plus d'un demi-siècle mais intacte.La tapisserie,dalhias blancs sur fond mauve,me remémorre celle du salon de ma mémé,le mobilier et le lustre sont de style art-déco du terroir.Des modernités d'autrefois qui sont devenues des brocantes à quatre sous.C'est là que je roupillerai.Son grand-père était anciennement le maire du village,cette pièce fut son bureau.Un pupitre rococo sert maintenant à mon ami pour réaliser des découpages sur feuilles en papier pliées qu'il tente de vendre dans les rues de Piatra-Neamt dans l'espoir de petits deniers.Pietr me montre les clichés durant son emploi de saisonnier-serveur de bar dans une station balnéaire de la mer Noire.Séduisant jeune athlète,il s'éclate avec de belles minettes et il en garde un souvenir orgueilleux.Héléna est très flattée par ma précense,sa vie est exclusivement l'histoire d'une rude subsistence campagnarde en Moldavie.Elle est toute menue,ses membres ont toujours une résistance d'acier,elle entend et voit comme un vieux faucon vaillant.Les travaux pénibles des champs,les soins à la vache et au porc,les corvées ménagères à l'eau du puit,la préparation des patates,des haricots baignant dans le bout de lard fondu,aimer sa progéniture corps et âme,célébrer les petites victoires de l'éxistence,détourner l'indigence par force-volonté,être une femme ordinaire qui connaît le ciel étoilé de son pays comme une image de sainteté,c'est un bout d'apperçu du roman de cette femme au sourire franc,au peit menton arrondi de bonté.Pietr lave mes nippes dans le baquet,mes pieds baignent dans une bassine en fer,nous jacassons dans un anglais improbable nous permettant de nous comprendre fort bien.Ce jeune employé est adorable.La grand-ma apparaît régulièrement à la porte de la cabane-fourneau-cuisine pour nous assurer de sa précense bienveillante.Le plat de légumes mijotera des heures sur le fourneau encrassé,alimenté aux petits bois.C'est la période du carême orthodoxe,ils se délestent des dépensent onéreuses de la viande,ce qui arrange un peu leurs consciences et beaucoup leurs porte-monnaie. L'ambiance est charmante,cette demeure contient le doux écho des jours les plus beaux.La roue arrière du vélo est voilée,mon hôte est un bricoleur-mécano de talent,il se sert d'une clé à rayon pour la première fois mais parvient à un excellent résultat.Le ciel est clair,le soleil gourmand,la rosée s'évapore créant une atmosphère d'été stimulante.Pietr et moi allons à pince checher le pain,des cigarettes et une bouteille de bière à l'épicerie.Un jeune homme,la faux sur l'épaule,rentre d'un champ dans la montagne.Mon copain me présente à l'autochtone.La fenaison s'échelonne sur six mois,le boulot se fait uniquement à la mécanique humaine.Les chars transportent de lourds entassements de foin qui balancent sur les chemins caillouteux.Les chevaux comme les hommes se torturent le corps à ces labeurs.Le petit chien est maigre au point qu'il ne peut l'être plus.La courte corde le retenant au tronc du prunier lui accorde un territoire de chagrin,sa niche est son paradis.Je le palpe à la recherche de muscles aussi fins que l'inéxistence.Sa ration quotidienne est le jus des légumes.Je prie Eléna de dorénavant donner chaque jour un morceau de pain à la bête aux yeux de miel.Le cyclopéen cochon dans sa bauge est suralimenté à l'herbe,aux prunes et pommes,aux racines,à tout ce qu'un tel animal peut empiffrer pour fournir le maximum de couenne et de lardons à la maisonnée.La pauvre vache quasiment aveugle est enfermée dans un réduit borgne,ses sabots jamais taillés ni usés par le bonheur des prés sont difformes,allongés de vingt centimètres devant comme des chaussettes à peine enfilées.Les hirondelles alignées sur le fil électrique apportent un air de liberté à cette larmoyante pension animalière.La grand-mère m'offre plusieurs fois des poignées de prunes ou de pommes avec des regards complices comme si c'étaient des fruits d'or.Deux voisins,paysans hâlés arborant des chapeaux de pailles,aux maillots de corps humides de sueur,aux arpions calés dans des sandales rafistolées,arrivent avec un char ployant sous une montagne de foin.La cargaison s'empilera sur la meule en cours d'élaboration à deux pas du logis.A l'aide de longues fourches ils déposent dépaisses crèpes toujours plus haut.L'un dépose une échelle bancale contre l'édifice,la grimpe et s'installe sur l'ouvrage pour le parfaire.Pietr et Eléna ratissent les gerbes non parvenues à destination et installent des étais en bois obliquement pour consolider la meule en forme d'arbre de Noël géant.Je lance tel un projectile sacré la bouteille de bière à l'homme perché.Le goût du rafraîchissement sur les palais déssèchées,nous apporte un instant de chaleureuse complicité.       Iona,la soeur cadette de Pietr,nous rejoint dans la petite cour où le chien étique laisse ouïr son brondissement.Elle a vingt ans et sa complexion est délicate.Elle est belle comme un pétale de fleur suspendu dans l'air.Ses yeux brillent d'intelligence,ses cheveux longs ondulent et sa jeune agitation leur implique des balaiements contre son visage d'étudiante réfléchie.Son anglais est excellent,son français débutant est un régal pour mes conduits auditifs.Immédiatement sous le charme,je veux l'imprimer sur ma pellicule.Elle refuse,sans doute se méfie-t'elle en général des touristes.En réponse,elle est ravi de me photographier seul,en compagnie de son frèrot puis de sa mémé.Elle rêve de voyages,de vivre dans un pays plus riche mais ses souhaits l'éffraie encore,elle ignore si elle doit les prendre au sérieux."J'ambitionne de séjourner bientôt quelques mois dans chaque pays d'Europe occidentale"me fait-elle savoir en agitant ses mains maigrichonnes et ses brindilles de doigts.Elle songe à un autre avenir qu'ici où son destin semble périmé d'avance.Je représente l'homme qui pourrait être sa solution d'un univers plus glorieux.Sa mère passe en coup de vent,cette femme au caractère détrempé et à l'allure musclée me demande en italien et sans ambages à combien est le taux du Smic en France.Elle a bossé quelque temps en Italie et s'interroge peut-être sur la bonne opération faîte en ces heures-là.Si Iona partait vivre en France,réussirait-elle mieux qu'elle chez les ritals.Iona est  élégante,son blue-jean moulant prend fin au dessus de ses chevilles serties dans des socquettes beiges s'égarrant aux fonds de baskets blanches à épaisses semelles,sa chemise bleue pastel laisse entrevoir par transparence le profil de son soutien-gorge et de son contenu.Elle est plus moderne que la majorité des jeunes roumaines.Je devine une intellectuelle,une poétesse,une oscillation entre raison et déraison,entre sagesse et folie.  Pietr me signale que le quart d'heure du banquet aux légumes est arrivée.La petite table poussièreuse,rabotée par l'usage,où campe la télé démodée,est encombrée d'un bric à brac intraduisible.La famille prospèrait à l'époque de l'aïeul bourgmestre,maintenant dans la maison on s'occupe à entasser tout et n'importe quoi pour tuer une certaine désillusion.Nous poussons ou déplaçons des vieux canards,des verres sales,des bouts de bougies,des crayons cassés,des feuilles sèches,un vase énigmatique,des boîtes mysterieuses et d'autres bagatelles,déposons deux assiettes et la grosse poële aussi fumante que noire de suie.L'espace de deux jours,je n'ai pas vu Elena se nourrir,sinon qu'elle avait toujours des prunes et des pommes dans ses poches et qu'elle se régalait d'un peu de bière mousseuse.Nous engloutissons la platée à parts égales en y trempant des bouts de pain et  accompagnée de lampées de cervoise ordinaire.C'était fameux,ces mangetouts et ces patates mijotés des heures sur l'ancestral poêle de la cuisine en planches ont le goût du vrai et la saveur délicate.Il y a des fonds de pots à terminer,des onces laissées de peur de ne plus jamais goûter à la chose,de café soluble,de sucre,de miel et de terrine,nous étalons le pâté sur la mie faisant fi du carême;Pietr prépare une infusion aux herbes des talus dont enfant du pays,il a le secret.Les tasses fument,le miel colore et disparaît dans le breuvage,un arôme vertueux,boisé et épicé,fouillent les narines.Ce dîner de pauvre fut parfait,je me suis senti par instants roumain de toujours,pénétrant dans une authentique communion avec mon lieu d'asile,mes hôtes.En partageant un repas,il est fascinant d'échanger nos appréciations sur ses attraits culinaires mais chez les gens simples de Moldavie roumaine tout est entendu.Les légumes du domicile sont toujours excellents chez ces débonnaires campagnards,au village tout le monde est au même pain et à la seule marque de bière,tous mange le cochon engraissé et égorgé chez eux.   La voûte céleste d'août scintille du plein feu des étoiles,la voie lactée majestueuse,hypnotisante,incommensurable,fantastique,s'est déployée,les constellations impriment leurs tableaux,des étoiles filantes bondissent et fusent en fragments de secondes et Iona assisse avec moi sur le banc délabré m'avoue que cette étoile,la plus brillante et bleutée dans cet amas est celle que fillette elle a adoptée.C'est son porte-bonheur,son besoin de tendresse,sa gâterie égoiste,qui s'éffiloche.Nous voguons dans une fantasmagorie,dans une trame romantique de laquelle je ressens la délicatesse de son corps,je devine la finesse de ses pensées.Deux sexes,deux vies infimes,deux histoires,des idées dissemblables,et pourtant un même temps,une âme en commun.La poésie est magique,elle se charge de nous absorber d'amour vaporeux,charnelle et désincarné.Nous divaguons inspirés par la beauté de la nuit,fourvoyés dans nos cosmos sensible,habités par un ailleurs vibrant;Iona me demande une leçon de français,mon anglais de routard lui déplaît.Elle répète les mots dévoilés,elle aime ce jeu avec le cycliste aux milliers de routes.Elle a quittée une fois la Roumanie natale pour la voisine bulgare.Mes petites histoires et mésaventures,mes banals bonheurs de nomades la retient.Je suis son puzzle imaginaire.La folie des hommes devient insignifiante et ridicule lorsque les yeux-téléscopes de nos microcosmes scrutent la magie du ciel nocturne.Mystiques sensations:Nous percevons simultanément des réponses et des interrogations intraduisibles.Je n'ai d'autre envie que l'instant n'est de fin;Mais,la maman de la jeune étudiante a éclairé le lampadaire de la cour et demande à Iona de regagner sa chambre.Je lui donne un dernier compliment afin de l'assurer de mon amitié et de la joie prise ensemble.   Le match de football opposant les équipes de Craiova et Bucarest en noir et blanc sur l'écran poussièreux et balayé de parasites nous laisse distrets Pietr et moi,nous sirotons une infusion et devons quitter la chambre d'Elena qui dormira dans son lit bienfaiteur.Mon compagnon choisit une cassette de dance-music sensée favoriser un agréable endormissement.Je suis détendu,bien dans ma peau,mes nouveaux amis ont été tant aimbles et prevenants à mon sujet que mon sommeil est sans importance.   La nuit fut douce,Pietr a pioncé comme un félin sans souci;Aux premières lueurs de l'aube contre le volet mal clos,les pas de chatte de Iona dans le corridor ont fait grincé le parquet,cela m'a tiré la paupière de l'oeil et instantanément j'ai éprouvé une exhaltation délicieuse.Elena a préparé le petit-déjeuner,deux bols de café aux volutes fumantes,des épaisses tranches de pain de campagne,de mignonnes prunes vertes et jaunes et un pot en grès avec du sucre en poudre,le tout déposé avec tendresse sur un napperon brodé.Nous réduisons des branchettes en brindilles et fendons des vieilles planches à la hachette pour le feu du fourneau.Elena préparera une identique platée que la veille.Le toutou est devenu mon copain,il réagit à mes carresses comme un ange sans cervelle,naïf comme si son existence était un éternel premier jour.J'aimerai deviner quel sont les plaisirs malicieux de cette bête,de quoi se nourrissent ces jours à la pitance ultra-maigre,mais mon passage ici est trop bref pour davantage faire connaissance.Pietr,Elena,le rédacteur du récit,trimballent un rateau en bois et une fourche aux longs manches et vont à pied de par le chemin raviné et caillouteux qui serpente entre les bicoques d'un hameau.Il faudra trente minutes de marche et autant d'arrêts pour être rendu dans le pré pentu à l'orée des bois d'où le foin écologique,fleurant bon la chlorophylle sèche,fut charrié hier.Les boîtes aux lettres aux vives couleurs,à la numérotation décorative,contrastent avec les portails dégradés et les cours envahies de mauvaises herbes.Des basses-cours crapahutent sans aucune crainte.La grand-ma et le petit-fils saluent et éhangent quelques mots avec des riverains de leurs meilleures connaisssances,assez fiers de l'énédite recrue d'un français vélovoyageur.Un cheval robuste,sue terriblement,peine de toute sa puissance,dérape,démontre une bravoure inégalable pour tracter le char lourd d'un déménagement.Ses fers sonnent un air paysan bucolique.Un homme et une femme fuient un domicile pour un autre lieu;Ces gens désargentés de la campagne moldave composent leurs quotidiens comme possible et probablement n'imaginent pas d'autres tournures à leurs vies.Deux femmes,les jambes nues,les robes relevées,lessivent vêtements et tapis dans l'eau vive du torrent.Cette grande machine à laver est de l'ordre de la coutume ici,les souillures engendrées ne perturbent l'esprit d'aucun.Pietr achète deux barres chocolatées dans une magasin grand comme un mouchoir de poche,bonne occasion de faire le charmant devant la jeune marchande au sex-appeal affriolant.Nous franchissons un petit pont de bois et pénétrons dans le bar le plus classe des environs,quatre hommes y passent du bon temps,"relaxs" sous les parasols.Tout dans la salle montre ostensiblement le succès et la bonne affaire de ce petit business:Cendriers,lithographies,carrelage,miroirs,lustres,meubles en bois massif,rideaux,ventilateur,tapisseries,poste-hifi....Matériels et matériaux sont flambants neufs;La patronne souriante derrière le comptoir affiche sérénité et fierté.La beauté de cette dame tient à une histoire de recette,sa laideur aussi.Elena discute de moi à la propriétaire comme si j'étais une canaille qui bientôt maniera ses premières phrases en roumain.Quelle naïveté amusante!Apprend-t'on un autre idiome aussi simplement qu'en écoutant un jour les gens du pays.La grand-ma sirote promptement un bock d'un demi litre de bière,c'est follement pittoresque et décapant.Le chemin se rétrécit,la déclivité augmente,nous passons des portails de clôtures et des petits ponts.Un groupe de femmes et d'enfants est installé sur le sol près d'un énorme tas de foin.Les gamins empiffrent des prunes,les mamans rêvassent,l'une d'elle donne le sein à son bébé.Nous passons sans plus les saluer.  Le travail consiste à démonter l'assemblage de piquets en bois qui supportait les petites meules de foin.Quatre chiots d'une dizaine de jours sont blottis dans une niche creusée par leur mère dans l'une d'elle non charriée pour ne pas la détruire.Ils sont adorables,ce sont des bâtards et absolument rien d'autre,Pietr me révolte à les faire voltiger brutalement entre ses mains.La chienne va revenir pour les tétées.En Roumanie,beaucoup de clébards se débrouillent essentiellement de façon sauvage et sont un peu domestiqué par les personnes voulant leur simplifier l'éxistence.Je porte les étais à travers le champ jusqu'à l'empilement à la lisière de la forêt,Elena fait de même.Pietr fainéante assis,les genoux repliés sous son menton à scruter sous une main en visière quoi vers le fond de la vallée.C'est le retour en sens inverse,nous saluons ou détournons les regards en croissant des autochtones.Dans cette contrée,les habitants soit se congratulent,soit se détestent;Le clivage des humeurs me semble très net.Un expatrié d'Italie en vacance en terre natale,répare avec son vieux père la roue d'un char à foin avec l'outillage d'antan.Il semble heureux d'un retour au calme campagnard.  Cette ballade champêtre,ce village d'un monde rocambolesque,ce coup de main aux travaux de toujours,mes pas au coeur des tribulations des indigènes moldave dans la chaleur de l'été et la fraîcheur de la vallée et des rivières,ces chiots drôles et fébriles dans leur niche atypique,sont un souvenir profond,inoubliable de mon séjour en Roumanie

Les roumains en général aiment l'argent,en ont des désirs impudiques,peuple par ailleurs reservé,modeste,retenu.Iona m'évite,j'aimerai observer à nouveau ses douces façons,ses mains et son visage aux contours délicats mais c'est partie perdue.Elle est comme toutes ses autres jeunes compatriotes qui rêvent de plus de sécurité matérielle,d'une vie moins misérable que celle de leurs parents.Elles veulent une maison,une voiture,pouvoir consommer,se faire belles,gâter leurs enfants,manger au restaurant,avoir des loisirs,voyager...Il est possible aussi que sa mère lui défend de perdre son temps avec ce cycliste marginal,ne connaîssant pas le taux mensuel du Smic de son pays.Beaucoup de ces cousins de l'est  vivent  entre les mâchoires de l'indigence et de l'aisance,ils sont,d'une façon ou d'une autre,séduits,influencés,attirés par des envies terre à terre et matérielles.Je comprends Iona,enfant aux pieds glacés lorsqu'elle buvait sa chicorée puis fourrait dans ses poches quelques fruits et partait à pied pour l'école sur les chemins glissants.Je comprends qu'elle espère le début d'une autre histoire.   Elena voudrait que je reste,m'installe ici et qu'un jour je retourne en France avec sa petite-fille.Elle est anxieuse et perplexe à son sujet.Iona passe tout son temps de vacances,clôturée dans sa chambre à lire,écrire,se cultiver,écouter de la musique et cela la grand-ma ne peut pas le comprendre.La vieille dame porte beaucoup de sages raisons,a des idées sur la vie, ancrées,nettes et réalistes.Elle ne débat plus sur des questions d'éxistence,elle emportera tout ça avec elle outre-tombe.Elle surveille son univers en philosophe discète.Tant qu'elle aura la force de l'amour,elle sera utile.Le dur passé,l'histoire affligeante,intolérable du régime Ceausescu,a laissé de funestes rides dans le corps et le coeur du peuple.Toute une partie de la population maléable et naïve n'avait aucun repère critique sur sa propre subsistance.On lui a inculqué des idées fausses,on l'a manipulé encore et encore jusqu'à la perte de sa propre conscience et de sa confiance personnel.Faut-il que je m'étonne si Elena a des considérations surprenantes mais infiniment attendrissantes?     Pietr va t'il en finir un jour avec sa crise d'adolescent?.Il n'aime pas sa mère,c'est pourquoi il vit avec Elena dans la maison voisine.Il envisagera l'avenir avec sérieux lorsque sa génitrice cessera de lui faire de l'ombre.Il est à la fois empli de folles espérances et de péssimisme,il avance entre les rives de la vie en essayant d'y trouver son petit bonheur ambitieux.L'écervellé a stoppé ses études en première année d'université sans une idée de ce qu'il deviendrait alors.Un coup de dés favorable lui sera indispensable.     Mes adieux au toutou sont un moment de tendresse illimitée,je ne l'oublierai jamais ce héros squelettique.Je le baptise Yogi,le chien au territoire de deux mètres carrés,aux prunes lui tombant sur le crâne,au quart de litre de jus de légumes comme pitance quotidienne,le gentil cabot à l'air joyeux qui démontre que l'on peut respirer heureux privé de tout,seulement abreuvé à la source d'une vrai vie,la sienne.    Elena m'embrasse,les yeux humides,m'applique ses lèvres chaudes et usées sur mes joues musclées.Je lui fus,dans ses jours répétitifs,une parenthèse récréative,une part d'abandon et un réveil de certaines de ses pensées enfouies,un besoin de nostalgie.   Pietr m'accompagne,m'escorte jusqu'à la grande route de Pietra Néamt par le sentier se faufilant entre les parcelles cultivées;Les gazouillis des petits oiseaux fusent et vibrent,ils égayent de leurs mélodies l'espace rustique;Le bêlement d'un mouton fixe le temps de ce doux décor,un lapin bondit,la queue frémissante,ajoutant sa vie de bête à poils aux alentours palpitants.Mon copain pousse mon vélo avec l'autorité d'un hôte gratifiant son invité d'une prévenance totale.Nous sommes las de quarant-huit heures avec nos parlers anglais très imparfaits,de nos intellects à la recherche mentalement d'une traduction,d'un mot à entendre dans nos esprits avant de le prononcer à haute-voix.Nous nous séparons alors que nos amusants bavardages devenaient presque inintelligibles.J'assure Pietr de sa bienvenue chez moi dans la Loire lorsque la boucle du tour d'Europe sera bouclée.Adieu Iona,Elena,Pietr et Yogi,au revoir à tout ceux j'ai croisés un instant dans ce vallon moldave,dans cette rustique campagne où j'ai visité des autrefois subjectifs que j'ignorais,où l'intervalle de deux rotations terrestres j'ai respiré tel un casse-cou protégé,où sans doute ai-je préféré apercevoir que le plus beau et le plus doux.J'ai une certitude néanmoins,dans les années 2000,la grande majorité des habitants sont heureux de vivre ici en Roumanie et ailleurs naturellement dans cette empire démocratique,dans cette nation paroissiale.    Le vélovoyageur va de solitudes en rencontres,de jours sans la moindre aide ou main tendue à d'autres pendant lesquelles on s'empresse autour de lui en petits soins,en aimables familiarités,de bienveillances diverses.A nouveau seul sur ma selle,flanqué des mes quatre valoches suspendues aux porte-bagages,il en est fini de mon ballon d'oxygène chez les inoubliables amis.Mon décor est à nouveau celui de la faune,de la jungle routière:Vieux et camions neufs,car en fin de vie allant sa navette,Dacias aux couleurs éclectiques,Logans neuves aux teintes neutres métallisées,voitures de riches quelquefois,attelages tous aussi folkloriques les uns que les autres,tracteurs en partie démantibulés,vélos de jadis grinçants,vieilles carcasses crachants d'horribles gaz noircis,piétons de tout âges errant le long de la chaussée défoncée,constellée de nids de poule.Un contraste de genre saisissant,un mélange de misères habituelles,de petites richesses tranquilles,et de quelques pachas ou nababs vaguement écoeurant aux volants de grosses cylindrées.La ville a perdu ses vieux murs lors des décennies de croissance relative allant des années 1930 à celles de 1970,la plupart des constructions en béton sont de facture ancien-moderne.Depuis quelques années,un nouvel essor économique redonne fiers allures,dynamisme et agitation aux citées roumaines.La grande artère principale de l'agglomération,les villes suivent des plans d'urbanisation simplissimes et s'étirent dans un unique et principal sens longitudinal,est assez belle,agréable,colorée,gaie,moderne.Funambule pédalant,homme actionnant par une mécanique répétitive ses muscles rôdés et adéquats,esprit dépaysé et parfois dérouté en permanente alerte,je sonde les logos et les pancartes,les enseignes à la pêche à la Poste centrale.Les académiques,très conventionnels usagers de l'administration garnissent l'enceinte aux guichets.Je patiente ébloui ou distrait.Les employés remplissent leurs devoirs rémunérés avec nonchalance,conséquence de vieilles inquiétudes au sujet des formes idoines de leurs travaux.Les timbres sont collés à l'enveloppe sous le martèlement de petits coups de poing opportuns,je souhaite vraiment que mes cartes souvenirs arrivent en France.                                                 

publié par vélocampeur dans: didou
Jeudi 23 Novembre 2006

Mon arrivée en Roumanie fut un choc de plein fouet pour mon esprit de nomade,c'était le dix-neuvième pays de mon parcours et je savais que je verrai des choses uniques à ce pays.Mais ce fut plus que mon imagination avait supposé.Déjà au poste frontière lorsqu'un douanier roumain vérifia mon passeport,je fut intriguer par sa façon pas sérieuse d'être sérieux qui est un aspect du comportement de beaucoup là-bas.Quelques kilomètres sur une route défoncée et me voici dans le fouillis indescriptible,inimaginable,d'une petite ville.Un mélange de taudis avec quelques signes de modernité.Des constructions qui tiennent difficilement debouts,des réhabilitations à la hâte avec les moyens détournés du moment,des volailles qui se sauvent devant les vieilles "caisses" de toutes les couleurs,des chiens errants et maigres,voilà une partie du tableau où j'ai tout à coup atterri.A ma première impression du lieu,je doutais anxieusement d'obtenir des Lei et une carte routière dans ce rocambolesque bourg à l'anarchie débridée.Je ne savais rien alors du pays qui mèle la pagaille majoritaire à une société  bien réelle,mais désordonnée à souhait et pleine de situations comiques.Il y avait un café internet où des ados en haillons se pressaient,il y avait une banque telle un salon au centre d'un chantier boueux,il y avait un kiosque à journaux jurant avec le cadre.Il y avait moi sur un vélo dans un décor où finalement tout semblait aller de soi malgré une évidente absence d'organisation.Une départementale dernièrement goudronnée,-C'est agréable dans ce pays où la plupart des routes sont en très piteux états-,me conduit vers Satu Mare,ville de cent-dix mille habitants du Nord-Ouest du pays.Je croise des carrioles à chevaux,transportant de un à sept ou huit passagers,parfois euphoriques sous l'effet de la fougue des deux ou de l'unique équidés.La plupart transportent  de l'herbe fraîche coupée à la faux pour la ou les deux ou trois vaches à demi aveugles dans une vieille étable.Des hommes vivent seuls dans des cabanes en bottes de paille,dans les champs près de l'axe routier,dehors près de leur logis il ya un coin feu de bois et chaudron de cuisine ainsi qu'une réserve d'eau potable dans un fût en plastiqueQuelle est l'emploi du temps de ces hommes?Les découvertes défilent trop vite ce premier jour roumain et dans mon esprit les questions se bousculent mais restent sans réponse.Des marchands à la sauvette,regroupés en fratries ou en clans proposent fruits et légumes de leurs potagers pour améliorer le peu de l'ordinaire des jours.Pommes,poires,prunes,pommes-de-terre,poireaux,pastèques empilés en petits monuments se trouvent à gauche et à droite de mon trajet.Ces marchés noirs des bords de routes permettra à tout ces gens de s'offrir en plus du pain journalier,une bouteille de bière,un peu de viande,des cigarettes...Des bohémiens en roulottes jettent la peau piquante d'un hérisson qui rotira à leur campement,celle-ci atterrie sur la roue avant de mon vélo.C'est si drôle que je trouve la vie belle et généreuse en cocasseries pour moi.Ces fils du vent fouillent dans les immondices,récupèrent des objets flottants dans les cours d'eau,vendent des champignons des bois à la sauvette...Je suis à Satu Mare,j'ai quitté provisoirement un mode de vie médiéval pour bondir de quelques siècles en avant de l'évolution du genre humain.Le paysage urbain est  celui d'une ville moderne comme il y en a dans la plupart des pays:services,commerces,divertissement culturels...Elles se ressemblent de plus en plus.C'est assez triste cette standardisation mais c'est aussi pratique pour mener son affaire de voyageur à vélo.Je me relaxe assis à une terrasse de café.Il y a dans les rues des très élangants,polis et rincés détails par détails,et des miséreux loqueteux.Les contrastes entre la population est saississant.A un feu tricolore,une gamine de dix ans fait la manche avec un bébé entre ses bras,à un autre un unijambiste s'adonne au même exercice.La misère s'affiche volontairement ,on en rajoute même dans le but d'obtenir monnaie sonnante et trébuchante.La fin du jour approche,l'heure d'acheter les quotidiennes victuailles;Ces achats,ces rués dans les alimentations sont un plaisir pour moi,une raison de plus d'aimer mes périples vélocipèdes.Dans trente pays d'Europe,combien de temps ai-je passé à poser mes pieds de cycliste devant les rayons de ces commerces?Combien de paquets différents ai-je eu sous les yeux lors de ces petites tribulations où les muscles de mes jambes se décontractent?.Je suis dans une boucherie,et les boucheries c'est  drôles ou pitoyables.Cette façon innocente qu'on les hommes de croquer de l'animal,cet instinct féroce difficilement altérable,trouvez cela comme vous voudrez,faîtes en votre plat d'humeur.Je suis donc dans une boucherie au nord de la Roumanie,le boucher et sa femme côte à côte derrière l'étal ne connaissant pas le moindre mot d'anglais et de mon côté j'en ai dix de roumain écrits sur un bout de papier non utiles en cette circonstence.Je viens de quitter ma selle,pas mal assomé de fatigue par la première étape tout en folklore,alors choisir un morceau de protéines est une gageure.Je demande une tranche de veau,je ne suis pas bien sûr au fait et je lâche un au-revoir en roumain dans le doute total d'une audible prononciation.Un sourire se dessine sur les visages des commerçants ce qui me rassure pour la suite.Les roumains sont des personnes simples,qui allient une franchise quelque peu puérile à de la négligence ici ou là.Dans les épiceries j'ai assez souvent des soucis de distinction devant ces produits alimentaires inconnus à mes yeux de petits français conditionné par son pays.Ici,je voulais du miel et j'ai eu entre les doigts de la crème au citron,là j'ai acheté du hareng sucré en bocal que mes papilles malgré le renfort d'un esprit positif ont constesté sans rémission.Fin d'après-midi,le moment du jour où la question de ma nuit me taraude,une route secondaire me fait quitter l'artère bruyante et de plus réprésente un raccourci intéressant sur ma direction,cela dit dans ce pays ce genre d'initiative signifie haut-risque de pistes défoncées.Le choix s'impose malgré tout.Il pleut fort ce qui ajoute à mon angoisse relatif à un bon bivouac,cette voie est en fait une piste avec des trous et des flaques d'eau plus étendues que les parties à peu près pratiquables où je zigzague incoyablement entre des bas-côtés tout à fait insalubres Les attelages au rythme préssé font concurrence aux Dacia bringuebalantes.Ils courent après leurs maigres pitances journalières.Leur vie comme toute les autres est une habitude et je devine que leurs rondes sont malgré tout providentielles.Je n'ai pas besoin de m'ériger des règles de respect face à ces gens,habitants d'un pays plus pauvre que le mien, dont j'ignore les richesses d'âmes. Humble cyclocampeur,j'ai l'avantage de ne jamais ou presque soulever de convoitises.Un marginal,un allumé,un aventurier,un isolé,telle est l'identité que je suggère.Je passe et automatiquement je m'imprègne des endroits où mes roues tournent.De cette immersion je suis bénie car ma soif d'évasion est abreuvée à souhait et ainsi j'aime sans préjugés,je fais face naïvement au spectacle incessant sur ma route nomade.Mes étapes sont rythmées par mes demandes d'eau potable chez les autochtones et cela aboutit parfois à des amitiés de passage fort précieuses comme ce soir dans cette Roumanie où j'ai la sensation continuelle d'être en plein coeur des trépidences.Ce peuple fabrique beaucoup d'agitation qui supplait à la chiche condition de la majorité.Un scénério bien rôdé se reproduit pour mon plus grand bonheur quasiment chaque jour,après que mes deux yeux se soient écarquillés le temps de kilomètres me semblant alors interminables,la fatigue altérant mes perceptions et ma patience,je trouve le peu dont j'ai vitalement besoin:Un emplacement pour la guitoune et trois litres d'eau potable(minimum).Je suis invité à passer ma nuit dans le jardin,qui est plutôt un terrain vague,de Georges et Anna.L'hospitalité des habitants est une aubaine pour le cyclocampeur,une simple douche des minutes de douce détente bienheureuse.J'essaie de m'accomoder de tout ce que l'on m'offre,d'une part par gentillesse envers mes convives mais aussi parce que je pense que tout ce que les hommes donnent de bon coeur à une valeur à ne pas spolier.Je peine à trouver un emplaçement dans ce terrain dernière catégorie et puis un gros chien me taquine un peu férocement,quant à la douche qui arrive,ce sera un petit filet d'eau froide debout dans une vieille baignoire.C'est déjà ça,beaucoup d'autres soirs,je serai plus mal loti avec le confort.J'ai dormi sur la neige,sous la tente écrasée par un vent violent,sur les ronces,sur des gros cailloux,sur une pelouse en plein Rome, avec des cochons ou des vaches autour de la tente,au milieu des moutons dans une bergerie,à la place d'une jument dans une cabane,avec des chiens errants dans une maison abandonnée,parmi des gens du voyage dans des campements de fortune,dans un cabanon empli de bouts de bois(près du Cap Nord),dans des cabanes à foin en Roumanie,dans plusieurs vignes,sur des plages à la belle étoile,dans des chapelles,dans un presbytère,dans les bois avec des renards,des élans et peut-être des ours alentours,dans une carcasse de voiture entouré par une colonie de chats,sur des sommiers sans matelas dans des maisons inhabitées,dans les cassissiers près d'un monastère,dans un marécage,dans une barque,sur les ferries,sur un terrain de golf,dans une salle des fêtes,dans des endroits infestés de moustiques,de mouches,de sangsues,dans une reserve naturelle interdite au camping où je me suis fondu dans le paysage,dans le bahut d'un camion abandonné,sous un pont,dans des hôtels de misère plus ou moins sordides.Le"breakfast" offert par mes hôtes est le temps d'un de ces inoubliables moments de convivialité que ma route favorisent.Lors de ces invitations éclairs je vis les moments avec une adaptation formidable.Rien n'entrave mon esprit et de mes amis de l'instant à la fois très proches et à un bout d'année lumière de moi,je ressens les fibres des existences avec vérité,je devine leurs quotidiens habilement.Ces fraternités de passage sont des instants favorisés aussi pour les gens qui m'ouvrent leurs portes car les cyclocampeurs portent charisme contagieux de leur nomadisme et nos existences décalées irradient l'air de l'aventure se portant bien.Georges et Anna sont deux ingénieurs retraités.Je veux bien!Vu leur très modeste situation matérielle,néanmoins assez privilégié dans la Roumanie de 2006,je devine l'héritage de l'ancienne dictature et le chaos duquelle le pays peine à se relever.Les plus âgés pour la plupart ne franchiront pas le pas pour une nouvelle forme d'éxistence,quant aux plus jeunes,c'est dans l'anarchie et la confusion,que souvent ils se débattent pour une vie plus brillante.Le pays est lancé dans la course intrépide à l'occidentalisation et sous sa dépendance,miroir aux alouettes ou fontaine de jouvence.Je déguste le café,la jeune fille de la maison reçoit son petit copain et tout deux s'en vont dans une chambre pour du plaisir.J'apprécie la simplicité,la transparence qui émane de la façon d'agir des gens ici.Je suis sur la scène d'un gigantesque théâtre à ciel ouvert.Très peu de vanité chez eux,pas de véritable fierté mais la vie laborieuse à poursuivre dans un continuel jeu à réussir,à ne pas perdre.Ainsi la pauvreté de beaucoup est un atout de fraternité,en tout cas de loyauté.L'entière matinée nous bavardons avec un mélange de mots français,anglais et roumains,buvotant six ou sept cafés.Il n'y a pas vraiment autre chose comme douceur.Je comprends qu'il tiennent à leur maigre réserve.Les roumains à l'image de Georges et Anna préfèrent rirent d'eux même,ils ont l'art d'entretenir une joie de vivre bâtie sur pas grand chose mais précieuse comme un soleil chaud le matin quand il a fait froid dans la maison non chauffée.                                                                                                                                       L'heure du redépart,le 120 ème de mon voyage,et à chaque fois ce bonheur léger de se sentir partir vers d'autres aventures.Une pluie diluvienne claque sur la chaussée défoncée,il faut être un félé du vélocamping qui a choisi de ne pas avoir le choix avec les intempéries pour zizgager entre les trous,les poules et les dacias en ce milieu de journée alors que je renifle les odeurs de cuisines qui planent entre les maisons,les taudis,les barraques en bois recouvertes de tôles ondulées.Je hume des senteurs de viandes,de patates et de haricots chauds,je devine à peine d'autres exhalaisons simples et réconfortantes.Je ne stresse pas au sujet d'une éventuelle insécurité dans cette campagne pimentée de toute part par l'âme roumaine autochtone que j'apprivoise à ma façon.Le côté bon enfant généralisé est rassurant.      Le tracas le plus ennuyeux du nomade à vélo est de resister aux pluies du ciel sans devenir une éponge grelottante,l'équipement idéal éxiste-t'il, moi je ne le connaîs pas.Mes derniers recours pour ne pas jeter l'éponge,des sacs "plastocs" sur mes vieilles sandales et changer au moment opportun le tee-chirt détrempé sur ma peau,un point c'est tout.En réalité,j'aime voyager à la dure,je pense que c'est ainsi que je dois visiter le monde,que mon corps me parle et comprends mieux que mon esprit paralysé sous l'effort du pédalage,le décor de ma route et tout les pourquoi qu'il soulève.Des chars tractés le plus souvent par un cheval adulte et un grand poulain,ingénieusement attelés,transportent parfois une famille entière,de l'herbe fraîche,des pastèques,des vieux meubles...Je double ces équipages en frôlant la vie de ces autres nomades, nous sommes infiniment différents pourtant nos quêtes d'idéal se rejoignent.En cela différent des turcs par exemple,rarement un roumain fit des gestes de salut à mon passage.C'est quelquefois de plusieurs centaines de mètres que l'on voit se pointer le bonhomme,le vélo et les vingt,trente ou quarante kilos de chargement.Quelle est cette intrus semblant toute pacifique qui s'approche là?En Roumanie,l'on communique beaucoup par la façon de se regarder,par les expressions s'inscrivant sur les visages.Les gens qui sillonnent les routes sont pudiques,enfantins et je suppose,fatalistes,mystiques.Ils s'en remettent à leur sort avec des airs de religion sans avoir besoin de pratique.     Les éclairs sont bas,aveuglants,de térrifiants serpents géants de feu,le tonnerre est tonituant,la route se transforme en un cours d'eau,le jour est devenu nuit,je suis devenu un vagabond de l'impossible.Je me réfugie dans les vestiaires d'une petite usine de mécanique.Les lieux me rapellent certaines choses d'autrefois dans ma vie.La culture roumaine comme la française est principalement d'origine latine,et cela explique le parrallèle,les comparaisons des deux pays s'imposant à moi évidemment.Leur esprit dans l'action,leurs rapports humains,leurs façons en tout,ont quelque chose de chez nous.Ce qui est drôle,c'est la différence dans la ressemblance.Leurs vies ont l'air plus lourdes,plus lentes,plus sommaires et pourtant il y a du français dans le roumain.Et j'épprouve naturellement de la tendresse pour ces demi-frères de culture.J'ai le loisir d'échanger quelques mots avec une ouvrière,mon linge détrempé séchera près du poêle à charbon,et l'on m'offre un café,puis l'éclaircie du ciel me permet d'enfourcher le vélo regaillardi et optimiste.Quelques kilomètres le coeur léger:L'idée à l'esprit que dans cette région du monde je peux compter sur la charité des uns et des autres.Nouvel orage,le déluge toujours:Cette fois-ci,je trouve abri dans le hall d'un supermarché.Le vélo est abrité,il y a des petits pains et des boissons chaudes.La population colorée s'adonne à ses affaires d'emplettes.L'endroit est idéal pour observer le consommateur dans son temple "new look",pour comprendre un certain niveau de vie propre au pays.Il y a de drôles de caddies avec une partie coulissante,faisant songer à un tiroir.Je constate que les clients achètent une importante réserve d'une même denrée,d'une chose,différemment de nous autres qui le plus souvent achetons un peu de tout en petite quantité.     De quoi se compose le plus habituellement mon alimentation de voyageur-sportif à vélo?:Les incontournables:Bananes(fruit universel en vogue pareillement dans les centres villes encombrés que dans les campagnes les plus désertes),les pâtes,le chocolat,les yogourts,le muesli,le thé,le café,et le reste;C'est à dire un peu de tout mais surtout pas n'importe quoi car je veille à une alimentation équilibrée,c'est tant profitable pour l'endurance sur le vélo.Ai-je le temps de cuisiner les soirs au bivouac?Je n'en ai ni vraiment la force,ni vraiment la nécéssité.Sauf élaborer vite fait une sauce pour mon plat de sucre lent,faire cuire une tranche de viande,suivre les indications d'un plat à réchauffer,je ne cuisine pas davantage.Dans les pays bon marché (Pays Baltes,Ex bloc de l'est),les restaurants étaient avantageux.Plus besoin de me casser le tête,pour plus ou moins cinq euros,je pouvais me rassassier servi comme le prince.Le voyage-vélocamping demande une adaptation continuelle,qui sera plus intense pour les  bourses rétrécies et peu garnies.Les deux cent jours de ce tour d'europe m'ont coûté seize euros la journée.     Je suis dépaysé surtout par les anachroniques façons de vivre et les décors particuliers qui vont avec.Ce décalage est pour beaucoup une des conséquences de la dictature Ceausescu,chef de l'état de 1967 à 1989.Aussi,je pense que le pays,tout nouveau membre de la CEE,ira mieux à l'avenir.Ils ont souffert de vaches maigres nos amis des Carpates,du Danube,de la Mer Noire,et qui a sû survivre comme eux devient plus sûrement un heureux citoyen du monde lorsqu'un peu d'or remplace le pain noir.Je dois repartir sous la pluie et traverser de part en part la ville de Baïa Mare car sinon je risque de passer la nuit à proximité du supermarché.A choisir entre un campement suréaliste et être totalement mouillé,le moins ennuyeux est la seconde alternative.J'avance aspergé par les automobiles,aveuglé par la réverbération des feux,m'arrêter et consulter ma carte est compliqué,alors je progresse très concentré,régulier,impécablement droit sur le vélo et je trouve mon chemin avec la boussole.La véritable âme du cyclocampeur se révèle dans ses moments précaires où la seule alternative est de poursuivre le périple vaille que vaille,sachant qu'après la peine il y aura du réconfort proportionnellement bon à l'âpreté de l'épreuve franchie.Je me fais penser à une statue de fontaine où l'eau coule sans cesse tout autour lorsque je stoppe à une épicerie.Le poncho est une serpillère qui joue le rôle d'une combinaison de plongée et maintient mon corps à tiède température.Les deux jeunes femmes du magasin sont charmantes,si la poésie est la nourriture des pauvres,elles savent la conjuguer avec leur petite affaire de commerce alimentaire.La finesse de leurs silhouettes,héritage de repas frugaux,la douceur de leurs gestes,l'éclat tendre de leurs yeux,les aimables,amoureux contrastes des couleurs de leurs habillements,le coeur qu'elles font de leurs quelques bijoux,tout ceci me berce tel un enfant dans l'esprit très juvénile de cette contrée où je redécouvre mes émois.Cette étape diluvienne,le sera jusqu'au bout et pour corser le plaisir "masochiste" du cycliste sans frontière,ce jour pour mollets d'acier se termine par un col qui dans ses premières pentes traversent les faubourgs nord de Baïa Mare, délabrés,louches.Certains ne s'inquiètent pas de la douche gratuite qu'il reçoivent d'en haut et restent planter le long de la voie,chassant peut-etre une odeur pour une autre.Odeur de jour ou de nuit,odeur de la terre,du feu,de l'eau,odeur de l'espace,odeur de la misère et de la nouvelle quête du Graal,celle du messie des pays riches de l'ouest,parfum poignant du pays sous lequelle je succombe  ému et plein d'une énergie folle.L'agglomération reste un écho dans mon sillage,je suis maintenant seul dans une forêt,sur une route qui monte en lacets,bombardé par le déluge.C'est un de ces soirs où mon esprit doit se cramponner à l'idée que  toujours je trouve mon petit bonheur après avoir suer comme un exhilé du genre humain.Une station de sport d'hiver est à quatre kilomètres,la déclivité de mon trajet d'esclave du bivouac s'accentue.Pourvu que ce soit le mieux possible où je passerai la nuit sous ma guitoune ou sous un toit en dur.C'est dans un de ces moments de la vie où l'on se trouve perdu quelque part,sans plus rien pour se reconnaître,se repérer,avec l'obscurité,les masses ombrageuses des arbres,le bruit de l'eau en trois dimensions,à trois cent soixante degrés,encerclé par un chaos dérisoire et un peu lugubre,que je pose à terre le pied final de cette croisière sous avalanche humide.Le complexe hôtelier moderne à des airs de monastère ou encore de pensionnat pour filles, aussi vaguement que d'un hôtel,une architecte d'aujourd'hui qui ne réchauffe pas mes sens alors que je suis dans un  état endorphique,ne mesurant plus rien de moi-même,absorbé par la préocupation de mon asile nocturne.Les piteux états du cycliste et de sa monture sont telles que je refuse de me présenter à la reception de cet endroit conçu pour la petite part du camenbert représentant les plus riches.J'installe ma tente sur la dalle en béton du départ du télésiège,en déplaçant les outils et les planches des ouvriers qui me réveilleront demain matin,j'évite à quelques centimètres près de me faire culbuter par les sièges si jamais tout ça se mettait en route subitement.Un de mes plus mauvais bivouac d'homme errant du vélo mais je suis au sec.Il y a toujours un toit pour le nomade vélocipède,le monde est si vaste,l'univers si géant,nu comme un ver luisant dans la position du foetus sous la voûte celeste ou dans un bon gros lit sous un plafond sous une charpente sous des tuiles.J'ai étendu mes vêtements tant bien que mal aux extrémités des planches.La seule vue des pâtes dans l'eau bouillante me réchauffe.Mes sacoches étanches sont éfficaces et j'enfile le linge sec comme une seconde peau bienfaisante.Ma nuit sera une parenthèse dans l'abîme duquel dame nature vers l'aube me tirera dispos pour la liberté sur la selle.   

       Une petite armée d'ouvriers arrivent à pied de la vallée qui me surprend la tête mal réveillée hors de la tente.Ces prolos parmi les pauvres me font songer aux personnages des romans de Zola,mal habillés,mal peignés,mal rasés,certainement illétrés la plupart.Ils sont presque tous de petites tailles,ce n'est ni comique,ni amusant de se faire chasser de bon matin par une meute devant empreinter un télésiège pour aller au boulot,c'est un peu les deux.L'unique chef qui se distingue par son allure beaucoup plus soignée et par son usage de l'anglais me dit gentiment d'aller rendre des comptes à l'hôtel.Un brin de toilette au petit ruisseau et me voici à la reception;Le café et les images de la télé roumaine me mettent sur pied tout à fait.Ici tout le monde il est bien,il est beau,il a de l'argent.Ca sent le frais et les croissants chauds,c'est tiède et confortable,l'ambiance est dans le feutre.Une belle blonde,objet de douce éxitation pour ces messieurs en détente,sur ma demande fait venir le haut-responsable.L'homme d'une élégance sans faille maîtrise assez bien la langue de Molière et son accent m'interroge sur la sienne."Vous êtes un aventurier monsieur,j'ai moi aussi voyager en vélo dans mon pays lorsque je terminais mes études à Bucarest.Je vous recommande les routes des montagnes transylvaniennes,les paysages sont superbes".    Le plein du bidon,deuxième petite toilette de chat pour compléter la première dans la nature et plein d'optimisme,sous un ciel d'éclaircies,le solitaire et son compagnon le vélo s'en vont à la rencontre d'un nouveau monde en vingt quatre heures.Premiers kilomètres en descente:C'est grisant d'entamer facilement l'étape dans la fraîcheur du matin alors que la journée promet du soleil,or intelligent de l'astre père et mère qui séchera les innondations dernières.Je suis dans les montagnes des Maramures,vastes collines couvertes de forêts célèbres pour leur architecture du bois,tout au nord du pays près de la frontière ukrainienne.Des bohémiens ont ceuilli des cèpes qu'ils veulent me vendre.Un petit village et ses portails ouvragés en bois,égaré dans un passé intact,me ravi de dépaysement.Ces portails sont d' imposantes signatures propres à chaque petite propriété dont ils donnent accès.Cet ouvrage a parfois plus de prix que de tout le reste du lieu.Protégées par une petite toiture,deux portes avec des claire-voie ,une petite pour les piétons et une grande pour les charettes sont scellés à de remarquables poteaux également de bois,sculptés de croix orthodoxes et  d'autres figures et représentations torsadées,tarabiscotées,bizarres,desquelles je ne peux vous donner plus de détails(Entre avancer sur un vélo chargé et s'adonner à des études de passage,il y a chez moi souvent un facheux divorce).Ce sont de véritables oeuvres d'artistes qui font la fierté des gens d'ici.Ils ont été soignés contre les attaques du temps avec un véritable amour pour ces symboles de foi et de superstition.Sur ma route arrive maintenant Yan et ses buffles qui se fend en deux pour avoir sa photo,il m'écrit son adresse sur un bout de papier avec ses gros doigts de paysan dans l'espoir de recevoir un jour son image,lui qui n'a peut-etre jamais pû se voir ainsi figé sur un rectangle de souvenir et de vol au temps.Un samedi,le jour de l'office religieux;La preuve qu'en cette contrée les années passant n'ont pas stratifié le village en générations aux esprits différents,les jeunes femmes comme les âgées sont vétus toutes semblablement et stationnent face à l'église d'où tinte la cloche dorée de fin de messe.La  fille ou la dame se coiffe d'un fichu,revêt un gilet tricoté à la maison,une jupe large tombant à mi-mollets,chausse de solides souliers,cette panoplie pas vraiment sexy étant invariablement d'un noir des plus profond.C'est ainsi que l'idéal féminin de l'élégance et du bon paraître se trouve dans ce ghetto,sourd à la modernité,du nord de la Roumanie.Le charme est certain justement dû à l'impermabilité de ces paysannes aux modes extérieures.Côté messieurs,le chapeau mou souple,le tricot avec ou sans motifs géométriques,les godillots,sont clairs,le pantalon est sombre.Ces gens de prime abord très pieux semblent un peu génés par un exès d'humilité.Leurs mouvements sont lourds ou poussifs comme si d'avoir toujours posés leurs pieds rien qu'ici,la pesanteur de leurs corps s'était élevée.Les maisons,les petites fermes sont de simples rez-de-jardin rectangulaires aux murs en épaisses planches et aux toits de tôles ondulées.Basses-cours,lapins,chats,chiens et compagnie se balladent à leurs grés alentours.Des bidons emplis de lait sont accrochés aux portails de plusieurs habitations,le laitier d'une ferme des environs fait sa tournée avec une charrette.Le pittoresque moyen-âgeux de ce patelin me touche le coeur.Toute mon enfance s'est passée dans une ferme,dans un hameau à deux kilomètres de vélo de la place de l'église d'un bourg de huit fois cinq cent âmes.Depuis quarante ans,la course folle des hommes et de leurs inventions,le fruit du travail des humains,deux bras et un cerveau multipliés par millions,ont pour le meilleure,le moins pire ou lavec fatalité inéxorablement modifié le décor et la donne de nos quotidiens.Tout est trop lent pour que l'on puisse apréhender la mutation et pourtant  nos existences sont souvent malmenées,oppréssées par ce championnat des économiques sociétés du monde.Je regrette souvent mon enfance,un chat était un chat,je le happais du regard avec mes yeux de bambin fragile.Je courrais vers les jupes de ma mère,je faisais la sieste tout contre mon père,j'arpentais la campagne frivole ou fripon,joueur,canaille,sensible.J'aimais,j'éprouvais,je rêvais;J'avais moins de huit ans.C'est un retour dans le passé que ces sensations subites et passagères.Ne faisant que passer,dépaysé et jovial,je rejoins une  quatrième dimension,celle des voyageurs en général qui ont troqué la routine contre le hasard des autres horizons.-Métaphysique de globe-trotters-Le rythme,le tempo,la condition première du vélovoyageur sont un inépuisable appétit pour la route et l'élan à conserver vers toujours plus de kilomètres.Ainsi en est-t'il de cette liberté   particulière...de cette vie mi-civilisée,mi-sauvage...de ces promenades chevauchant sans vergogne des histoires d'hommes,de nature,de cosmos avec pour repère essentiel le tourbillon de deux roues.Sighetul Marmatiei,l'Ukraine est à un vol de moineau,de l'autre côté de la Tisa, mais il n'y a pas de poste frontière.Le passé et la politique ont enfanté entre les pays ce genre de situations absurdes et grotesques.Le passage obligé est à deux cent kilomètres à l'est.Quel intérêt auraient les roumains à se rendre dans le pays voisin?Qu'est-ce qui n'est plus comme avant depuis 1989?.Je traverse la ville,contrastée,méli-mélo de clinquant,de délabrement,de pauvres gens,de mendiants,de 4x4 pilotés par les expatriés d'Italie revenus en nantis construire des vastes villas en bord de route,de devantures de bars neuves,de chiens errants,de carrioles à chevaux,de jolies filles fines comme des alumettes,de bohémiens aux habits multicolores,de gamins m'interpellant avec des "hello" ou "something" en tendant la main.Il y a un gros chien péri au plein milieu de la petite route qui va sinueuse entre les prairies et la toile de fond des collines des Maramures sous le gris perle d'un ciel haut.Les automobolistes contournent l'obstacle par la droite ou la gauche.Un moment de rituel pour moi,celui de mettre du religieux face l'animal victime de la route,de déposer tendrement sa dépouille dans le fossé dans une position lui signifiant mon respect,de saluer son innocence ou sa folie,de lui façonner une sépulture vite improvisée avec des végétaux ou des pierres.C'est le premier chien mort ainsi que je vois depuis mon départ,par contre que de chats.Il va falloir que je compose une prière pour ces idiots bêtement assassinés,le rite sera sacralisé.En Europe,des blaireaux,des serpents,des hérissons,des oiseaux,des renards,des chevreuils,des biches,des rennes, finissent leurs jours en bordure des voies asphaltées.L'indifférence des hommes,cloisonnés dans leurs bagnoles,leur ignorance,leur manque de sensibilité dans leur sale piétinement du monde naturel,de la faune et de la flore me laisse philosophe amer.Si l'espèce humaine et ses cvilisations avait placé en priorité la valeur amour de toutes vies sur la planète,ne serions-nous pas plus libres,plus forts,plus spirituels,plus heureux que nous le sommes.Je vous laisse méditer à ce propos.L'état de transe,des révélations,de nouvelles certitudes,l'exaltation facile,le délire fantastique,c'est à la force de millions de tours de pédaliers que j'y ai goûté.Le manque de sagesse des humains,notre incapacité,notre impossibilité ou notre absence d'adoration,nous les payons de servitude.Nous sommes le bourreau guillotiné...La route est une succession de petits cols dans la pénombre des forêts de hauts résineux,la fraîcheur me donne vitalité tel un dopé de l'air libre au hasard des heures.De la profondeur des bois vibrent les échos d'une vie faunnique qui me rassure quant à ma solitude dans ces parages primitifs.Le vide apparent grouille d'une vie naturelle.     Il y a dix jours qu'aucun autre cyclocampeur longue distance n'est apparu sur la ligne d'horizon de ma route lorsque Andréas sur son vélo couché croise mon chemin.Il est impréssionnant de parcourir les épouvantables routes défoncées,d'avoir braver les trombes d'eau de ces derniers jours dans la position qui est la sienne sur son engin.Je lui tire ma casquette car il est évident que celui-là est de la trempe des costauds.Tout les deux à cours de souffle,notre anglais est balbutiant mais je comprends qu'il termine deux semaines à travers le pays et qu'auparavant il a sillonné la Slovénie,la Croatie,la Bosnie et la Serbie Monténégro.Lorsque d'une façon soudaine un autre voyageur à vélo apparaît sur mon itinéraire,c'est souvent un drôle de moment où j'aspire à communiquer ma ferveur de nomade,où je ressens un besoin d'amitié,de partage à déverser.Qui pourrait être un Robinson Crusoë du bicycle quand il apperçoit des gens en pagaille auxquels il ne parle pas afin de conserver son énergie?Je suppose que dans des régions inhabitées,après plusieurs jours sans avoir préssentit une âme vivante dans le secteur,par un de ces constants paradoxes de la vie deux voyageurs de la petite reine détestent parfois à se renconter?Il y a du vouloir être tout à fait seul ou pas seul du tout en chacun de nous sans doute.C'est la fin de la montée,ma tête va cesser de se creuser de rien,mes muscles vont se débander,arrêteront d'être des étaux mordant ma chair,mon dos va s'étirer et finir de me pincer l'échine,mes yeux regarderont à nouveau le beau paysage,mon fessier stoppera de me cuire,je me souleverai sur les pédales pour aérer les coins chauds de mon organisme et pour le décontracter,la combustion calorique de l'ascension prend fin et comme par magie sur la longue descente jusqu'à la bourgade de Borsa où je trouverai mon carburant alimentaire je fredonnerai les airs populaires volontairement appris avant le départ pour me tenir compagnie.L'agglomération s'étire sur dix kilomètres maison par maison sans route adjacente de part et d'autre du bourg central et son église orrthodoxe,ses commerces,là comme des plantes éxotiques transplantées.Le pays n'a jamais eu les fonds financiers pour élagir la bourgade en aménagant des voies de chaque côté de l'axe principal;La partie nord et ses fermes vieillies en bois et toits de tôle est l'ancienne,la partie sud est la nouvelle en cours de construction avec l'argent importé par ceux multipliant par cinq,dix ou trente leurs salaires à l'étranger ou gagné sur place dans un business désormais possible.Deux mondes se juxtaposent,celui d'avant et son économie de subsistance miséreuse,du travail de la terre et de la forêt sous contrôle vérouillé par l'ancienne dictature et celui de maintenant profitant de la libéralisation politique,de l'ouverture du pays aux échanges humains et commerciaux sous la frénésie des vertus et des vices de l'argent.Cette partie de mon périple est un entier apperçu du virage à cent quatre-vingt degrés que la société roumaine est en train d'opérer.Paradoxe:Nous sommes beaucoup à regretter les charmes d'autrefois patinés par le temps qui embéllit,qui parlent de courages d'hommes,qui excusent presque tout et pourtant que faisons-nous pour imiter ou conserver la douceur d'antan,la poésie qu'elle murmure,la tranquillité apaisante qu'elle nous apporte,dans les nouvelles constructions,dans l'organisation complexe de nos futurs univers.Presque rien!Nous oublions autrefois pour ne voir que maintenant et ensuite.Nous vivons dans un tout économique qui hâte les choses par souci immédiat de rentabilité,d'un idéal de pacotille matérielle où le spirituel de nos vies est une peau de chagrin.Les roumains construisent de nouvelles églises,je n'est pas vu de pareils chantiers dans les autres pays européens,des semblables aux plus belles de jadis;Le fait de ces bâtisseurs s'oppose à ma réflexion précédente.Heureusement en somme que dans ce qui ressemble souvent à un chaos inquiétant,il y a tout un jeu de contradictions faisant que dans la métamorphose d'une société,donner des conclusions à la situation est une devinette impossible.L'eden terrestre n'est pas pour ce siècle et tout les hommes vivent avec leurs propres imperfections d'actions et de pensées dans des paysages contradictoires.On rêve de vivre en bon sauvage dans un contexte où ce n'est plus possible.Croyez-vous que je préfère les vieux puits à l'eau fraîche et limpide de la partie nord de cette ville ou m'asseoir à la terrasse d'un moderne bar dans sa partie sud en construction?Je ne sais pas,je suis ambivalent,je passe d'une société à l'autre avec souvent de l'insatisfaction liée au fait de l'autre.C'est dommage de ne pas faire de ces opposés inconciliables un art de vivre sans dualité.Les humains sont une toute puissance qui veut rire et non pas pleurer sa destinée.     Deux vieilles femmes assises sur un banc de pierres à l'ombre d'un tilleul caressent un chaton,l'image me saisit d'attendrissement,je freine à bloc,m'approche de ces dames aimables,simplettes,propres avec leur bas et tabliers nylon,leurs cheveux noués,leurs regards limpides,pour vibrer à l'unisson dans cette picturale scène,caresser cette petite créature céleste,exutoire du besoin d'amour.Elles ne font pas de cas de moi,que je sois cycliste,voyageur,français,est-ce si important puisque je suis un être humain.Les plus modestes d'ici s'étonnent de tout et de rien indifferemment.Ils ne se sentent pas très concernés par de l'inédit dans leur quotidien puisque leurs vies très certainement ne changeront jamais.Je me déhanche de plus en plus sur ma selle,l'allure agréable que je m'éfforce d'avoir en passant près des autochtones passant le plus clair du temps dehors près de leur domicile,des anciens dont le loisir principal est de surveiller candidement le spectacle de la rue,des enfants qui apparaissent de leurs cachettes,des adolescents aux regards obliques,des femmes incrédules,est oubliée au profit du souci de mon repas et de ma nuit.Dans la minuscule épicerie,le vendeur aux tempes grisonnantes se dresse droit important,essayant de saisir ma demande fait de doigts pointés et de bras tendus,de gestes quelconques et de trois mots vernaculaires.Lui,il gagne de l'argent honnêtement,avec malice et sans trop se fatiguer.J'ai ce qu'il faut:Pain,soupe en sachet,sauce tomate,fromage blanc,confiture,une canette de bière.Deux kilos supplémentaires à charrier mais l'étape touche à sa fin;Demain à l'aube,il y aura quelques centaines de sangsues sur ma toile de tente,je n'ai à ce jour pas d'explication de cette envahissement...Planqué entre des lignes de maïs et une parcelle de blé,je monte la tente sur le carré de luzerne coupée,à l'abri des curieux dans cette zone peuplée.Un torrent  finissant son impétueuse course de la montagne coulent ses flots à cinquante mètres;L'endroit est du genre idéal en ce lieu.Ma guitoune fait deux kilos,la monter m'est devenu un mécanisme inné après plus de quatre mois de voyage.En deux ou trois minutes,l'affaire de mon nid nocturne est réglée.-Petit un:Trouver l'emplacement le plus plat,le moins humide,le plus moelleux,le moins froid et si possible une orientation avec soleil levant sur l'avant de la toile.Petit deux:Etaler une couverture de survie.Petit trois:Dresser mon habitat ambulant dessus.Petit quatre par temps de vent fort:Vérifier l'enfoncement des sardines.Petit cinq:Glonfler le matelas,étaler le duvet et sortir le coussin.Je peux maintenant me rendre à la riviere pour une incomparable toilette,puis j'allumerai le réchaud à pétrole et préparerai ma bouffe avec mon appétit d'ogre de tout les soirs.Enfin,je prendrai de la détente,regardant ma carte et mon guide pour le lendemain,écoutant ma radio petite fréquence,soufflant dans l'harmonica,répétant mes chansons ou j'irai faire une petite ballade alentours pour mieux comprendre où je suis.Trop être sur son deux roues conduit fatalement à un peu d'abrutissement,les ballades à pied sont un complément équilibrant.En voyage longue durée,je conseille aux cyclocampeurs de randonner en montagne.Depuis la route le plus sublime des massifs ne peut se contempler,et puis les esprits différents qui accompagnent ces deux activités de plein airs sont sources d'épanouïssement.                                            La rivière est une poubelle à ciel ouvert.L'espace de douze jours et de mille kilomètres à l'interieur des frontières,une seule fois j'ai vu un serivce d'éboueurs de fortune,une charrette attelée à un cheval de trait guidé par deux hommes entassant des sacs en toile de jute déposés devant les maisons d'un village.C'est sans doute le début d'une histoire de l'hygiène publique.La Roumaine plus d'un siècle après les autres pays européens commence le ramassage public de ses sacs à ordures.Il est vrai qu'à l'ère Ceausescu,les emballages était rares puisque les marchandises l'étaient aussi au sein d'une nation interdite de presque tout.C'est la débâcle écologique,les cours d'eau font office de dépotoir et entraînent journellement des tonnes d'ordures managères ou industrielles qui souillent de façon catastrophique le pays.Un jeune homme sort de chez lui,un bon sac poubelle en plastique ficelé,l'identique de ce que le bon petit français réalise,traverse la route et plein d'énergie expédie le paquet dans l'eau de la rivière en crue.Bonjour les dégâts,ils font tous ou presque cela.En 2005,ils y avaient les sacs plastiques d'une société de consommation en expansion mais pas de ramassage et de recyclement de ses déchets.Les roumains sont depuis citoyens de la CEE,pour un tel problème écologique de base,la nouvelle adhésion apportera de l'ordre.Il faut l'espèrer.Comment est-il possible que de la masse astronomique de nos infos médiatiques,jamais je n'ai rien entendu au sujet de ces sous-moeurs roumaines?Le problème ne nous touche pas directement et ne représente aucun intérêt pour quiconque.C'est un bel exemple de la douce sournoiserie du genre humain.On préfère que son égo soit flatter d'une façon ou d'une autre plutôt que de s'occuper d'un problème ingrat.Du fond de ma personne,je tenais à écrire ces quelques lignes,révolté par ces occidentaux en ballades touristiques cet été 2005 semblant parfaitement indifférents à ce cloaque roumain.                                                                                                                                  A peine un jour d'accalmie et la "mousson" des Carpathes reprend,je me réfugie sur la terrasse d'un café déjà grelottant,mouillé comme un canard déplumé sortant de l'eau.Fonction social imparable des bistrots:Je peux alors obtenir des parenthèses de plaisanteries,des pauses récréatives à mon chemin d'illuminé du vélo.Je me réconcilie avec la bonne vieille nature de mes frères d'éxistence.Les gouttes d'eau mitraillent le chapiteau de la terrasse,nous sommes un dimanche,les locaux vont et viennent s'asseoir ici pour éviter la pluie.Je demande une cigarette à un homme qu'il m'offre à la condition de lui fournir les X lei lui manquant pour un verre de vin.L'échange est conclus et je partage la table de cet individu rieur,alcoolique léger et brave citoyen,mon ami d'un instant.Sans avoir rien à se dire,sans  comprendre ce que je suis à ses yeux,nous rions de rire;Effet des trombes de pluie,effet de ma dégaine avec mon poncho déchiré et en bas mes mollets dégoulinant sur mes sandales détrempées,effet de la vie,j'aime ces instants où les humains se retransforment en enfants,cessent leur sérieux à tout prix.Dans ce pays d'Europe de l'Est,vous êtes bien servi pour les minutes d'enfance générale. Vous fraternisez avec les roumains  aisément,leur sens de la collectivité est tout naturel,eux peuple issu du peuple ayant vécu les longues années d'un joug politique sévère et intouchable.L'innondation extérieure attise les odeurs dans le bar-tabac,ça sent plein de choses,l'alcool,le café,l'infusion,le jus de fruit,le chocolat,la pipe,la cigarette,le papier,le produit ménager.Ce patchwork odorant est un moment d'évasion gratuit pour moi,ce cocktail est du terroir et il m'enivre d'un songe muet.Je vis d'ailleurs en ailleurs au cours de mon voyage,des douces ivresses se répètent qui rythment ma route.Dans l'identique lamentable état j'essuie avec un chiffon le selle en cuir dans un processus d'encouragement,obligé de poursuivre l'aventure dans un rocambolesque enfer de pluie.Mon énergie,ma volonté,mon optomisme rassemblés seront bientôt inutiles pour m'enteter à rouler.Je cherche à tout prix un refuge providentiel et ce sera une église à l'heure de l'office.Une aubaine,un appel d'un saint protecteur,une porte s'ouvrant pour un naufragé,un secours prédestiné,je pose le vélo sur sa béquille sur le parvis et entre me réchauffer,me sécher à renfort des pieux à mes côtés,du prêche en roumain que j'écouterai en émotions,de la beauté de l'intérieur de l'édifice.A genoux dans la nef,tête inclinée par humilité ou soumission,je suis parmi les femmes et une d'entre elles me signale de m'asseoir sur un banc au fond.Les hommes se tiennent debout dans les absides près du choeur écoutant le pope de côté.La lithurgie orthoxode et les us et coutumes religieux des locaux m'interloquent La nette séparation des femmes et des hommes dans l'église où celles-ci se prosternent et ceux-ci sont debouts hypnotisés dénote un fort archaïsme social qui me pousse à de vagues imaginations.C'est excellent pour m'essorer et éviter des quart d'heure de déluge.La jeune femme assise contre mon corps est endimanchée avec un raffinement exacerbé.Le suprême de l'élégance féminin se montre dans les églises ici.Elle est belle,les cheveux longs,fins,noirs luisant à l'éclairage des chandeliers,les cils d'une poupée,la peau d'une orange sans traitement teinte en claire crème caramel.Son habillement vaut le prix de plusieurs vieilles Dacia,pantalon-veste gris azur en tergal et traits verticaux sombres,chemisier blanc d'oies,chaussures noirs café en cuir fin à crochets dorés.Elles arborent une gamme de bijoux scintillant de valeur,de pierreries et d'or plaqué aux oreilles,au cou,aux poignets et à trois de ses doigts,cet attirail se répondant mélodieusement.Elle enbaume l'endroit des éffluves d'un parfum fleuri.Sans doute est-elle à la messe pour prier les saints de sa religieux de veiller à son idéal de richesse,de standing,de noblesse distinguées et innocemment narcissique.Etre aisé est un péché qui se soigne sous ce ciel d'infortune dominante.Je ne semble pas la distraire,elle côtoie le monde miséreux d'ici.J'écoute l'office d'une autre façon par sa présence tiède,la regardant du coin de l'oeil,interdit et joyeux de récupérer en cette compagnie dans une parenthèse de temps érotico-religieuse.J'ai envie de jouer avec la situation,de poser par mégarde voulue le bout de mes doigts sur sa cuisse qui frôle la mienne,de lui faire sentir la rotule de mon coude contre son flanc délicatement dessus sa veste,j'ai envie qu'elle respire une odeur de cycliste fou mais elle demeure impassible.Elle paraît concentrée sur de pieux souhaits demandant un total sérieux,sa fortune n'est-elle qu'apparat ou inconfortablement précaire.Je n'aurai même pas obtenu un petit regard distrait pour aspirer une ombre de son âme.Je sortirai de l'église avec un souvenir de grâce et de douceur atypique à emporter triomphant sur la suite de ce jour de pluie.Sous effet  alchimique de ces minutes très chrétiennes,je repars sous les giboulées sans plus en faire de cas,je vois plus précisement,plus objectivement,les autochtones qui vaquent de mille façons sur mon artère asphaltée.Mon itinéraire tracé hier soir m'oblige à quitter la vallée grouillante de vie et à escalader un col de dix kilomètres en direction de la ville de Piatra-Néamt dans le Sud-Ouest de la Moldavie roumaine.La montagne est noyée dans une brume épaisse,brassant l'air comme une furie,j'apperçois par brefs intervalles le vert intense des alpages et les silhouettes fantomatiques des arbres.Les torrents et cours d'eau crachent des flots immenses et ravageurs mais les lits sont assez profonds pour contenir ces démons sans barrer ma route.Ils claquent comme les vibrations d'un immense tambour martelé par des bras de géants.Les bêlements d'un troupeau de moutons chantent en légers échos aux alentours.Au col,une bande de romanis insiste pour avoir leur photo de groupe et me remercie de l'expédier bientôt à leur adresse.Leur demande semble légitime sachant que je venais de photogaphier à côté d'eux une vache très maigre,broutant avidement.Ces camp-volant irradient de bonheur,ils sont habillés chaud et se trouvent d'être deux femmes,deux hommes,un bébé,deux enfants et un vieillard.Tous ont des dents en moins ce qui pour les sourires du cliché fait un effet savant.Que font-ils là dans le froid,la brume,sous la pluie à presque deux mille mètres alors qu'hormis une petite maison restaurant,il n'y a rien dans les dix bornes à la ronde.C'est un mystère que mon intelligence ne peut percer.Dans l'auberge,il y a une bonne chaleur de feu de bois,mon linge séchera,je bois un café fumant et je croque de biscuits-galettes.Je suis un homme qui se retape aux sources de la vie,je regarde derrière une vitre les filets de brouillard erratiques qui me transportent vers une idée de genèse de la terre.Le sentiment que roumains et français sommes des nations  gémellaires ne me quitte pas,c'est le leitmotiv de mes pensées pendant ce trajet.Ni en Hongrie,ni en Grèce,ni en Norvège,ni aux Pays-Bas,ni dans aucun autre pays d'Europe,je n'ai eu cette impression de parenté culturelle,sauf en Italie,en Espagne et au Portugal.Le creuset de l'histoire de la veille Europe me passionnerait d'études mais je dois pédaler;C'est avec regret que souvent je passe près de visites captivantes sans me payer une halte instruvtive.Une vie de cycliste de soixante-dix ans serait probablement insuffissante pour tout voir,vider son esprit à aimer et à comprendre tout les endroits follement riches de sens et de beauté de l'ensemble de ce tour d'Europe.La pluie a cessé,de timides rayons solaires apparaissent par des trouées de la masse nuageuse,la lumière flashe avec le sol gorgé d'eau, le paysage se découvre à nouveau,un troupeau de moutons grand comme un petit lac me stoppe dans la redescente.Un couple de  touristes hollandais en petit camping-car patiente avec moi devant le spectacle rafraîchissant et heureux de ces bêtes à laine cherchant une issue à ce parcours routier.Une occasion évidente de faire connaissance avec ses vacanciers du pays des polders,de déguster un thé sucré chaud réparateur.Debout sur le toit du véhicule,le panorama sur la vallée dégagée de la purée de pois est plus vaste pour choisir un cadre à une photo expressive et touchante.    Les bohémiens sont légions vers la fin de ma descente,il ont investi de veilles bicoques aux toitures défoncées,rejetées jusqu'ici par les vicissitudes de leurs pérégrinations.Ils récupèrent du bois et divers matériaux emportés par le torrent en crue.Ils péchent au hasard ce que d'autres jettent dans les flots.Un jeune garçon tient un gros pain sous sa hanche;Où a-t'il fait cette affaire?Il n'y a pas de village à moins de trois lieue.Il sagit chaque jour de tout un programme complexe pour ces nomades pour avoir pitance et abris.Leur philosophie est sans doute d'être dans des conditions d'avant la société de consommation tout en vivant nécéssairement à côté et avec elle.Ni ils rejettent le monde présent,ni ils acceptent d'y prendre pied.Je ne les connaît pas;Il est malaisé de communiquer avec eux tellement leur mode d'éxistence s'oppose au notre.Il ya certainement une dimension mystique ou même surnaturelle à leurs vies.Que savent-t'ils des étoiles,des fleurs,des battements du coeur...?Quels sont leurs regards sur un arbre,un chien,l'eau intrépide...?Quels rites claniques entretiennent-t'ils?Combien aiment-t'ils leurs enfants?Quelles sont leurs croyances et leurs attitudes face à la mort?.     La masure-étable où ma nuit sera est un môtel quatre étoiles pour cyclocampeur vagabond.La porte ferme,les deux fenêtres de l'unique pièce ont des vitres,les poutres feront étendage,du foin fournira le matelas et essorera l'intérieur des baskets.Le réchaud sifflote,la radio grésille,la pluie joue du xylophone avec les tuiles.Je suis dans un cadre de pur vagabondage.Le bruit du vent dans les arbres est sans pause,refrain ininterrompu de la vaillante nature.La rivière gronde une mélopée cacophonique.    Je ne retiens aucun de mes rêves nocturnes depuis le commencement du périple,chaque soir mon corps vidé de ces forces pars dans un néant réparateur duquel je m'extirpe tout les matins tel un nouveau-né.

publié par vélocampeur dans: didou
Lundi 23 Octobre 2006
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