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    <title><![CDATA[NC]]></title>
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    <dc:date>2008-07-04</dc:date>

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    <title><![CDATA[Mes émotions roumaines(Suite)]]></title>
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				 <content:encoded><![CDATA[<p>Mes &acirc;me et esprit vibrant constamment dans l'inhabituel,il y a sans doute trop de mati&egrave;re pour des compositions oniriques.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J'amarre les sacoches,les grandes bleues marines &agrave; l'arri&egrave;re,les jaunes plus petites &agrave; l'avant,l&agrave; sont les couleurs du drapeau su&eacute;dois;Ceci est le fait du hasard lors de mes achats.Je ne prends parti pris pour nulle nation.Apatride je suis,voyageur sans fronti&egrave;re,coureur du monde,accro &agrave; la vie multiforme,&quot;multitout&quot;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; .L'immense caprice m&eacute;t&eacute;orologique se pousuit,un jour suppl&eacute;mentaire &agrave; composer dans le chaos diluvien.Un cycliste arrive &agrave; ma hauteur,c'est Dominique,fran&ccedil;ais,soixante ans.Son v&eacute;lo est plus l&eacute;ger et ses sacoches moins volumineuses que chez moi.Ce tout petit monsieur de cent cinquante cinq centim&egrave;tres est amusant.Etre petit sur un v&eacute;lo donne une disproportion dr&ocirc;le.Les diff&eacute;rences les plus notables ont souvent des effets comiques.Imaginons un homme de deux m&egrave;tres dix sur un mini- v&eacute;lo.Mon compagnon de l'instant poursuit un tour entier de Roumanie.Son &eacute;quipement contre la pluie ne se compare pas avec mon poncho recousu au scotch.J'ai maintenant mal aux cuisses pour le suivre.Nos routes se s&eacute;parent,celui-l&agrave; n'avait rien d'autre &agrave; m'offrir que quelques phrases dans ma langue de naissance.Le cyclisme est une dure &eacute;cole,la solidarit&eacute; y est parfois impossible.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mes doigts sont engourdis sous mes gants transperc&eacute;s d'eau,les cheveux,le nez,le menton,les oreilles,d&eacute;goulinent lorsque je t&eacute;t&eacute;phone d'une cabine &agrave; ma famille en France.La t&eacute;l&eacute;vision fran&ccedil;aise a&nbsp;divulgu&eacute; quelques images&nbsp;chocs des innondations et annonc&eacute; des dizaines de morts.Je rassure mon monde:&quot;Sur mon chemin R.A.S,jamais d'impossibilit&eacute; de continuer mon itin&eacute;raire m&ecirc;me si &ccedil;a tient un peu du miracle&quot;.&nbsp;&nbsp; L'impression d'un autrefois dans ma vie me fait tangu&eacute; dans ce bistrot surchauff&eacute; o&ugrave; avec courtoise dissimulation de ma personne je me glisse dans l'atmosph&egrave;re.Une&nbsp;client&egrave;le campagnarde&nbsp;s'&eacute;tale dans cette salle &agrave; la peinture fra&icirc;che,au sol carrel&eacute; brillants,au comptoir vernis,aux bouteilles align&eacute;es aux &eacute;tiquettes indiscr&egrave;tes...Tout les &acirc;ges se c&ocirc;toient avec simplicit&eacute;,la m&egrave;re sourit au grand-p&egrave;re,le fils regarde la grand-m&egrave;re,le p&egrave;re parle&nbsp;&agrave; la tante,le b&eacute;b&eacute; babille,les voisins de&nbsp;un&nbsp;&agrave; cent ans se m&egrave;lent aux autres.La patronne du&nbsp;confortable lieu orchestre&nbsp; les va et vient avec une autorit&eacute; retenue,encaissant les d&ucirc;s promptement et servant avec diligence.Je suis suspendu &agrave; l'id&eacute;e d'un improbable&nbsp;changement de ciel;La forte chaleur des radiateurs est malgr&eacute; tout insuffissante pour me s&eacute;cher et me r&eacute;chauffer aussi vite que voulu,mes voisins de bar devinent lucidement quel est mon statut de passage.Nous &eacute;changeons des gestes pudiques et amicaux,et je leur assure que le caf&eacute; est d&eacute;licieux car je conna&icirc;s les trois mots roumains pour cette phrase.Je suis un r&eacute;fugi&eacute; des ond&eacute;es d&eacute;mesur&eacute;es&nbsp;qui partira vers un autre refuge dans&nbsp;des conditions&nbsp;digne de l'&eacute;pisode de l'arche de No&eacute;.Je marche dans les flaques sans&nbsp;plus faire attention,trempe pour trempe tout est pareil.Ma t&ecirc;te est nue&nbsp;car&nbsp;capuche ou casquette sont devenues une g&ecirc;ne,mes pieds sont enferm&eacute;s dans des sacs plastiques qui se trouent sur les p&eacute;dales et&nbsp;manquent d'air dans ces &eacute;tuves,mon poncho se colle &agrave; mon maillot qui se colle &agrave; ma peau r&eacute;frig&eacute;r&eacute;e par un &eacute;coulement d'eau.L'aqua &eacute;clabousse de mes roues,de mon cadre,de la route et ma selle est&nbsp;une &eacute;ponge sous mon cuissard d&eacute;tremp&eacute;.P&eacute;daler et garder le moral,sans alternative,l'heure ne donne pas le choix;Lorsque la situation devient ext&ecirc;me,par effet heureux de notre constitution,nous devenons en principe&nbsp;euphorique,l'&eacute;nergie en excroissance.La r&eacute;gion&nbsp;est famili&egrave;re de ces&nbsp;estivales submersions pluvieuses,les cours d'eau imp&eacute;tueux,gonfl&eacute;s &agrave; blocs,remplissent totalement leurs lits&nbsp;profonds et la limite haute des crues&nbsp;se trouve&nbsp;miraculeusement quelques pouces&nbsp;en dessous&nbsp;des routes.Le paysage s'est fa&ccedil;onn&eacute; pour contenir ces frasques du cycle de l'eau.Mon p&eacute;riple continue&nbsp;sur l'habituelle lanc&eacute; ,faisant de mes soucis les chim&egrave;res d'un esprit mal &eacute;clair&eacute;.Une &eacute;glise se batit &agrave; dix secondes &agrave; vol d'oiseaux,dans&nbsp;les prairies de l'&eacute;troite vall&eacute;e.Ces ouvrages sont remarquables;Les architectes,les compagnons du devoir,les ma&icirc;tres-artisans font &eacute;talage de l'art et de la&nbsp;science de la construction.En&nbsp;2005,ils &eacute;difient des petits chef-d'oeuvre d'&eacute;glises de l'ordre des beaut&eacute;s de nos si&egrave;cles d'avant Bonaparte.Les parties verticales sont&nbsp;exterieurement en bois,colonnes,colonettes,contreforts,arcs,vo&ucirc;tes,encoignures travaill&eacute;s par des hommes gardiens d'un savoir-faire menac&eacute; par le rouleau compresseur des temps nouveaux,l'ensemble de la couverture est en m&eacute;tal,les coupoles en bulbes d'oignon dor&eacute;s scintilleront sous la vo&ucirc;te celeste des Maramures.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les hameaux,ensemble de petites fermes de fortune au style de vie autarcique,des datchas,des petites villas,propri&eacute;t&eacute;s des mieux r&eacute;mun&eacute;r&eacute;s de l'ancien r&eacute;gime,sont dispers&eacute;s dans le val.Une contr&eacute;e paisible,buccolique &agrave; l'&eacute;cart de l'agitation&nbsp;de la collectivit&eacute; et de son brouhaha.Pour cette nuit,dresser la tente&nbsp;se rapproche du suicide tant la campagne est gorg&eacute;e de flotte.Mes yeux s'&eacute;carquillent &agrave; la recherche d'un vieux toit.Je traverse un &eacute;bouriffant &eacute;cart,pataugeant dans la&nbsp;gadoue et&nbsp;le bouillon.Chaque maison &agrave;&nbsp;au moins son cochon,sa vache et ses poules.Ces aimaux montrent leurs groins,leurs mufles,leurs becs,par ci et par l&agrave;,dans un margouillis indescriptible.De l'air chaud s'&eacute;chappent des foyers et des odeurs de l&eacute;gumes-viande planent sur le lieu.Des femmes d&eacute;peign&eacute;es se taillent des&nbsp;bavettes abrit&eacute;es par de grands parapluies noirs,un homme sans &acirc;ge,nu-pied dans des sabots en caoutchouc pousse une charrette d'herbe coup&eacute;e.C'est impossible de trouver mon bonheur nocturne ici-Demi-tour et d&eacute;termination-.Il y a toujours une solution pour le voyageur du v&eacute;lo,il est pr&eacute;cieux et capital de ne pas &eacute;garer ses bons pr&eacute;ceptes&nbsp;d'un p&eacute;riple qui perdure.Je me refuse &agrave; demander l'hospitalit&eacute; car les autochtones sont trop accapar&eacute;s par leurs quotidiens de bric et de broc et&nbsp;je redoute leur c&ocirc;t&eacute; envahissant malgr&eacute; la tendresse que j'ai d'eux.Je me sens comme un bouleversement de leurs heures et cela&nbsp;m'intimide.L'endroit esp&eacute;r&eacute; est une cabane&nbsp;de jardin bien visible entre deux&nbsp;jolis parcs de datchas.Me faisant invisible au possible,je brandit les trente-cinq kilos de ma monture ruisselante par-dessus la barri&egrave;re.Je trimbale avec mes derni&egrave;res r&eacute;serves de forces ma carcasse et l'attirail dans le pr&eacute; innond&eacute;.Le v&eacute;lo planqu&eacute; derri&egrave;re mon h&ocirc;tel en planches,j'escalade avec tout mon bazar l'&eacute;chelle en bois.Le voyageur de fortune est dans le foin,au sec.Ce soir,il n'est pas question de repas chaud;L'incendie pr&eacute;visible est une &eacute;vidence.L'ami du v&eacute;lo se confectionne un emplacement de lit,&eacute;tale ou suspend&nbsp;ses frusques d&eacute;tremp&eacute;es,s'organise une soir&eacute;e dans&nbsp;ce g&icirc;te&nbsp;insolite.Le confort que l'on souhaite est relatif &agrave; la condition de vie dont on se fait un id&eacute;al.Ceux&nbsp;qui voyagent&nbsp;facilement&nbsp;financi&egrave;rement,savent-ils &agrave; quel point dans mes errances,je vibre,ressens,fraternise avec les lieux,aiguise mes instincts,m'enivre,touche au sacr&eacute;,titille le divin,respecte et red&eacute;couvre la plan&egrave;te,pactise avec le monde?.Les&nbsp;murmures de la nuit,le cr&eacute;pitement du foin,le ciel &eacute;toil&eacute; bleu d'encre,le croissant de lune,le&nbsp;hennissement d'une bourrique&nbsp;au plus profond de la ronde du soleil cach&eacute;,le son du vent contre la cabane,le tambourinement att&eacute;nu&eacute; de la rivi&egrave;re,les plantes et fleurs&nbsp;dans le proche jardin,ombres chinoises au clair des lumi&egrave;res st&eacute;llaires,et l'aube&nbsp;montante,le chant des coqs,un chien qui aboit,les premi&egrave;res voix humaines sur la route entre voisins,ont fait de ce bivouac sous un petit toit dans l'herbe s&egrave;che un oasis po&eacute;tique.</p>
<p>La m&eacute;t&eacute;o a retoun&eacute;e sa veste et ce matin je p&eacute;dale sous un ciel dig&eacute;rant ses tra&icirc;n&eacute;es nuageuses.L'existence est une suite de retour et de fuite de fortune et d'infortune.Il faut &ecirc;tre fort aux moments&nbsp;n&eacute;c&eacute;ssaires et faible comme le roseau dans la bourrasque quand tout baigne.Le caf&eacute; chaud du r&eacute;veil me manque,nous avons nos apaisantes drogues quotidiennes rythmant notre envie de vivre et le petit noir m'est &agrave; ce point pr&eacute;cieux.Il d&eacute;clenche tout un m&eacute;canisme physico-psychique,v&eacute;ritable&nbsp;alli&eacute; de mes jours.Je stoppe&nbsp;au premier troquet le long de ma route pour me siffler une tasse chaude.C'est un &eacute;troit zinc nickel o&ugrave; les copains du coin sont heureux de la pluie pass&eacute;e.Les habitu&eacute;s de la souriante et am&egrave;ne patronne bondent la salle,alors celui-ci fait des va-et-vient entre dehors ensoleill&eacute; et dedans anim&eacute;.Je me fait une place assise dans la m&ecirc;l&eacute;e et&nbsp;souffle ma commande en deux mots roumains&nbsp;oubli&eacute;s&nbsp;et r&eacute;appris&nbsp;chaque jour.Ce n'est pas sur le v&eacute;lo que mes progr&egrave;s en langues &eacute;trang&egrave;res se sont fait.Le p&eacute;dalage est excellent en g&eacute;n&eacute;rale mais reste al&eacute;atoire pour la m&eacute;moire intellectuelle.Ces d&eacute;soeuvr&eacute;s de bar me d&eacute;visagent candidement.Je suis une bonne occasion de divertissement.Les villageois roumains&nbsp;ont le contact humain facile comme bonjour.Aucun ne parlent ni fran&ccedil;ais,ni anglais,certains&nbsp;sont gris,et dans&nbsp;l'&eacute;paisse atmosph&egrave;re&nbsp;r&eacute;gnante,op&eacute;r&eacute; un &eacute;change intelligent serait une prouesse.Je me concentre sur mon caf&eacute; tout en&nbsp;soulevant un oeil amus&eacute;s sur la gait&eacute; du cadre.Mes amis du moment sont un tantinet g&ecirc;n&eacute;s par ce modeste cycliste de France.Ils se sentent proches de moi mais je viens de tr&egrave;s loin sur un&nbsp;biclou parfait&nbsp;avec dix mots du pays mal prononc&eacute;s.C'est pourquoi ils font venir Ileu,l'&eacute;tudiant de Bucarest en vacances,l'intellectuel du quartier et le fiston du bistrot.Ileu parle correctement ma langue&nbsp;avec un accent rocailleux,des tonalit&eacute;s plus graves,des rythmes d&eacute;cal&eacute;s,des erreurs de&nbsp;prononciations et grammaticales sans incidence sur la clart&eacute; de ces propos.Il&nbsp;cause couramment le fran&ccedil;ais,brillant &eacute;tudiant en &eacute;conomie.Ce jeune homme est sympathique,&eacute;l&eacute;gant,cultiv&eacute;,bien pensant,physiquement agr&eacute;able.C'est&nbsp;pour lui un plaisir de&nbsp;dialoguer dans la langue de Victor Hugo,il fait montre d'admiration devant mon parcours europ&eacute;en en v&eacute;lo.Notre conversation se porte sur la vie pendant les d&eacute;cennies Ceausescu,sur la soci&eacute;t&eacute; aujourd'hui,sur les ambitions et les r&ecirc;ves des jeunes,sur l'&eacute;xistence des&nbsp;centaines de milliers de boh&eacute;miens nomades,sur les &eacute;changes franco-roumain d'amiti&eacute; et de coop&eacute;ration,sur ce que pourra &ecirc;tre la Roumanie de demain,sur les meilleurs r&eacute;sultats sportifs de la nation.Au temps du dictateur m&eacute;galomane au pouvoir de 1967 &agrave; 1989,ann&eacute;e d'un proc&egrave;s sommaire et de la sombre &eacute;x&eacute;cution de lui et de son &eacute;pouse,le pays vivait les r&egrave;gles d'une politique de non libert&eacute;&nbsp;pour la population,de repr&eacute;sailles cinglantes contre&nbsp;toutes tentatives de r&eacute;bellions au r&eacute;gime.Un hyper communisme&nbsp;pervertit au profit de quelques dirigeants&nbsp;monopolisait toutes les directives du pays,laissant les roumains soumis &agrave; des lois&nbsp;d'airain.Une barri&egrave;re infranchissable pour le peuple vers seulement un peu de d&eacute;mocratie.Hommes et femmes &eacute;taient tenus &agrave; tels emplois,&agrave; tels salaires de mis&egrave;re lorsqu'ils le percevaient.Un syst&egrave;me de rationnement alimentaire sous forme de bons d'achats &eacute;taient g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;.Les &eacute;l&egrave;ves et &eacute;tudiants d&eacute;cidaient de leur avenir&nbsp;sur stricte aval de l'appareil d'&eacute;tat.Les arts,les sports suivaient des r&egrave;gles s&eacute;v&egrave;res &agrave; ne pas d&eacute;roger.La litt&eacute;rature &eacute;tait prohib&eacute;e et la presse une pure ob&eacute;&iuml;ssance au volont&eacute; du gouvernement.Ceausescu,sa femme,et&nbsp;leurs&nbsp;collabarateurs,omnipotents,d&eacute;cidaient de tout en tout sans qu'aucun organe par ailleurs modifie quoi que ce soit aux ordonnances.Cons&eacute;quences de choix abberants,de beaux quartiers de Bucarest furent d&eacute;molis pour faire place &agrave; des constructions pr&eacute;sidentielles d'un triste kitsch en b&eacute;ton arm&eacute;,le fabuleux delta du Danube irrigu&eacute; pour l'agriculture intensive&nbsp;d&eacute;clenchera un d&eacute;sastre &eacute;cologique,d&eacute;truisant en partie une faune et une flore d'une vari&eacute;t&eacute; merveilleuse.L'autocratie&nbsp;se jouait&nbsp;des individus comme de simples fantoches.Le n&eacute;potisme &eacute;tait de r&egrave;gle.A la fin des ann&eacute;es 70,le rench&eacute;rissement du prix de l'&eacute;nergie mis fin &agrave; une p&eacute;riode de croissance de quarante ans,la popuation d&ucirc;t ob&eacute;&iuml;r &agrave; des restrictions drastiques.L'arm&eacute;e administrait la production des hydrocarbures et de l'&eacute;lectricit&eacute;,un rationnement alimentaire et &eacute;nerg&eacute;tique fut s&eacute;v&egrave;rement &eacute;tabli afin d'&eacute;ponger la dette,de r&eacute;duire l'importation et de favoriser les investissements industriels;Cette politique se servant des gens comme des pions dans le budget de l'&eacute;tat eu des effets catastrophiques...En 2006,seize ans plus tard,la soci&eacute;t&eacute; est sortie de ce pass&eacute; oppressif mais son&nbsp;souvenir et ses stigmates sont tenaces dans l'&acirc;me de ce peuple terrien.C'est un &eacute;tat d&eacute;mocratique avec ses propres travers,tenant la comparaison avec les autres pays de la CEE,qui va de l'avant avec un h&eacute;ritage d'handicaps &agrave; d&eacute;passer.L'hyper commercialisation mondiale aimante une part de la population &agrave; des r&ecirc;ves de richesse,d'autres sont combl&eacute;s par des facilit&eacute;s&nbsp;r&eacute;volutionnaires de peu d'envergure.Les &eacute;tudiants ne doutent plus de leurs&nbsp;futures carri&egrave;res;L'argent possible donne des ailes &agrave; toute une jeunesse&nbsp;qui poursuivra la modernisation du pays.Les boh&eacute;miens&nbsp;lors du syst&egrave;me sans &eacute;gard au peuple du dictateur avaient un terreau &agrave; leur mode de survie,maintenant ils sont une question grave et embarrassante.Les mesures pour les ins&eacute;rer dans une vie sociale seront longues et les r&eacute;sultats lents mais ces nomades internes sont &agrave; une actualit&eacute; de vents contraires et l'originalit&eacute; de leurs vies va s'&eacute;mietter.Ils risquent de devenir des&nbsp;mis&eacute;reux plus hybrides et plus &eacute;garr&eacute;s.Ce sont des &ecirc;tres humains&nbsp;de toujours hors syst&egrave;me,ils vivent &agrave; contre &eacute;volution.Les &eacute;changes franco-roumain vont bon an mal an,certaines associations,certains fran&ccedil;ais&nbsp;se sont investit courageusement et hon&ecirc;ttement pour aider nos&nbsp;cousins de culture de l'est.D'autres initiatives&nbsp;n'ont gu&egrave;re donner de fruits,il est vrai que vouloir transformer&nbsp;des hommes depuis la racine de vie est souvent une affaire pour le moins ardue.&nbsp;&nbsp; La rencontre avec Ileu fut un interm&egrave;de de choix sur mon parcours,je le remercie pour son cours d'histoire contemporaine.Comme les choses sont plus &eacute;videntes au sujet de sa patrie &agrave; l'homme lorsqu'il en est loin.&quot;Si l'eau d'un bassin reste sans mouvement,elle devient stagnante et boueuse,mais si elle s'agite et coule alors elle s'&eacute;claircit;Il en est de m&ecirc;me de l'homme qui voyage&quot;(Proverbe Kurde).&nbsp;&nbsp; Apr&egrave;s le coutumier et fraternel &eacute;change de nos adresses,une poign&eacute;e de mains&nbsp;insistante et prolong&eacute;e,des sourires tr&egrave;s discrets et tr&egrave;s amicaux,je quitte Ileu,son clan et sa fratrie,sur le v&eacute;lo je me soul&egrave;ve du village,heureux de sentir tr&egrave;s fort les&nbsp;battements de la vie et de la mienne dans les jours qui passent.Mon parcours longe le lac Bicaz,il ressemble &agrave; l'embout d'un harpon sur la carte.Son eau&nbsp;est gravement pollu&eacute;e par les immondices&nbsp;emport&eacute;es par la rivi&egrave;re en aval.L'air est chaud et &eacute;touffant mais le bain revigorant&nbsp;r&ecirc;v&eacute; n'est pas pour ici.Les&nbsp;grimpettes et raidillons se succ&egrave;dent sur trente kilom&egrave;tres,j'&eacute;cluse mes deux bidons d'eau et j'&eacute;coute de la musique pour tenir le coup.Autant de&nbsp;voitures sont&nbsp;gar&eacute;es en bord de route et autant de tribus ou famille pique-niquent tout pr&egrave;s ce dimanche de pur soleil.Les Dacia sont encore&nbsp;plus nombreuses que les Logan,le nouveau v&eacute;hicule acc&eacute;ssible au cr&eacute;dit du citoyen type.La construction de ces derni&egrave;res a succ&eacute;d&eacute; &agrave;&nbsp;celle des R12 &quot;made in Romania&quot;.Le groupe Renault&nbsp;continue ses affaires&nbsp;dans le pays avec ces voitures basiques&nbsp;et modestes&nbsp;adapt&eacute;es au march&eacute; interieur.Des couvertures,des plaids,des b&acirc;ches sont &eacute;tal&eacute;s dans les recoins ombrag&eacute;s,la nourriture,les bouteilles,les thermos,les vaiselles&nbsp;sont dispers&eacute;s dessus,des personnes sont allong&eacute;s dans ces fouillis,d'autres surveillent ou pr&eacute;parent le manger,certains se rassasient,ceux-l&agrave; font la sieste.C'est le&nbsp;jour de farniente,de d&eacute;tente et des barbecues et petits feux de bois.Toute une foule&nbsp;du petit peuple ordinaire se trouve&nbsp;ici,&agrave; une encablure des rives du lac-Pas trop originale comme sortie dominicale-.L'odeur des saucisses grill&eacute;es et de la viande&nbsp;brasill&eacute;e emboucanent&nbsp;le secteur.Je crois qu'ils ne sont ni heureux,ni malheureux dans l'ensemble.Leurs existences sont plus faciles&nbsp;mais ils ignorent les fa&ccedil;ons,n'ont pas appris les recettes des joies plus distingu&eacute;es.J'ai le sentiment d'&ecirc;tre un fant&ocirc;me,ces supporters potentiels ne font aucun cas de moi.C'est comme si d'avoir d&eacute;j&agrave; vu une chose,un spectacle,un voyageur &agrave; v&eacute;lo&nbsp;les d&eacute;tounaient de l'int&eacute;r&ecirc;t pour tout &ccedil;a.Il y a un aspect d&eacute;faitiste chez eux.Leurs ambitions s'arr&ecirc;tent &agrave; &ecirc;tre&nbsp;ce qu'ils savent d'eux-m&ecirc;mes,comme s'ils &eacute;taient&nbsp;des refrains &eacute;ternels.Ils sont&nbsp;un reliquat de l'endoctrinement d'un pass&eacute; qui faisait de la masse un seul esprit&nbsp;et donc des hommes sans esprit.Il faut&nbsp;ouvrir &agrave; chacun&nbsp;l'acc&egrave;s &agrave; sa propre identit&eacute; originale.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le DAB est une mini-portion de&nbsp;modernit&eacute; contrastant diablement avec le bourg rong&eacute; par les ann&eacute;es.Il est&nbsp;pour la gent un&nbsp;objet r&eacute;cent de libert&eacute;,d'autonomie,un symbole&nbsp;d'espoir ou de r&eacute;ussite.Une silencieuse file d'attente d'habitants avec leurs petites cartes rutilantes dans les bouts des doigts s'est form&eacute;e&nbsp;docilement.Ils patientent sagement&nbsp;pour leurs retraits de billets flamboyants et craquants.Ce service est&nbsp;r&eacute;volutionnaire pour eux qui vivaient nagu&egrave;re sans aucune fortune ou presque.Certains ont la carte de cr&eacute;dit mais&nbsp;pas plus qu'un p&eacute;cule de mis&egrave;re,c'est ainsi qu'aucun ne cherche &agrave; bousculer les minutes d'inerties.Les banques ont toujours des vitrines neuves&nbsp;dans lesquelles&nbsp;des affiches vantent la force de l'argent et des objets fantaisistes soulignent l'aisance d'un nouveau monde.Elles sont en Roumanie comme la pierre pr&eacute;cieuse de la bague port&eacute;e par l'individu dont rien&nbsp;par ailleurs ne laisse imaginer la tr&eacute;sorerie.La soci&eacute;t&eacute; est si malicieuse que peu nous avons conscience qu'en fait nous&nbsp;adorons l'argent.Si cette fr&eacute;n&eacute;sie entendue de la recette entra&icirc;ne les hommes vers des existences de fortune et d'infortune,qu'en serait-il&nbsp;sans elle?.Tout ceci est un jeu imparfait&nbsp;qui s&eacute;duit tout le monde.La danse financi&egrave;re est le second ciel de l'humaine vie.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'entrep&ocirc;t-&eacute;picerie&nbsp;dans lequel j'explore tout les recoins et secrets &agrave; la recherche de ma bouffe de ce soir,mal &eacute;clair&eacute; par une ampoule orpheline,est un reliquat de l'ancienne dictature.J'ai fait mauvaise pioche en rentrant ici car le pain est mou comme une chaussette,il n'y a que de la chicor&eacute;e,les bo&icirc;tes de conserves n'ont pas d'&acirc;ge et m&ecirc;me les paquets de p&acirc;tes&nbsp;ne me conviennent pas.Le jour d&eacute;cline et&nbsp;je pr&eacute;f&egrave;re &eacute;conomiser mes forces et le temps qui coule,alors j'accepte des provisions basse-qualit&eacute;:Charme de mes tribulations!.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La barri&egrave;re de la voie ferr&eacute;e ne se rel&egrave;ve plus et&nbsp; d&eacute;fend le passage,il y a un des jardins et des vergers de l'autre c&ocirc;t&eacute; tout d&eacute;sign&eacute;s pour installer le bivouac.Nul d&eacute;cibel d'un train dans l'oreille ne parvient,alors&nbsp;par&nbsp;une pleine&nbsp;lune blanche comme un hostie et dans la fra&icirc;cheur&nbsp;vesp&eacute;rale,j'escalade la barri&egrave;re,attrape le v&eacute;lo d&eacute;charg&eacute;,r&eacute;cup&egrave;re les bagages,traverse la voie avec le&nbsp;v&eacute;locip&egrave;de&nbsp;en &eacute;vitant un croche-pied du rail,franchi quatre fois encore la ligne&nbsp;pour le barda,et&nbsp;passe la seconde barri&egrave;re avec l'identique logique que pour l'autre.Il me reste &agrave; replacer mes affaires sur le deux roues.Le franchissement est gagn&eacute;.Je pousse&nbsp;la monture&nbsp;sur un petit chemin de terre,le site est pastoral:Parcelles de jardins et de vergers,petit pr&eacute; avec deux moutons,ruisseaux,haies&nbsp;d'o&ugrave; virevoltent les petits oiseaux,paysan dans un champ fauchant l'herbe,le sifflement du train de campagne,les chez-soi adoss&eacute;es &agrave; la colline...&nbsp;</p>
<p>Quelle heure est-il et qui me veut la personne qui s'adresse &agrave; moi&nbsp;autour de la guitoune ce petit matin?.La voix se veut rassurante;Je m'extirpe du sac de couchage sans panique,enfile vite fait&nbsp;le pantalon de toile et tire sur la fermeture &eacute;claire.Un beau jeune homme de cent quatre-vingt centim&egrave;tres me sourit largement,clignent les paupi&egrave;res sur ses yeux bleus&nbsp;contrari&eacute;s par les premiers rayons solaires dans un air de bont&eacute;,et m'exp&eacute;die&nbsp;deux francs bonjours succ&eacute;ssifs&nbsp;en roumain puis en anglais.&quot;Pourquoi n'&ecirc;tes-vous pas venu chez nous hier soir pour y passer la nuit?&quot;M'interroge le bel Apollon dans un anglais scolaire compr&eacute;hensible et dr&ocirc;le.&quot;Je m'appelle Pietr,je vis avec ma grand-m&egrave;re dans cette maison.C'est un vrai plaisir de te voir ici dans mon parc et je t'invite chez moi&quot;.Pietr m'aide avec empressement&nbsp;&agrave; remballer mes &eacute;quipements.Il a vingt-six ans et tr&egrave;s envie de s'amuser en ma compagnie.Nous sympathisons rapidement,il me pr&eacute;sente sa grand-m&egrave;re,alerte petite dame de&nbsp;soixant-quinze ans avec un fichu bleu fleuri autour de la t&ecirc;te et des yeux p&eacute;tillant de jeunesse intacte.Son nom est Elena.Pietr lui explique que je suis Didier,fran&ccedil;ais,que je p&eacute;dale sur les routes du pays depuis une semaine et que m'offrir le g&icirc;te est&nbsp;tout &agrave; fait naturel.L'autre logement&nbsp;ouvrant sur la m&ecirc;me cour d'entr&eacute;e&nbsp;est celui de sa m&egrave;re,de sa soeur et son beau-p&egrave;re,malheureusement l'entente entre les deux toits est&nbsp;hostile.Il n'y a pas de douche,mais de l'eau&nbsp;claire et fra&icirc;che du puit dans un baquet en bois &agrave; l'ombre d'un prunier face &agrave; la&nbsp;fen&ecirc;tre de la chambre d'Elena o&ugrave; se trouve la vieille t&eacute;l&eacute;vision en noir et blanc.Que c'est symphatique d'avoir un toit d'acceuil,d'&ecirc;tre invit&eacute; spontan&eacute;ment&nbsp;avec bienveillance et cordialit&eacute;!.La chambre de Pietr est d'aspect vieillote,us&eacute;e par plus d'un demi-si&egrave;cle mais intacte.La tapisserie,dalhias blancs&nbsp;sur fond mauve,me rem&eacute;morre celle du salon de ma&nbsp;m&eacute;m&eacute;,le mobilier&nbsp;et le lustre sont de style art-d&eacute;co du terroir.Des modernit&eacute;s d'autrefois qui sont devenues des brocantes &agrave; quatre sous.C'est l&agrave; que je roupillerai.Son grand-p&egrave;re &eacute;tait&nbsp;anciennement le maire du village,cette pi&egrave;ce fut son bureau.Un pupitre rococo sert maintenant&nbsp;&agrave; mon ami&nbsp;pour r&eacute;aliser des d&eacute;coupages sur feuilles en papier&nbsp;pli&eacute;es qu'il tente de vendre dans les rues de Piatra-Neamt&nbsp;dans l'espoir de petits deniers.Pietr me montre les&nbsp;clich&eacute;s durant son emploi de saisonnier-serveur de bar dans une station baln&eacute;aire de la mer Noire.S&eacute;duisant jeune athl&egrave;te,il s'&eacute;clate avec de belles minettes et il en garde un souvenir orgueilleux.H&eacute;l&eacute;na est tr&egrave;s flatt&eacute;e&nbsp;par ma pr&eacute;cense,sa vie est exclusivement l'histoire d'une rude&nbsp;subsistence campagnarde en Moldavie.Elle est toute menue,ses membres ont toujours une r&eacute;sistance d'acier,elle entend et voit comme un vieux faucon vaillant.Les travaux p&eacute;nibles des champs,les soins&nbsp;&agrave; la vache et&nbsp;au porc,les corv&eacute;es m&eacute;nag&egrave;res &agrave; l'eau du puit,la pr&eacute;paration des patates,des haricots baignant dans le bout de lard fondu,aimer sa prog&eacute;niture corps et &acirc;me,c&eacute;l&eacute;brer les petites victoires de l'&eacute;xistence,d&eacute;tourner l'indigence par force-volont&eacute;,&ecirc;tre une femme&nbsp;ordinaire qui&nbsp;conna&icirc;t le ciel &eacute;toil&eacute; de son pays comme une image de saintet&eacute;,c'est un bout d'apper&ccedil;u du roman de cette femme au&nbsp;sourire franc,au peit menton arrondi de bont&eacute;.Pietr&nbsp;lave mes nippes dans le baquet,mes pieds baignent dans une bassine en fer,nous jacassons dans un anglais improbable nous permettant de nous comprendre fort bien.Ce jeune employ&eacute; est adorable.La grand-ma&nbsp;appara&icirc;t r&eacute;guli&egrave;rement &agrave; la porte de la cabane-fourneau-cuisine pour nous assurer de sa pr&eacute;cense bienveillante.Le plat de l&eacute;gumes mijotera des heures sur le fourneau encrass&eacute;,aliment&eacute; aux petits bois.C'est la p&eacute;riode du car&ecirc;me orthodoxe,ils se d&eacute;lestent des d&eacute;pensent on&eacute;reuses de la viande,ce qui arrange un peu leurs consciences et&nbsp;beaucoup leurs porte-monnaie.&nbsp;L'ambiance est charmante,cette demeure contient le doux &eacute;cho des jours les plus beaux.La roue arri&egrave;re du v&eacute;lo est voil&eacute;e,mon h&ocirc;te est un bricoleur-m&eacute;cano de talent,il se sert d'une cl&eacute; &agrave; rayon pour la premi&egrave;re fois mais parvient &agrave; un excellent r&eacute;sultat.Le ciel est clair,le soleil gourmand,la ros&eacute;e s'&eacute;vapore&nbsp;cr&eacute;ant une atmosph&egrave;re d'&eacute;t&eacute; stimulante.Pietr et moi allons &agrave;&nbsp;pince checher le pain,des cigarettes et une bouteille de bi&egrave;re &agrave; l'&eacute;picerie.Un jeune homme,la faux sur l'&eacute;paule,rentre d'un champ dans la montagne.Mon copain me pr&eacute;sente &agrave; l'autochtone.La fenaison s'&eacute;chelonne&nbsp;sur six mois,le boulot se fait uniquement &agrave; la m&eacute;canique humaine.Les chars transportent de lourds entassements de foin qui balancent&nbsp;sur les chemins caillouteux.Les chevaux comme les hommes se torturent le corps &agrave; ces labeurs.Le petit chien&nbsp;est&nbsp;maigre au point qu'il ne peut l'&ecirc;tre plus.La&nbsp;courte corde le retenant au tronc du prunier lui accorde un territoire&nbsp;de chagrin,sa niche est son paradis.Je le palpe &agrave; la recherche de muscles aussi fins que l'in&eacute;xistence.Sa ration quotidienne est le jus des l&eacute;gumes.Je prie El&eacute;na de dor&eacute;navant donner chaque jour un morceau de pain &agrave; la b&ecirc;te aux yeux de miel.Le cyclop&eacute;en&nbsp;cochon dans sa bauge est suraliment&eacute; &agrave; l'herbe,aux prunes et pommes,aux racines,&agrave; tout ce qu'un tel animal peut empiffrer pour fournir le maximum de couenne et de lardons &agrave; la maisonn&eacute;e.La pauvre vache&nbsp;quasiment aveugle est enferm&eacute;e dans un r&eacute;duit borgne,ses sabots jamais taill&eacute;s ni us&eacute;s par le bonheur des pr&eacute;s&nbsp;sont difformes,allong&eacute;s de vingt centim&egrave;tres devant comme&nbsp;des chaussettes &agrave; peine enfil&eacute;es.Les hirondelles align&eacute;es sur le fil &eacute;lectrique apportent un air de libert&eacute; &agrave; cette&nbsp;larmoyante pension animali&egrave;re.La grand-m&egrave;re m'offre plusieurs fois des poign&eacute;es de prunes ou de pommes avec des regards complices comme si c'&eacute;taient des fruits d'or.Deux voisins,paysans h&acirc;l&eacute;s&nbsp;arborant des chapeaux de pailles,aux maillots de corps humides de sueur,aux arpions&nbsp;cal&eacute;s dans des&nbsp;sandales rafistol&eacute;es,arrivent avec un&nbsp;char ployant sous une montagne de foin.La cargaison s'empilera sur la meule en cours d'&eacute;laboration &agrave; deux pas du logis.A l'aide de longues fourches ils d&eacute;posent d&eacute;paisses cr&egrave;pes toujours plus haut.L'un d&eacute;pose une &eacute;chelle bancale contre l'&eacute;difice,la grimpe et s'installe sur l'ouvrage pour le parfaire.Pietr et El&eacute;na ratissent les gerbes non parvenues &agrave; destination et installent des &eacute;tais en bois obliquement pour consolider la meule en forme d'arbre de No&euml;l g&eacute;ant.Je lance tel un projectile sacr&eacute; la bouteille de bi&egrave;re &agrave; l'homme perch&eacute;.Le go&ucirc;t du&nbsp;rafra&icirc;chissement sur les palais d&eacute;ss&egrave;ch&eacute;es,nous apporte un&nbsp;instant de chaleureuse complicit&eacute;.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Iona,la soeur cadette&nbsp;de Pietr,nous rejoint dans la petite cour o&ugrave; le chien &eacute;tique laisse ou&iuml;r son brondissement.Elle a vingt ans et sa complexion est d&eacute;licate.Elle&nbsp;est belle comme un p&eacute;tale de fleur suspendu dans l'air.Ses yeux brillent d'intelligence,ses cheveux longs&nbsp;ondulent&nbsp;et&nbsp;sa&nbsp;jeune agitation leur implique des balaiements contre son visage d'&eacute;tudiante r&eacute;fl&eacute;chie.Son anglais est excellent,son fran&ccedil;ais d&eacute;butant est un r&eacute;gal pour mes conduits auditifs.Imm&eacute;diatement sous le charme,je veux l'imprimer sur ma pellicule.Elle refuse,sans doute se m&eacute;fie-t'elle en g&eacute;n&eacute;ral des touristes.En r&eacute;ponse,elle est ravi de me photographier seul,en compagnie de son fr&egrave;rot puis de sa m&eacute;m&eacute;.Elle r&ecirc;ve de voyages,de vivre dans un pays plus riche mais ses souhaits l'&eacute;ffraie encore,elle ignore si elle doit les prendre au s&eacute;rieux.&quot;J'ambitionne de s&eacute;journer bient&ocirc;t quelques mois&nbsp;dans chaque pays d'Europe occidentale&quot;me fait-elle savoir en agitant ses&nbsp;mains maigrichonnes et ses&nbsp;brindilles de doigts.Elle songe &agrave; un autre avenir qu'ici o&ugrave; son destin semble p&eacute;rim&eacute; d'avance.Je repr&eacute;sente l'homme qui&nbsp;pourrait &ecirc;tre sa solution d'un univers plus glorieux.Sa m&egrave;re passe en coup de vent,cette femme au caract&egrave;re d&eacute;tremp&eacute; et &agrave; l'allure muscl&eacute;e me demande en italien et&nbsp;sans ambages &agrave; combien est le taux du Smic en France.Elle&nbsp;a boss&eacute; quelque temps en Italie et s'interroge&nbsp;peut-&ecirc;tre sur la bonne op&eacute;ration fa&icirc;te en ces heures-l&agrave;.Si Iona partait vivre en France,r&eacute;ussirait-elle mieux qu'elle chez les ritals.Iona est&nbsp; &eacute;l&eacute;gante,son&nbsp;blue-jean moulant prend fin au dessus de ses chevilles&nbsp;serties dans des socquettes&nbsp;beiges s'&eacute;garrant&nbsp;aux fonds&nbsp;de baskets blanches&nbsp;&agrave; &eacute;paisses semelles,sa chemise bleue pastel&nbsp;laisse entrevoir par transparence le profil de son soutien-gorge et de son contenu.Elle est plus moderne que&nbsp;la majorit&eacute; des jeunes roumaines.Je devine&nbsp;une intellectuelle,une po&eacute;tesse,une oscillation entre raison et d&eacute;raison,entre sagesse et folie.&nbsp;&nbsp;Pietr me signale que le quart d'heure du banquet aux l&eacute;gumes est arriv&eacute;e.La petite table poussi&egrave;reuse,rabot&eacute;e par l'usage,o&ugrave; campe la t&eacute;l&eacute; d&eacute;mod&eacute;e,est encombr&eacute;e d'un bric &agrave; brac intraduisible.La famille&nbsp;prosp&egrave;rait&nbsp;&agrave; l'&eacute;poque de l'a&iuml;eul bourgmestre,maintenant&nbsp;dans la maison on s'occupe &agrave; entasser tout et n'importe quoi pour tuer&nbsp;une certaine d&eacute;sillusion.Nous poussons ou d&eacute;pla&ccedil;ons des vieux canards,des verres sales,des bouts de bougies,des crayons cass&eacute;s,des feuilles s&egrave;ches,un vase &eacute;nigmatique,des bo&icirc;tes mysterieuses et d'autres bagatelles,d&eacute;posons&nbsp;deux assiettes et la grosse po&euml;le aussi fumante que noire de suie.L'espace de deux jours,je n'ai pas vu Elena se nourrir,sinon qu'elle avait toujours des prunes et des pommes dans ses poches et qu'elle se r&eacute;galait d'un peu de bi&egrave;re&nbsp;mousseuse.Nous engloutissons la plat&eacute;e &agrave; parts &eacute;gales en y trempant des bouts de pain et &nbsp;accompagn&eacute;e de lamp&eacute;es de cervoise ordinaire.C'&eacute;tait fameux,ces mangetouts et ces patates&nbsp;mijot&eacute;s des heures sur l'ancestral po&ecirc;le de la cuisine en planches ont le go&ucirc;t du vrai et la saveur d&eacute;licate.Il&nbsp;y a des fonds de&nbsp;pots &agrave; terminer,des onces laiss&eacute;es de peur de ne plus jamais go&ucirc;ter &agrave; la chose,de caf&eacute; soluble,de sucre,de miel et de terrine,nous&nbsp;&eacute;talons le p&acirc;t&eacute; sur&nbsp;la mie faisant fi du car&ecirc;me;Pietr pr&eacute;pare une infusion aux herbes des talus dont&nbsp;enfant du pays,il&nbsp;a le secret.Les tasses fument,le miel colore et dispara&icirc;t dans le breuvage,un ar&ocirc;me vertueux,bois&eacute; et &eacute;pic&eacute;,fouillent les narines.Ce d&icirc;ner de pauvre fut parfait,je me suis senti par instants roumain de toujours,p&eacute;n&eacute;trant dans une authentique communion avec&nbsp;mon lieu d'asile,mes h&ocirc;tes.En partageant un repas,il est fascinant d'&eacute;changer nos&nbsp;appr&eacute;ciations sur ses attraits culinaires mais chez les gens simples de Moldavie roumaine&nbsp;tout est entendu.Les&nbsp;l&eacute;gumes du domicile sont toujours excellents chez ces d&eacute;bonnaires campagnards,au village tout le monde est&nbsp;au m&ecirc;me pain et &agrave; la seule marque de bi&egrave;re,tous mange le cochon engraiss&eacute; et &eacute;gorg&eacute; chez eux.&nbsp;&nbsp; La vo&ucirc;te c&eacute;leste d'ao&ucirc;t scintille du plein feu des &eacute;toiles,la voie lact&eacute;e majestueuse,hypnotisante,incommensurable,fantastique,s'est d&eacute;ploy&eacute;e,les&nbsp;constellations impriment leurs tableaux,des &eacute;toiles filantes bondissent et fusent en fragments de secondes et Iona assisse avec moi sur le banc d&eacute;labr&eacute; m'avoue que cette &eacute;toile,la plus brillante&nbsp;et bleut&eacute;e dans cet amas est celle que fillette elle a adopt&eacute;e.C'est son porte-bonheur,son besoin de tendresse,sa g&acirc;terie&nbsp;&eacute;goiste,qui s'&eacute;ffiloche.Nous voguons&nbsp;dans une fantasmagorie,dans une trame romantique de laquelle je ressens la d&eacute;licatesse de son corps,je devine la finesse de ses pens&eacute;es.Deux sexes,deux vies infimes,deux histoires,des&nbsp;id&eacute;es dissemblables,et pourtant un m&ecirc;me temps,une &acirc;me en commun.La po&eacute;sie est magique,elle se charge de nous absorber d'amour vaporeux,charnelle et d&eacute;sincarn&eacute;.Nous divaguons inspir&eacute;s par la beaut&eacute; de la nuit,fourvoy&eacute;s dans nos cosmos sensible,habit&eacute;s par un ailleurs vibrant;Iona me demande une le&ccedil;on de fran&ccedil;ais,mon anglais de routard lui d&eacute;pla&icirc;t.Elle r&eacute;p&egrave;te les mots d&eacute;voil&eacute;s,elle aime ce jeu avec le cycliste&nbsp;aux milliers de routes.Elle a quitt&eacute;e une fois&nbsp;la Roumanie natale pour la voisine bulgare.Mes petites histoires et m&eacute;saventures,mes banals bonheurs de nomades la retient.Je suis son puzzle imaginaire.La folie des hommes devient insignifiante et ridicule lorsque les yeux-t&eacute;l&eacute;scopes de nos microcosmes scrutent la magie du ciel nocturne.Mystiques sensations:Nous percevons simultan&eacute;ment des r&eacute;ponses et des interrogations intraduisibles.Je n'ai d'autre envie que&nbsp;l'instant n'est de fin;Mais,la maman de la jeune &eacute;tudiante&nbsp;a &eacute;clair&eacute; le lampadaire&nbsp;de la cour et demande &agrave; Iona de regagner sa chambre.Je lui donne un dernier compliment afin de l'assurer de mon amiti&eacute; et de la joie prise ensemble.&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le match de football&nbsp;opposant les &eacute;quipes de Craiova et Bucarest en noir et blanc sur l'&eacute;cran poussi&egrave;reux&nbsp;et balay&eacute; de parasites&nbsp;nous laisse distrets Pietr et moi,nous sirotons une infusion et devons&nbsp;quitter la chambre d'Elena qui dormira dans&nbsp;son lit bienfaiteur.Mon compagnon choisit une cassette de dance-music&nbsp;sens&eacute;e favoriser un agr&eacute;able endormissement.Je suis&nbsp;d&eacute;tendu,bien dans ma peau,mes nouveaux amis ont &eacute;t&eacute; tant aimbles et prevenants &agrave; mon sujet&nbsp;que&nbsp;mon sommeil&nbsp;est sans importance.&nbsp;&nbsp;&nbsp;La nuit fut douce,Pietr a pionc&eacute; comme un f&eacute;lin sans souci;Aux premi&egrave;res lueurs de l'aube contre le volet mal clos,les pas de chatte&nbsp;de Iona dans le corridor ont fait grinc&eacute; le parquet,cela m'a tir&eacute; la paupi&egrave;re de l'oeil et instantan&eacute;ment j'ai &eacute;prouv&eacute; une exhaltation&nbsp;d&eacute;licieuse.Elena a pr&eacute;par&eacute; le petit-d&eacute;jeuner,deux bols de caf&eacute; aux volutes fumantes,des &eacute;paisses tranches de pain de campagne,de mignonnes&nbsp;prunes vertes et jaunes et un pot en gr&egrave;s avec du sucre en poudre,le tout d&eacute;pos&eacute; avec tendresse sur un napperon brod&eacute;.Nous r&eacute;duisons des branchettes en brindilles et fendons des vieilles planches&nbsp;&agrave; la hachette pour le feu du fourneau.Elena pr&eacute;parera&nbsp;une identique plat&eacute;e que la veille.Le toutou est devenu&nbsp;mon copain,il r&eacute;agit &agrave; mes carresses comme un ange sans cervelle,na&iuml;f comme si son existence &eacute;tait un &eacute;ternel premier jour.J'aimerai deviner quel sont les plaisirs malicieux de cette b&ecirc;te,de quoi se nourrissent ces jours &agrave; la pitance ultra-maigre,mais mon passage ici est trop bref pour davantage faire connaissance.Pietr,Elena,le r&eacute;dacteur du r&eacute;cit,trimballent un rateau en bois et une fourche aux longs manches et vont &agrave; pied de par le chemin ravin&eacute; et caillouteux qui serpente entre les bicoques d'un hameau.Il&nbsp;faudra trente minutes de marche et autant d'arr&ecirc;ts&nbsp;pour &ecirc;tre rendu dans le pr&eacute;&nbsp;pentu &agrave; l'or&eacute;e des bois d'o&ugrave; le foin &eacute;cologique,fleurant bon la chlorophylle s&egrave;che,fut charri&eacute; hier.Les bo&icirc;tes aux lettres aux vives couleurs,&agrave; la num&eacute;rotation d&eacute;corative,contrastent avec les portails d&eacute;grad&eacute;s et les cours&nbsp;envahies de mauvaises herbes.Des basses-cours crapahutent sans aucune crainte.La grand-ma et le petit-fils saluent et &eacute;hangent quelques mots avec des riverains de leurs meilleures connaisssances,assez fiers de l'&eacute;n&eacute;dite recrue d'un fran&ccedil;ais v&eacute;lovoyageur.Un&nbsp;cheval robuste,sue terriblement,peine de toute sa puissance,d&eacute;rape,d&eacute;montre une bravoure in&eacute;galable pour tracter&nbsp;le char&nbsp;lourd d'un d&eacute;m&eacute;nagement.Ses fers sonnent un air paysan&nbsp;bucolique.Un homme et une femme fuient un domicile pour un autre lieu;Ces gens d&eacute;sargent&eacute;s de la campagne&nbsp;moldave composent leurs quotidiens comme possible et probablement n'imaginent pas d'autres tournures &agrave; leurs vies.Deux femmes,les jambes nues,les robes relev&eacute;es,lessivent v&ecirc;tements et tapis dans l'eau vive du torrent.Cette grande machine &agrave; laver est de l'ordre de la coutume ici,les souillures engendr&eacute;es ne perturbent l'esprit d'aucun.Pietr ach&egrave;te deux barres chocolat&eacute;es dans une magasin grand comme un mouchoir de poche,bonne occasion de faire le charmant devant la jeune marchande au sex-appeal affriolant.Nous franchissons un petit pont de bois et p&eacute;n&eacute;trons dans le bar le plus classe des environs,quatre hommes y passent du bon temps,&quot;relaxs&quot; sous les parasols.Tout dans la salle&nbsp;montre ostensiblement le succ&egrave;s et la bonne affaire de ce petit business:Cendriers,lithographies,carrelage,miroirs,lustres,meubles en bois massif,rideaux,ventilateur,tapisseries,poste-hifi....Mat&eacute;riels et mat&eacute;riaux sont flambants neufs;La patronne souriante derri&egrave;re le comptoir affiche s&eacute;r&eacute;nit&eacute; et fiert&eacute;.La beaut&eacute; de cette dame&nbsp;tient &agrave; une histoire de recette,sa laideur aussi.Elena discute de moi &agrave; la propri&eacute;taire&nbsp;comme si j'&eacute;tais une canaille qui bient&ocirc;t maniera ses premi&egrave;res phrases&nbsp;en roumain.Quelle na&iuml;vet&eacute; amusante!Apprend-t'on un autre idiome aussi simplement qu'en &eacute;coutant un jour les gens du pays.La grand-ma sirote promptement un bock d'un demi&nbsp;litre de bi&egrave;re,c'est follement pittoresque et d&eacute;capant.Le chemin se r&eacute;tr&eacute;cit,la d&eacute;clivit&eacute; augmente,nous&nbsp;passons des portails de cl&ocirc;tures et des petits ponts.Un groupe de femmes et d'enfants est install&eacute; sur le sol pr&egrave;s d'un &eacute;norme tas de foin.Les&nbsp;gamins empiffrent des prunes,les mamans r&ecirc;vassent,l'une d'elle donne le sein &agrave; son b&eacute;b&eacute;.Nous passons sans plus les saluer.&nbsp; Le travail consiste &agrave; d&eacute;monter l'assemblage de&nbsp;piquets en bois qui supportait les petites meules de foin.Quatre chiots d'une dizaine de jours sont blottis dans une niche creus&eacute;e par leur m&egrave;re dans l'une d'elle&nbsp;non charri&eacute;e&nbsp;pour ne pas la d&eacute;truire.Ils sont adorables,ce sont des b&acirc;tards et absolument rien d'autre,Pietr me r&eacute;volte &agrave; les faire voltiger brutalement entre ses mains.La chienne va revenir pour les t&eacute;t&eacute;es.En Roumanie,beaucoup de cl&eacute;bards&nbsp;se d&eacute;brouillent essentiellement de fa&ccedil;on sauvage et sont un peu&nbsp;domestiqu&eacute; par&nbsp;les personnes voulant leur simplifier l'&eacute;xistence.Je porte les &eacute;tais &agrave; travers&nbsp;le champ jusqu'&agrave; l'empilement &agrave; la lisi&egrave;re de la for&ecirc;t,Elena fait de m&ecirc;me.Pietr fain&eacute;ante assis,les genoux repli&eacute;s sous son menton &agrave; scruter sous une main en visi&egrave;re quoi&nbsp;vers le fond de la vall&eacute;e.C'est le retour en sens inverse,nous saluons ou d&eacute;tournons les regards en croissant des autochtones.Dans cette contr&eacute;e,les habitants soit se congratulent,soit se d&eacute;testent;Le clivage des humeurs me semble tr&egrave;s net.Un expatri&eacute; d'Italie en vacance en terre natale,r&eacute;pare&nbsp;avec son vieux p&egrave;re la roue d'un char &agrave; foin avec l'outillage d'antan.Il semble heureux d'un retour au calme campagnard.&nbsp; Cette ballade champ&ecirc;tre,ce village d'un monde&nbsp;rocambolesque,ce coup de main aux travaux de toujours,mes pas&nbsp;au coeur&nbsp;des tribulations&nbsp;des indig&egrave;nes&nbsp;moldave dans la chaleur de l'&eacute;t&eacute; et la fra&icirc;cheur de la vall&eacute;e et des rivi&egrave;res,ces chiots dr&ocirc;les et f&eacute;briles dans leur niche atypique,sont un souvenir profond,inoubliable de mon s&eacute;jour en&nbsp;Roumanie</p>
<p>Les roumains en g&eacute;n&eacute;ral aiment&nbsp;l'argent,en ont des d&eacute;sirs impudiques,peuple&nbsp;par ailleurs reserv&eacute;,modeste,retenu.Iona m'&eacute;vite,j'aimerai observer &agrave; nouveau ses douces fa&ccedil;ons,ses mains et son visage aux contours d&eacute;licats&nbsp;mais c'est partie perdue.Elle est comme toutes ses autres jeunes compatriotes qui r&ecirc;vent de plus de s&eacute;curit&eacute; mat&eacute;rielle,d'une vie moins mis&eacute;rable que celle de leurs parents.Elles veulent une maison,une voiture,pouvoir consommer,se faire belles,g&acirc;ter leurs&nbsp;enfants,manger au restaurant,avoir des loisirs,voyager...Il est possible aussi que sa&nbsp;m&egrave;re lui d&eacute;fend de perdre son temps avec ce cycliste marginal,ne conna&icirc;ssant pas le taux mensuel du Smic de son pays.Beaucoup de ces cousins de l'est&nbsp; vivent&nbsp;&nbsp;entre les m&acirc;choires&nbsp;de l'indigence et de l'aisance,ils&nbsp;sont,d'une fa&ccedil;on ou d'une autre,s&eacute;duits,influenc&eacute;s,attir&eacute;s par des envies terre &agrave; terre et mat&eacute;rielles.Je comprends Iona,enfant aux pieds glac&eacute;s lorsqu'elle buvait sa chicor&eacute;e puis&nbsp;fourrait dans ses poches quelques fruits&nbsp;et partait &agrave; pied pour l'&eacute;cole sur les chemins glissants.Je&nbsp;comprends qu'elle esp&egrave;re&nbsp;le d&eacute;but d'une&nbsp;autre histoire.&nbsp;&nbsp; Elena voudrait que je reste,m'installe ici et qu'un jour je retourne en France avec sa petite-fille.Elle est&nbsp;anxieuse et perplexe &agrave; son sujet.Iona passe tout son temps de vacances,cl&ocirc;tur&eacute;e dans sa chambre &agrave; lire,&eacute;crire,se cultiver,&eacute;couter de la musique et&nbsp;cela la grand-ma ne peut pas le comprendre.La vieille dame&nbsp;porte beaucoup de sages raisons,a des id&eacute;es sur la vie, ancr&eacute;es,nettes et r&eacute;alistes.Elle ne d&eacute;bat plus sur des questions d'&eacute;xistence,elle emportera tout &ccedil;a avec elle outre-tombe.Elle&nbsp;surveille son univers en philosophe disc&egrave;te.Tant qu'elle aura la force de l'amour,elle sera utile.Le dur&nbsp;pass&eacute;,l'histoire affligeante,intol&eacute;rable du r&eacute;gime Ceausescu,a laiss&eacute; de funestes&nbsp;rides dans le corps et le coeur du peuple.Toute une partie de la population mal&eacute;able et na&iuml;ve&nbsp;n'avait aucun rep&egrave;re critique sur&nbsp;sa propre subsistance.On lui&nbsp;a inculqu&eacute; des id&eacute;es fausses,on l'a manipul&eacute; encore et encore jusqu'&agrave; la perte de sa propre conscience et de sa confiance personnel.Faut-il que je m'&eacute;tonne si Elena a des consid&eacute;rations surprenantes mais infiniment attendrissantes?&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pietr&nbsp;va t'il en finir un jour avec sa crise d'adolescent?.Il n'aime pas sa m&egrave;re,c'est pourquoi il vit avec Elena dans la maison voisine.Il envisagera l'avenir avec&nbsp;s&eacute;rieux lorsque sa g&eacute;nitrice cessera de lui faire de l'ombre.Il est &agrave; la fois empli de folles esp&eacute;rances et de p&eacute;ssimisme,il avance entre les rives de la vie en essayant d'y trouver son petit bonheur ambitieux.L'&eacute;cervell&eacute; a stopp&eacute; ses &eacute;tudes&nbsp;en premi&egrave;re ann&eacute;e d'universit&eacute; sans une id&eacute;e&nbsp;de ce qu'il deviendrait alors.Un coup de d&eacute;s favorable lui sera indispensable.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mes adieux au toutou sont un moment de tendresse illimit&eacute;e,je ne l'oublierai jamais ce h&eacute;ros squelettique.Je le baptise Yogi,le chien au territoire de deux m&egrave;tres carr&eacute;s,aux prunes lui tombant sur le cr&acirc;ne,au quart de litre de jus de l&eacute;gumes&nbsp;comme pitance quotidienne,le gentil cabot &agrave; l'air joyeux qui&nbsp;d&eacute;montre que l'on peut respirer heureux priv&eacute; de tout,seulement abreuv&eacute; &agrave; la source d'une vrai vie,la sienne.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elena m'embrasse,les yeux humides,m'applique ses l&egrave;vres chaudes et us&eacute;es sur mes joues muscl&eacute;es.Je lui&nbsp;fus,dans ses jours r&eacute;p&eacute;titifs,une parenth&egrave;se r&eacute;cr&eacute;ative,une part d'abandon et un r&eacute;veil de certaines de ses pens&eacute;es enfouies,un&nbsp;besoin de nostalgie.&nbsp;&nbsp; Pietr m'accompagne,m'escorte jusqu'&agrave; la grande route de Pietra N&eacute;amt par le&nbsp;sentier se faufilant entre les parcelles cultiv&eacute;es;Les gazouillis&nbsp;des petits oiseaux fusent et vibrent,ils &eacute;gayent de leurs m&eacute;lodies l'espace&nbsp;rustique;Le b&ecirc;lement d'un mouton fixe le temps de ce doux d&eacute;cor,un lapin bondit,la queue fr&eacute;missante,ajoutant sa vie de b&ecirc;te &agrave; poils aux alentours palpitants.Mon copain pousse mon v&eacute;lo&nbsp;avec l'autorit&eacute; d'un h&ocirc;te gratifiant son invit&eacute; d'une&nbsp;pr&eacute;venance totale.Nous sommes las de quarant-huit heures avec nos parlers anglais tr&egrave;s imparfaits,de nos intellects &agrave; la recherche mentalement d'une traduction,d'un mot &agrave; entendre dans nos esprits avant de le prononcer &agrave; haute-voix.Nous nous s&eacute;parons alors que nos amusants bavardages devenaient presque inintelligibles.J'assure Pietr de sa bienvenue chez moi dans la Loire lorsque la boucle du tour d'Europe sera boucl&eacute;e.Adieu Iona,Elena,Pietr et Yogi,au revoir &agrave; tout ceux&nbsp;j'ai crois&eacute;s un instant dans ce vallon moldave,dans cette rustique campagne o&ugrave; j'ai visit&eacute; des autrefois subjectifs&nbsp;que j'ignorais,o&ugrave; l'intervalle de deux rotations terrestres&nbsp;j'ai&nbsp;respir&eacute; tel un casse-cou prot&eacute;g&eacute;,o&ugrave; sans doute ai-je&nbsp;pr&eacute;f&eacute;r&eacute; apercevoir que le plus beau et le plus doux.J'ai une certitude n&eacute;anmoins,dans les ann&eacute;es 2000,la grande majorit&eacute; des&nbsp;habitants sont heureux de vivre ici en Roumanie et ailleurs&nbsp;naturellement dans&nbsp;cette empire d&eacute;mocratique,dans cette nation paroissiale.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le v&eacute;lovoyageur va de solitudes en rencontres,de jours sans la moindre aide ou main tendue &agrave; d'autres&nbsp;pendant lesquelles on s'empresse autour de lui en petits soins,en aimables familiarit&eacute;s,de bienveillances diverses.A nouveau seul sur ma selle,flanqu&eacute; des mes quatre valoches suspendues aux porte-bagages,il en est fini de mon ballon d'oxyg&egrave;ne chez les inoubliables amis.Mon d&eacute;cor est &agrave; nouveau celui de la faune,de la jungle routi&egrave;re:Vieux et camions neufs,car en fin de vie allant sa navette,Dacias aux couleurs &eacute;clectiques,Logans neuves aux teintes neutres m&eacute;tallis&eacute;es,voitures de riches quelquefois,attelages tous aussi folkloriques les uns que les autres,tracteurs en partie d&eacute;mantibul&eacute;s,v&eacute;los de jadis grin&ccedil;ants,vieilles carcasses crachants d'horribles gaz noircis,pi&eacute;tons de tout &acirc;ges errant le long de la chauss&eacute;e d&eacute;fonc&eacute;e,constell&eacute;e de nids de poule.Un contraste de genre saisissant,un m&eacute;lange de mis&egrave;res habituelles,de petites richesses tranquilles,et de quelques pachas ou nababs vaguement &eacute;coeurant&nbsp;aux volants de grosses cylindr&eacute;es.La ville&nbsp;a perdu ses vieux murs lors des d&eacute;cennies de croissance relative allant des ann&eacute;es 1930 &agrave; celles de 1970,la plupart des constructions en b&eacute;ton&nbsp;sont de facture ancien-moderne.Depuis quelques ann&eacute;es,un nouvel essor &eacute;conomique redonne fiers allures,dynamisme et agitation aux cit&eacute;es roumaines.La grande art&egrave;re principale de l'agglom&eacute;ration,les villes suivent des plans d'urbanisation simplissimes et s'&eacute;tirent dans un unique et principal sens longitudinal,est assez belle,agr&eacute;able,color&eacute;e,gaie,moderne.Funambule p&eacute;dalant,homme actionnant par une m&eacute;canique r&eacute;p&eacute;titive ses muscles r&ocirc;d&eacute;s et ad&eacute;quats,esprit d&eacute;pays&eacute; et parfois d&eacute;rout&eacute;&nbsp;en permanente alerte,je sonde&nbsp;les logos et les pancartes,les enseignes &agrave; la p&ecirc;che &agrave; la Poste centrale.Les acad&eacute;miques,tr&egrave;s conventionnels usagers de l'administration garnissent l'enceinte aux guichets.Je patiente &eacute;bloui ou distrait.Les employ&eacute;s remplissent leurs devoirs r&eacute;mun&eacute;r&eacute;s avec nonchalance,cons&eacute;quence de vieilles inqui&eacute;tudes&nbsp;au sujet des formes idoines&nbsp;de leurs travaux.Les timbres sont coll&eacute;s &agrave; l'enveloppe sous le mart&egrave;lement de petits coups de poing opportuns,je souhaite vraiment que mes cartes souvenirs arrivent&nbsp;en France.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>]]></content:encoded>
	   
    <dc:creator><![CDATA[vélocampeur]]></dc:creator>
    <dc:language>fr</dc:language>
    <dc:date>2007-01-27T11:00:16+02:00</dc:date>
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  <item rdf:about="http://didou.i-clic.net/article-101450.html">
    <title><![CDATA[Mes émotions roumaines]]></title>
    <link>http://didou.i-clic.net/article-101450.html</link>
				 <content:encoded><![CDATA[<p>Mon arriv&eacute;e en Roumanie fut un choc de plein fouet pour mon esprit de nomade,c'&eacute;tait le dix-neuvi&egrave;me pays de mon parcours et je savais que je verrai des choses uniques &agrave; ce pays.Mais ce fut plus que mon imagination avait suppos&eacute;.D&eacute;j&agrave; au poste fronti&egrave;re lorsqu'un douanier roumain v&eacute;rifia mon passeport,je fut intriguer par sa fa&ccedil;on pas s&eacute;rieuse d'&ecirc;tre s&eacute;rieux qui est un aspect du comportement de beaucoup l&agrave;-bas.Quelques kilom&egrave;tres sur une route d&eacute;fonc&eacute;e et me voici dans le fouillis indescriptible,inimaginable,d'une petite ville.Un m&eacute;lange de taudis avec quelques signes de modernit&eacute;.Des constructions qui tiennent difficilement debouts,des r&eacute;habilitations &agrave; la h&acirc;te avec les moyens d&eacute;tourn&eacute;s du moment,des volailles qui se sauvent devant les vieilles &quot;caisses&quot; de toutes les couleurs,des chiens errants et maigres,voil&agrave; une partie du tableau o&ugrave; j'ai tout &agrave; coup atterri.A ma premi&egrave;re impression du lieu,je doutais anxieusement d'obtenir des Lei et une carte routi&egrave;re dans ce rocambolesque bourg &agrave; l'anarchie d&eacute;brid&eacute;e.Je ne savais rien alors du pays qui m&egrave;le la pagaille majoritaire &agrave; une soci&eacute;t&eacute;&nbsp; bien r&eacute;elle,mais d&eacute;sordonn&eacute;e &agrave; souhait et pleine de situations&nbsp;comiques.Il y avait un caf&eacute; internet o&ugrave; des ados en haillons se pressaient,il y avait une banque telle un salon au centre d'un chantier boueux,il y avait un kiosque &agrave; journaux jurant avec le cadre.Il y avait moi sur un v&eacute;lo&nbsp;dans un d&eacute;cor o&ugrave; finalement tout semblait aller de soi&nbsp;malgr&eacute; une &eacute;vidente absence d'organisation.Une d&eacute;partementale derni&egrave;rement goudronn&eacute;e,-C'est&nbsp;agr&eacute;able dans ce pays o&ugrave; la plupart des routes sont en tr&egrave;s piteux &eacute;tats-,me conduit vers Satu Mare,ville de cent-dix mille habitants du Nord-Ouest du pays.Je croise des carrioles &agrave; chevaux,transportant de un &agrave; sept ou huit&nbsp;passagers,parfois euphoriques sous l'effet de la fougue des deux ou de l'unique &eacute;quid&eacute;s.La plupart&nbsp;transportent&nbsp; de l'herbe fra&icirc;che&nbsp;coup&eacute;e &agrave; la faux&nbsp;pour la&nbsp;ou les deux ou trois vaches&nbsp;&agrave; demi aveugles dans une&nbsp;vieille &eacute;table.Des hommes vivent seuls dans des cabanes en bottes de paille,dans les champs pr&egrave;s de l'axe routier,dehors pr&egrave;s de leur logis il ya un coin feu de bois et chaudron de cuisine ainsi qu'une r&eacute;serve d'eau potable dans un f&ucirc;t en plastiqueQuelle est l'emploi du temps de ces hommes?Les d&eacute;couvertes&nbsp;d&eacute;filent trop vite ce premier jour roumain et dans mon esprit les questions se bousculent mais&nbsp;restent sans r&eacute;ponse.Des marchands &agrave; la sauvette,regroup&eacute;s en fratries ou en clans proposent fruits et l&eacute;gumes de leurs potagers pour am&eacute;liorer le peu de l'ordinaire des jours.Pommes,poires,prunes,pommes-de-terre,poireaux,past&egrave;ques empil&eacute;s en petits monuments se trouvent &agrave; gauche et &agrave; droite de mon trajet.Ces march&eacute;s noirs des&nbsp;bords de routes permettra &agrave; tout ces gens de s'offrir en plus du pain journalier,une bouteille&nbsp;de bi&egrave;re,un peu de viande,des cigarettes...Des boh&eacute;miens en roulottes jettent la peau piquante d'un h&eacute;risson qui rotira &agrave; leur campement,celle-ci atterrie sur la roue avant de mon v&eacute;lo.C'est si dr&ocirc;le que je trouve la vie belle et g&eacute;n&eacute;reuse en cocasseries pour moi.Ces fils du vent fouillent dans les immondices,r&eacute;cup&egrave;rent des objets flottants dans les cours d'eau,vendent des champignons des bois &agrave; la sauvette...Je suis &agrave; Satu Mare,j'ai quitt&eacute; provisoirement un mode de vie m&eacute;di&eacute;val pour bondir de quelques si&egrave;cles en avant de l'&eacute;volution du genre humain.Le paysage urbain est&nbsp;&nbsp;celui d'une&nbsp;ville moderne comme il y en a dans la plupart des pays:services,commerces,divertissement culturels...Elles se ressemblent de plus en plus.C'est assez triste cette standardisation mais c'est aussi pratique pour mener son affaire de voyageur &agrave; v&eacute;lo.Je me relaxe assis &agrave; une terrasse de caf&eacute;.Il y a dans les rues des tr&egrave;s &eacute;langants,polis et rinc&eacute;s d&eacute;tails par d&eacute;tails,et des mis&eacute;reux&nbsp;loqueteux.Les contrastes entre la population est saississant.A un feu tricolore,une gamine de dix ans fait la manche avec un b&eacute;b&eacute; entre ses bras,&agrave; un autre un unijambiste s'adonne au m&ecirc;me exercice.La mis&egrave;re s'affiche volontairement ,on en rajoute m&ecirc;me dans le but d'obtenir monnaie sonnante et tr&eacute;buchante.La fin du jour approche,l'heure d'acheter les quotidiennes victuailles;Ces achats,ces ru&eacute;s dans les alimentations sont un plaisir pour moi,une raison de plus d'aimer mes p&eacute;riples v&eacute;locip&egrave;des.Dans trente pays d'Europe,combien de temps ai-je pass&eacute; &agrave; poser mes pieds de cycliste devant les rayons de ces commerces?Combien de paquets diff&eacute;rents ai-je eu sous les yeux lors de ces petites tribulations o&ugrave; les muscles de mes jambes se d&eacute;contractent?.Je suis dans une boucherie,et les boucheries c'est&nbsp; dr&ocirc;les ou pitoyables.Cette fa&ccedil;on innocente qu'on les hommes de croquer de l'animal,cet instinct f&eacute;roce difficilement alt&eacute;rable,trouvez cela comme vous voudrez,fa&icirc;tes en votre plat d'humeur.Je suis donc dans une boucherie au nord de la Roumanie,le boucher et sa femme c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te derri&egrave;re l'&eacute;tal ne connaissant pas le moindre mot d'anglais et de mon c&ocirc;t&eacute; j'en ai dix&nbsp;de roumain &eacute;crits sur un bout de papier&nbsp;non utiles&nbsp;en cette circonstence.Je viens de quitter ma selle,pas mal assom&eacute; de fatigue par la premi&egrave;re &eacute;tape tout en folklore,alors choisir&nbsp;un morceau&nbsp;de prot&eacute;ines est une gageure.Je demande une tranche de veau,je ne suis pas bien s&ucirc;r au fait et je l&acirc;che un au-revoir en roumain dans le doute total d'une audible prononciation.Un sourire se dessine sur les visages des commer&ccedil;ants ce qui me rassure pour la suite.Les roumains sont des personnes simples,qui&nbsp;allient une franchise quelque peu pu&eacute;rile&nbsp;&agrave; de la n&eacute;gligence ici ou l&agrave;.Dans les &eacute;piceries j'ai assez souvent des soucis de distinction devant ces produits alimentaires inconnus &agrave; mes yeux de petits fran&ccedil;ais conditionn&eacute; par son pays.Ici,je voulais du miel et j'ai eu entre les doigts de la cr&egrave;me au citron,l&agrave; j'ai achet&eacute; du hareng sucr&eacute; en bocal que mes papilles malgr&eacute; le renfort d'un esprit positif ont constest&eacute; sans r&eacute;mission.Fin d'apr&egrave;s-midi,le moment du jour o&ugrave; la question de ma nuit me taraude,une route secondaire me fait quitter l'art&egrave;re bruyante et de plus r&eacute;pr&eacute;sente un raccourci int&eacute;ressant sur ma direction,cela dit dans ce pays ce genre d'initiative&nbsp;signifie haut-risque de pistes d&eacute;fonc&eacute;es.Le choix s'impose malgr&eacute; tout.Il pleut fort ce qui ajoute &agrave; mon angoisse relatif &agrave; un bon bivouac,cette&nbsp;voie est en fait une piste avec des trous et des flaques d'eau plus &eacute;tendues que les parties &agrave; peu pr&egrave;s pratiquables o&ugrave; je zigzague incoyablement entre des bas-c&ocirc;t&eacute;s tout &agrave; fait insalubres Les attelages au rythme pr&eacute;ss&eacute; font concurrence aux Dacia bringuebalantes.Ils courent apr&egrave;s leurs maigres pitances journali&egrave;res.Leur vie comme toute les autres est une habitude&nbsp;et je devine&nbsp;que leurs rondes&nbsp;sont malgr&eacute; tout providentielles.Je n'ai pas besoin de m'&eacute;riger des r&egrave;gles de respect face &agrave; ces gens,habitants d'un pays plus pauvre que le mien,&nbsp;dont j'ignore les richesses d'&acirc;mes. Humble cyclocampeur,j'ai l'avantage de ne jamais ou presque soulever de convoitises.Un marginal,un allum&eacute;,un aventurier,un isol&eacute;,telle est l'identit&eacute; que je sugg&egrave;re.Je passe et automatiquement je m'impr&egrave;gne des endroits o&ugrave; mes roues tournent.De cette immersion je suis b&eacute;nie car ma soif d'&eacute;vasion est abreuv&eacute;e &agrave; souhait et ainsi j'aime sans pr&eacute;jug&eacute;s,je fais face na&iuml;vement au spectacle incessant sur ma route nomade.Mes &eacute;tapes sont rythm&eacute;es par mes demandes d'eau potable chez les autochtones et cela aboutit parfois &agrave; des amiti&eacute;s de passage fort pr&eacute;cieuses comme ce soir dans cette Roumanie o&ugrave; j'ai la sensation continuelle d'&ecirc;tre en plein coeur des&nbsp;tr&eacute;pidences.Ce peuple&nbsp;fabrique beaucoup d'agitation&nbsp;qui supplait &agrave;&nbsp;la chiche condition de la majorit&eacute;.Un sc&eacute;n&eacute;rio bien r&ocirc;d&eacute; se reproduit pour mon plus grand bonheur quasiment chaque jour,apr&egrave;s&nbsp;que mes deux yeux se soient &eacute;carquill&eacute;s&nbsp;le temps de kilom&egrave;tres me semblant alors interminables,la fatigue alt&eacute;rant mes perceptions et ma patience,je trouve le peu dont j'ai vitalement besoin:Un emplacement pour la guitoune et&nbsp;trois litres d'eau potable(minimum).Je suis invit&eacute; &agrave; passer ma nuit dans le jardin,qui est plut&ocirc;t un terrain vague,de&nbsp;Georges et Anna.L'hospitalit&eacute; des habitants est une aubaine pour le cyclocampeur,une simple douche des minutes de douce d&eacute;tente bienheureuse.J'essaie de m'accomoder de tout ce que l'on m'offre,d'une part par gentillesse envers mes convives mais aussi parce que je pense que&nbsp;tout ce que les hommes donnent de bon coeur &agrave; une valeur &agrave; ne pas spolier.Je peine &agrave; trouver un empla&ccedil;ement dans ce terrain derni&egrave;re cat&eacute;gorie et puis un gros chien&nbsp;me taquine un peu f&eacute;rocement,quant &agrave; la douche qui arrive,ce sera un petit filet d'eau froide debout dans une vieille baignoire.C'est&nbsp;d&eacute;j&agrave; &ccedil;a,beaucoup d'autres soirs,je serai plus mal loti avec le confort.J'ai dormi sur la neige,sous la tente &eacute;cras&eacute;e par un vent violent,sur les ronces,sur des gros cailloux,sur une pelouse en plein Rome, avec des cochons ou des vaches autour de la tente,au milieu des moutons dans une bergerie,&agrave; la place d'une jument dans une cabane,avec des chiens errants dans une maison abandonn&eacute;e,parmi des gens du voyage dans des campements de fortune,dans un cabanon&nbsp;empli de bouts de bois(pr&egrave;s du Cap Nord),dans des cabanes &agrave; foin en Roumanie,dans plusieurs vignes,sur des plages &agrave; la belle &eacute;toile,dans des chapelles,dans un presbyt&egrave;re,dans les bois avec des renards,des &eacute;lans et peut-&ecirc;tre des ours alentours,dans une carcasse de voiture&nbsp;entour&eacute; par une colonie&nbsp;de chats,sur des sommiers sans matelas dans des maisons inhabit&eacute;es,dans les cassissiers pr&egrave;s d'un monast&egrave;re,dans un mar&eacute;cage,dans une barque,sur les ferries,sur un terrain de golf,dans une salle des f&ecirc;tes,dans des endroits infest&eacute;s de moustiques,de mouches,de sangsues,dans une reserve naturelle interdite au camping o&ugrave; je me suis fondu dans le paysage,dans le bahut d'un camion abandonn&eacute;,sous un pont,dans des h&ocirc;tels de mis&egrave;re plus ou moins sordides.Le&quot;breakfast&quot; offert par mes h&ocirc;tes est le temps d'un de ces inoubliables moments de convivialit&eacute; que ma route favorisent.Lors de ces invitations &eacute;clairs je vis les moments&nbsp;avec&nbsp;une adaptation formidable.Rien n'entrave mon esprit et de mes amis de l'instant &agrave; la fois tr&egrave;s proches et&nbsp;&agrave; un bout d'ann&eacute;e lumi&egrave;re&nbsp;de moi,je&nbsp;ressens les fibres des existences avec v&eacute;rit&eacute;,je devine leurs quotidiens habilement.Ces fraternit&eacute;s de passage sont des instants favoris&eacute;s&nbsp;aussi pour&nbsp;les gens qui m'ouvrent leurs portes car les cyclocampeurs portent charisme contagieux de leur&nbsp;nomadisme et nos existences d&eacute;cal&eacute;es irradient l'air de l'aventure se portant bien.Georges et Anna sont deux ing&eacute;nieurs retrait&eacute;s.Je veux bien!Vu leur tr&egrave;s modeste situation mat&eacute;rielle,n&eacute;anmoins assez privil&eacute;gi&eacute; dans la Roumanie de 2006,je devine l'h&eacute;ritage de l'ancienne dictature et le chaos duquelle le pays peine &agrave; se relever.Les plus &acirc;g&eacute;s pour la plupart ne franchiront pas&nbsp;le pas pour une nouvelle forme d'&eacute;xistence,quant aux plus jeunes,c'est dans l'anarchie et la confusion,que souvent ils se d&eacute;battent pour une vie plus brillante.Le pays&nbsp;est lanc&eacute; dans&nbsp;la course&nbsp;intr&eacute;pide&nbsp;&agrave; l'occidentalisation et sous sa d&eacute;pendance,miroir aux alouettes ou fontaine de jouvence.Je d&eacute;guste&nbsp;le caf&eacute;,la jeune fille de la maison re&ccedil;oit son petit copain et tout deux s'en vont dans une chambre pour&nbsp;du plaisir.J'appr&eacute;cie la simplicit&eacute;,la transparence qui &eacute;mane de la fa&ccedil;on d'agir des&nbsp;gens ici.Je suis sur la sc&egrave;ne d'un gigantesque th&eacute;&acirc;tre &agrave; ciel ouvert.Tr&egrave;s peu&nbsp;de vanit&eacute; chez eux,pas de v&eacute;ritable fiert&eacute; mais la vie laborieuse &agrave; poursuivre dans un continuel jeu &agrave; r&eacute;ussir,&agrave; ne pas perdre.Ainsi la pauvret&eacute; de beaucoup est un atout de fraternit&eacute;,en tout cas de loyaut&eacute;.L'enti&egrave;re matin&eacute;e&nbsp;nous bavardons avec un m&eacute;lange de mots fran&ccedil;ais,anglais et roumains,buvotant&nbsp;six ou sept caf&eacute;s.Il n'y a pas vraiment autre chose comme douceur.Je comprends qu'il tiennent &agrave; leur maigre r&eacute;serve.Les roumains&nbsp;&agrave; l'image de Georges et Anna&nbsp;pr&eacute;f&egrave;rent rirent d'eux m&ecirc;me,ils ont l'art d'entretenir une joie de vivre b&acirc;tie sur pas grand chose mais pr&eacute;cieuse comme un&nbsp;soleil chaud le matin quand il a fait froid dans la maison&nbsp;non&nbsp;chauff&eacute;e.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'heure&nbsp;du red&eacute;part,le 120 &egrave;me de mon voyage,et &agrave; chaque fois&nbsp;ce bonheur l&eacute;ger de se sentir partir vers&nbsp;d'autres aventures.Une pluie diluvienne claque sur la&nbsp;chauss&eacute;e d&eacute;fonc&eacute;e,il faut &ecirc;tre un f&eacute;l&eacute; du v&eacute;locamping qui a choisi de ne pas avoir le choix avec les intemp&eacute;ries pour zizgager entre les trous,les poules et les dacias en&nbsp;ce milieu de journ&eacute;e alors que je renifle les odeurs de&nbsp;cuisines qui planent entre les&nbsp;maisons,les taudis,les barraques en bois recouvertes de t&ocirc;les ondul&eacute;es.Je hume des senteurs de viandes,de patates et de haricots chauds,je devine &agrave; peine d'autres exhalaisons simples et r&eacute;confortantes.Je ne stresse pas&nbsp;au sujet d'une&nbsp;&eacute;ventuelle ins&eacute;curit&eacute; dans cette campagne piment&eacute;e de toute part par l'&acirc;me roumaine autochtone&nbsp;que j'apprivoise &agrave; ma fa&ccedil;on.Le c&ocirc;t&eacute; bon enfant g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; est rassurant.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le&nbsp;tracas&nbsp;le plus ennuyeux&nbsp;du nomade &agrave; v&eacute;lo est de resister aux pluies du ciel sans devenir une &eacute;ponge grelottante,l'&eacute;quipement id&eacute;al &eacute;xiste-t'il, moi je ne le conna&icirc;s pas.Mes derniers recours&nbsp;pour ne pas jeter l'&eacute;ponge,des sacs &quot;plastocs&quot; sur mes vieilles sandales et changer au moment opportun le tee-chirt d&eacute;tremp&eacute; sur ma peau,un point c'est tout.En r&eacute;alit&eacute;,j'aime voyager &agrave; la dure,je pense que c'est ainsi que je dois visiter le monde,que mon corps&nbsp;me parle et comprends mieux que mon esprit paralys&eacute; sous l'effort du p&eacute;dalage,le d&eacute;cor de ma route et tout les pourquoi qu'il soul&egrave;ve.Des chars tract&eacute;s le plus souvent par un cheval adulte et un grand poulain,ing&eacute;nieusement attel&eacute;s,transportent parfois une famille enti&egrave;re,de l'herbe fra&icirc;che,des past&egrave;ques,des vieux meubles...Je double ces &eacute;quipages&nbsp;en fr&ocirc;lant la vie de ces autres nomades, nous sommes&nbsp;infiniment diff&eacute;rents pourtant nos qu&ecirc;tes d'id&eacute;al se rejoignent.En cela diff&eacute;rent des turcs par exemple,rarement un roumain fit des gestes de salut &agrave; mon passage.C'est quelquefois de plusieurs centaines de m&egrave;tres que l'on voit se pointer le bonhomme,le v&eacute;lo et les vingt,trente ou&nbsp;quarante kilos de chargement.Quelle est&nbsp;cette intrus semblant toute pacifique qui s'approche&nbsp;l&agrave;?En Roumanie,l'on communique beaucoup par la fa&ccedil;on de se regarder,par les expressions s'inscrivant sur les visages.Les gens&nbsp;qui sillonnent les routes sont pudiques,enfantins et je&nbsp;suppose,fatalistes,mystiques.Ils s'en remettent &agrave; leur sort avec des airs de religion sans avoir besoin de pratique.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les &eacute;clairs&nbsp;sont bas,aveuglants,de t&eacute;rrifiants serpents g&eacute;ants de feu,le tonnerre est tonituant,la route se transforme en un cours d'eau,le jour est devenu nuit,je suis devenu un vagabond de l'impossible.Je me r&eacute;fugie dans les vestiaires d'une petite usine de m&eacute;canique.Les lieux me rapellent&nbsp;certaines choses d'autrefois dans ma vie.La culture roumaine comme la fran&ccedil;aise est principalement d'origine latine,et cela explique le parrall&egrave;le,les comparaisons des deux pays s'imposant &agrave; moi &eacute;videmment.Leur esprit dans l'action,leurs rapports humains,leurs fa&ccedil;ons en tout,ont quelque chose de chez nous.Ce qui est dr&ocirc;le,c'est la diff&eacute;rence dans la ressemblance.Leurs vies ont l'air plus lourdes,plus lentes,plus sommaires et pourtant il y a du fran&ccedil;ais dans le roumain.Et j'&eacute;pprouve naturellement de la tendresse pour ces demi-fr&egrave;res de culture.J'ai le loisir d'&eacute;changer quelques mots avec une ouvri&egrave;re,mon linge d&eacute;tremp&eacute; s&eacute;chera pr&egrave;s du po&ecirc;le &agrave; charbon,et l'on m'offre un caf&eacute;,puis l'&eacute;claircie du ciel me permet d'enfourcher le v&eacute;lo regaillardi et optimiste.Quelques kilom&egrave;tres le coeur l&eacute;ger:L'id&eacute;e &agrave; l'esprit que dans cette r&eacute;gion du monde je peux&nbsp;compter sur la charit&eacute; des uns et des autres.Nouvel orage,le d&eacute;luge toujours:Cette fois-ci,je trouve abri dans le hall&nbsp;d'un supermarch&eacute;.Le v&eacute;lo est abrit&eacute;,il y a des petits pains et des boissons chaudes.La population color&eacute;e s'adonne &agrave; ses affaires d'emplettes.L'endroit est id&eacute;al pour observer le consommateur dans son temple &quot;new look&quot;,pour comprendre un certain niveau de vie propre au pays.Il y a de dr&ocirc;les de caddies avec une partie coulissante,faisant songer &agrave; un tiroir.Je constate que les clients ach&egrave;tent une importante&nbsp;r&eacute;serve d'une m&ecirc;me denr&eacute;e,d'une chose,diff&eacute;remment de nous autres qui le plus souvent achetons un peu de tout en petite quantit&eacute;.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De quoi se compose le plus&nbsp;habituellement mon alimentation de voyageur-sportif &agrave; v&eacute;lo?:Les incontournables:Bananes(fruit universel en vogue&nbsp;pareillement dans&nbsp;les&nbsp;centres villes encombr&eacute;s que dans les campagnes les plus d&eacute;sertes),les p&acirc;tes,le chocolat,les yogourts,le muesli,le th&eacute;,le caf&eacute;,et le reste;C'est &agrave; dire un peu&nbsp;de tout mais surtout pas n'importe quoi car je veille &agrave; une alimentation &eacute;quilibr&eacute;e,c'est tant profitable pour l'endurance sur le v&eacute;lo.Ai-je le temps de cuisiner les soirs au bivouac?Je n'en ai ni vraiment la force,ni vraiment la n&eacute;c&eacute;ssit&eacute;.Sauf &eacute;laborer vite fait une sauce pour mon plat de sucre lent,faire cuire une tranche de viande,suivre les indications d'un plat &agrave; r&eacute;chauffer,je ne cuisine pas davantage.Dans les pays bon march&eacute; (Pays Baltes,Ex bloc de l'est),les restaurants &eacute;taient avantageux.Plus besoin de me casser le t&ecirc;te,pour plus ou moins cinq euros,je pouvais me rassassier servi comme le prince.Le voyage-v&eacute;locamping&nbsp;demande une adaptation continuelle,qui sera plus intense&nbsp;pour les &nbsp;bourses r&eacute;tr&eacute;cies et peu garnies.Les deux cent jours de ce tour d'europe m'ont co&ucirc;t&eacute; seize euros la journ&eacute;e.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis d&eacute;pays&eacute; surtout par les anachroniques fa&ccedil;ons de vivre et les d&eacute;cors particuliers qui vont avec.Ce d&eacute;calage est&nbsp;pour beaucoup une des&nbsp;cons&eacute;quences de la dictature Ceausescu,chef de l'&eacute;tat de 1967 &agrave; 1989.Aussi,je pense que le pays,tout nouveau membre de la CEE,ira mieux &agrave; l'avenir.Ils&nbsp;ont souffert de vaches maigres nos amis des Carpates,du Danube,de la Mer Noire,et qui a s&ucirc; survivre comme eux devient plus s&ucirc;rement un heureux citoyen du monde lorsqu'un peu d'or remplace le pain noir.Je dois repartir sous la pluie et traverser de part en part la ville de Ba&iuml;a Mare car sinon je risque de passer la nuit &agrave; proximit&eacute; du supermarch&eacute;.A choisir entre un campement sur&eacute;aliste et &ecirc;tre totalement mouill&eacute;,le moins ennuyeux est la seconde alternative.J'avance asperg&eacute; par les automobiles,aveugl&eacute; par la r&eacute;verb&eacute;ration des feux,m'arr&ecirc;ter et consulter ma carte est compliqu&eacute;,alors je progresse tr&egrave;s&nbsp;concentr&eacute;,r&eacute;gulier,imp&eacute;cablement droit sur le v&eacute;lo et je trouve mon chemin avec la boussole.La v&eacute;ritable &acirc;me du cyclocampeur se r&eacute;v&egrave;le dans ses moments pr&eacute;caires o&ugrave; la seule alternative est de poursuivre le p&eacute;riple vaille que vaille,sachant qu'apr&egrave;s la peine il y aura du r&eacute;confort proportionnellement bon &agrave; l'&acirc;pret&eacute; de l'&eacute;preuve franchie.Je me fais penser &agrave; une statue de fontaine o&ugrave; l'eau coule sans cesse tout autour lorsque je stoppe&nbsp;&agrave; une &eacute;picerie.Le poncho est une serpill&egrave;re&nbsp;qui joue le r&ocirc;le d'une combinaison de plong&eacute;e et maintient mon corps &agrave; ti&egrave;de temp&eacute;rature.Les deux jeunes femmes du magasin sont charmantes,si la po&eacute;sie est la nourriture des pauvres,elles savent la conjuguer avec leur petite affaire de commerce alimentaire.La finesse de leurs silhouettes,h&eacute;ritage de repas frugaux,la douceur de leurs gestes,l'&eacute;clat tendre de leurs yeux,les aimables,amoureux contrastes des couleurs de leurs habillements,le coeur qu'elles font de leurs quelques bijoux,tout ceci me berce tel un enfant&nbsp;dans l'esprit tr&egrave;s juv&eacute;nile&nbsp;de cette contr&eacute;e&nbsp;o&ugrave; je red&eacute;couvre mes &eacute;mois.Cette &eacute;tape diluvienne,le sera jusqu'au bout et pour corser le plaisir &quot;masochiste&quot; du cycliste sans fronti&egrave;re,ce jour pour mollets d'acier se termine par un col qui dans ses premi&egrave;res pentes traversent les faubourgs nord de Ba&iuml;a Mare,&nbsp;d&eacute;labr&eacute;s,louches.Certains ne s'inqui&egrave;tent pas de la douche gratuite qu'il re&ccedil;oivent d'en haut et restent planter le long de la voie,chassant peut-etre une odeur pour une autre.Odeur de jour ou de nuit,odeur de la terre,du feu,de l'eau,odeur de l'espace,odeur de la mis&egrave;re et de la nouvelle qu&ecirc;te du Graal,celle du messie des pays riches de l'ouest,parfum poignant du pays sous lequelle je succombe&nbsp; &eacute;mu et plein d'une &eacute;nergie folle.L'agglom&eacute;ration reste un &eacute;cho dans mon sillage,je suis maintenant seul dans une for&ecirc;t,sur une route qui monte en lacets,bombard&eacute; par le d&eacute;luge.C'est un de ces soirs o&ugrave; mon esprit doit se cramponner &agrave; l'id&eacute;e que &nbsp;toujours je trouve&nbsp;mon petit bonheur apr&egrave;s avoir suer comme un exhil&eacute; du genre humain.Une station de sport d'hiver est &agrave; quatre kilom&egrave;tres,la d&eacute;clivit&eacute; de mon trajet d'esclave du bivouac s'accentue.Pourvu que ce soit le mieux possible o&ugrave; je passerai la nuit sous ma guitoune ou sous un toit en dur.C'est dans un de ces&nbsp;moments de la vie&nbsp;o&ugrave; l'on se trouve perdu quelque part,sans plus rien pour se&nbsp;reconna&icirc;tre,se rep&eacute;rer,avec l'obscurit&eacute;,les&nbsp;masses ombrageuses des arbres,le bruit de l'eau en trois dimensions,&agrave; trois cent soixante degr&eacute;s,encercl&eacute; par un chaos d&eacute;risoire et un peu lugubre,que je pose &agrave; terre le pied final de cette croisi&egrave;re&nbsp;sous avalanche humide.Le complexe h&ocirc;telier&nbsp;moderne &agrave; des airs&nbsp;de monast&egrave;re ou encore&nbsp;de pensionnat&nbsp;pour filles, aussi&nbsp;vaguement&nbsp;que d'un h&ocirc;tel,une architecte d'aujourd'hui qui ne r&eacute;chauffe pas mes sens alors que je suis dans un&nbsp; &eacute;tat&nbsp;endorphique,ne mesurant plus rien de moi-m&ecirc;me,absorb&eacute; par la pr&eacute;ocupation de mon asile nocturne.Les piteux &eacute;tats&nbsp;du cycliste et de sa monture sont&nbsp;telles que je refuse de me pr&eacute;senter &agrave; la reception de cet endroit con&ccedil;u pour la petite part du camenbert repr&eacute;sentant&nbsp;les plus riches.J'installe ma tente sur la dalle en b&eacute;ton du d&eacute;part du t&eacute;l&eacute;si&egrave;ge,en d&eacute;pla&ccedil;ant les outils et les planches des ouvriers qui me r&eacute;veilleront demain matin,j'&eacute;vite &agrave; quelques centim&egrave;tres pr&egrave;s de me faire&nbsp;culbuter par les si&egrave;ges si jamais tout &ccedil;a se mettait en route subitement.Un de mes plus mauvais bivouac d'homme errant du v&eacute;lo mais je suis au sec.Il y a toujours un toit pour le nomade v&eacute;locip&egrave;de,le monde est si vaste,l'univers si g&eacute;ant,nu comme un ver&nbsp;luisant dans la position du foetus sous la vo&ucirc;te celeste&nbsp;ou dans un bon gros lit sous un plafond sous une charpente sous des tuiles.J'ai&nbsp;&eacute;tendu mes v&ecirc;tements tant bien que mal aux extr&eacute;mit&eacute;s des planches.La seule vue des p&acirc;tes dans l'eau bouillante me r&eacute;chauffe.Mes sacoches &eacute;tanches&nbsp;sont &eacute;fficaces et j'enfile le linge sec comme une seconde peau bienfaisante.Ma nuit sera une parenth&egrave;se dans l'ab&icirc;me&nbsp;duquel&nbsp;dame nature&nbsp;vers l'aube me tirera&nbsp;dispos pour la libert&eacute; sur la selle.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p>
<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Une petite arm&eacute;e d'ouvriers arrivent &agrave; pied de la vall&eacute;e qui me surprend la t&ecirc;te mal r&eacute;veill&eacute;e hors de la tente.Ces prolos parmi les pauvres me font songer aux personnages des romans de Zola,mal habill&eacute;s,mal peign&eacute;s,mal ras&eacute;s,certainement ill&eacute;tr&eacute;s la plupart.Ils sont presque tous de petites tailles,ce n'est ni comique,ni amusant de se faire chasser de bon matin par une meute devant empreinter un t&eacute;l&eacute;si&egrave;ge pour aller au boulot,c'est un peu les deux.L'unique chef qui se distingue par son allure beaucoup plus soign&eacute;e et par son usage de l'anglais me dit gentiment&nbsp;d'aller rendre des comptes &agrave; l'h&ocirc;tel.Un brin de toilette au petit ruisseau et me voici &agrave; la reception;Le caf&eacute; et les images de la t&eacute;l&eacute; roumaine me mettent sur pied tout &agrave; fait.Ici tout le monde il est bien,il est beau,il a de l'argent.Ca sent le frais et les croissants chauds,c'est ti&egrave;de et confortable,l'ambiance est dans le feutre.Une belle blonde,objet de douce &eacute;xitation pour ces messieurs en d&eacute;tente,sur ma demande fait venir le haut-responsable.L'homme d'une &eacute;l&eacute;gance sans faille ma&icirc;trise assez bien&nbsp;la langue de Moli&egrave;re et son accent&nbsp;m'interroge sur&nbsp;la sienne.&quot;Vous &ecirc;tes un aventurier monsieur,j'ai moi aussi voyager en v&eacute;lo&nbsp;dans mon pays lorsque je terminais mes &eacute;tudes &agrave; Bucarest.Je vous recommande les&nbsp;routes des montagnes transylvaniennes,les paysages sont superbes&quot;.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le plein du bidon,deuxi&egrave;me petite toilette de chat pour compl&eacute;ter la premi&egrave;re dans la nature et plein d'optimisme,sous un ciel d'&eacute;claircies,le solitaire et son compagnon le v&eacute;lo s'en vont &agrave; la rencontre d'un nouveau monde en&nbsp;vingt quatre heures.Premiers kilom&egrave;tres en descente:C'est grisant d'entamer facilement l'&eacute;tape dans la fra&icirc;cheur du matin alors que la&nbsp;journ&eacute;e promet du soleil,or intelligent de l'astre p&egrave;re et m&egrave;re qui s&eacute;chera les innondations derni&egrave;res.Je suis dans les montagnes des Maramures,vastes collines couvertes de for&ecirc;ts c&eacute;l&egrave;bres pour leur architecture du bois,tout au nord du pays pr&egrave;s de la fronti&egrave;re ukrainienne.Des boh&eacute;miens ont ceuilli des c&egrave;pes qu'ils veulent me vendre.Un petit village et ses portails ouvrag&eacute;s en bois,&eacute;gar&eacute; dans un pass&eacute; intact,me ravi de d&eacute;paysement.Ces portails sont&nbsp;d' imposantes signatures propres &agrave; chaque petite propri&eacute;t&eacute; dont ils donnent acc&egrave;s.Cet ouvrage a parfois plus de prix que de tout&nbsp;le reste du lieu.Prot&eacute;g&eacute;es par une petite toiture,deux portes avec des claire-voie ,une petite pour les pi&eacute;tons et une grande pour les charettes sont scell&eacute;s &agrave; de remarquables poteaux &eacute;galement&nbsp;de bois,sculpt&eacute;s de&nbsp;croix orthodoxes et&nbsp; d'autres figures et repr&eacute;sentations torsad&eacute;es,tarabiscot&eacute;es,bizarres,desquelles je ne peux vous donner plus de d&eacute;tails(Entre avancer sur un v&eacute;lo charg&eacute; et s'adonner &agrave; des &eacute;tudes de passage,il y a chez moi souvent un facheux divorce).Ce sont de v&eacute;ritables oeuvres&nbsp;d'artistes qui font la fiert&eacute;&nbsp;des gens d'ici.Ils ont &eacute;t&eacute;&nbsp;soign&eacute;s contre les attaques du temps&nbsp;avec&nbsp;un v&eacute;ritable amour pour&nbsp;ces symboles de foi et de superstition.Sur ma route arrive maintenant Yan et ses buffles qui se fend en deux pour&nbsp;avoir sa&nbsp;photo,il m'&eacute;crit son adresse sur un bout de papier avec ses gros doigts de paysan&nbsp;dans l'espoir de recevoir un jour son image,lui qui n'a peut-etre jamais p&ucirc; se voir ainsi fig&eacute; sur un rectangle de souvenir et de vol au temps.Un samedi,le jour de l'office religieux;La preuve qu'en cette contr&eacute;e les ann&eacute;es passant n'ont pas stratifi&eacute; le village en g&eacute;n&eacute;rations aux esprits diff&eacute;rents,les jeunes femmes comme les &acirc;g&eacute;es sont v&eacute;tus toutes semblablement et stationnent face &agrave;&nbsp;l'&eacute;glise d'o&ugrave; tinte la cloche dor&eacute;e de fin de messe.La &nbsp;fille&nbsp;ou la dame&nbsp;se coiffe d'un fichu,rev&ecirc;t un gilet tricot&eacute; &agrave; la maison,une jupe large tombant &agrave; mi-mollets,chausse de solides&nbsp;souliers,cette panoplie pas vraiment sexy &eacute;tant invariablement d'un noir des plus profond.C'est ainsi que l'id&eacute;al f&eacute;minin de l'&eacute;l&eacute;gance et du bon para&icirc;tre se trouve dans ce&nbsp;ghetto,sourd &agrave; la modernit&eacute;,du nord de la&nbsp;Roumanie.Le charme est certain justement d&ucirc; &agrave; l'impermabilit&eacute; de ces paysannes aux modes ext&eacute;rieures.C&ocirc;t&eacute; messieurs,le chapeau mou souple,le tricot avec ou sans motifs g&eacute;om&eacute;triques,les godillots,sont clairs,le pantalon est sombre.Ces gens de prime abord tr&egrave;s pieux semblent un peu g&eacute;n&eacute;s par un ex&egrave;s d'humilit&eacute;.Leurs mouvements sont lourds ou&nbsp;poussifs comme si d'avoir toujours pos&eacute;s leurs pieds&nbsp;rien qu'ici,la pesanteur de leurs corps s'&eacute;tait &eacute;lev&eacute;e.Les maisons,les petites fermes sont de simples rez-de-jardin rectangulaires aux murs en &eacute;paisses planches et aux toits de t&ocirc;les ondul&eacute;es.Basses-cours,lapins,chats,chiens et compagnie se balladent &agrave; leurs gr&eacute;s alentours.Des&nbsp;bidons emplis de lait sont accroch&eacute;s aux portails de plusieurs habitations,le laitier d'une ferme des environs fait sa tourn&eacute;e&nbsp;avec une charrette.Le pittoresque moyen-&acirc;geux de ce patelin me touche le coeur.Toute mon enfance s'est pass&eacute;e dans une ferme,dans un hameau &agrave;&nbsp;deux kilom&egrave;tres de v&eacute;lo de la place de l'&eacute;glise d'un bourg de huit fois cinq cent&nbsp;&acirc;mes.Depuis quarante ans,la course folle des hommes et de leurs inventions,le fruit du travail des humains,deux bras et un cerveau multipli&eacute;s par millions,ont pour le meilleure,le moins pire ou lavec fatalit&eacute; in&eacute;xorablement modifi&eacute; le d&eacute;cor et la donne&nbsp;de nos quotidiens.Tout est trop lent pour que l'on puisse&nbsp;apr&eacute;hender la mutation et pourtant&nbsp; nos existences&nbsp;sont souvent&nbsp;malmen&eacute;es,oppr&eacute;ss&eacute;es par ce championnat des &eacute;conomiques soci&eacute;t&eacute;s du monde.Je&nbsp;regrette souvent mon enfance,un chat &eacute;tait un chat,je le happais du regard avec mes yeux de bambin fragile.Je courrais vers les jupes de ma m&egrave;re,je faisais la sieste tout contre mon p&egrave;re,j'arpentais la campagne frivole ou fripon,joueur,canaille,sensible.J'aimais,j'&eacute;prouvais,je r&ecirc;vais;J'avais moins de huit ans.C'est un retour dans le pass&eacute; que ces sensations subites et passag&egrave;res.Ne faisant que passer,d&eacute;pays&eacute; et jovial,je rejoins une&nbsp; quatri&egrave;me dimension,celle des voyageurs&nbsp;en g&eacute;n&eacute;ral qui ont troqu&eacute; la routine contre le hasard des autres horizons.-M&eacute;taphysique de globe-trotters-Le rythme,le tempo,la condition premi&egrave;re&nbsp;du v&eacute;lovoyageur&nbsp;sont un in&eacute;puisable&nbsp;app&eacute;tit pour la route&nbsp;et l'&eacute;lan&nbsp;&agrave; conserver vers toujours plus de kilom&egrave;tres.Ainsi en est-t'il de cette libert&eacute; &nbsp; particuli&egrave;re...de cette vie mi-civilis&eacute;e,mi-sauvage...de ces promenades chevauchant sans vergogne des histoires d'hommes,de nature,de cosmos avec pour rep&egrave;re essentiel le tourbillon de deux roues.Sighetul Marmatiei,l'Ukraine est &agrave; un vol de moineau,de l'autre c&ocirc;t&eacute; de la Tisa,&nbsp;mais il n'y a pas de poste fronti&egrave;re.Le pass&eacute; et la politique ont enfant&eacute; entre les pays ce genre de situations absurdes et grotesques.Le passage oblig&eacute; est&nbsp;&agrave; deux cent kilom&egrave;tres &agrave; l'est.Quel int&eacute;r&ecirc;t auraient les roumains &agrave; se rendre dans le&nbsp;pays voisin?Qu'est-ce qui&nbsp;n'est plus comme avant depuis 1989?.Je traverse la ville,contrast&eacute;e,m&eacute;li-m&eacute;lo de clinquant,de d&eacute;labrement,de pauvres gens,de mendiants,de 4x4 pilot&eacute;s par les expatri&eacute;s d'Italie revenus en nantis construire des vastes villas en bord de route,de devantures de bars neuves,de chiens errants,de carrioles &agrave; chevaux,de jolies filles fines comme des alumettes,de boh&eacute;miens aux habits multicolores,de gamins m'interpellant avec des &quot;hello&quot; ou &quot;something&quot; en tendant la main.Il y a un gros chien p&eacute;ri&nbsp;au plein milieu&nbsp;de la petite route qui va sinueuse&nbsp;entre les prairies et la toile de fond des collines&nbsp;des Maramures&nbsp;sous le gris perle d'un&nbsp;ciel haut.Les automobolistes contournent l'obstacle par la droite ou la gauche.Un&nbsp;moment de rituel pour moi,celui de mettre du religieux face l'animal victime de la route,de d&eacute;poser tendrement sa d&eacute;pouille dans le foss&eacute; dans une position lui signifiant mon respect,de saluer son innocence ou sa folie,de lui&nbsp;fa&ccedil;onner une s&eacute;pulture vite improvis&eacute;e avec des v&eacute;g&eacute;taux ou des pierres.C'est le premier chien mort&nbsp;ainsi que je vois depuis mon d&eacute;part,par contre&nbsp;que de&nbsp;chats.Il va falloir que je compose une pri&egrave;re pour ces idiots b&ecirc;tement assassin&eacute;s,le rite sera sacralis&eacute;.En Europe,des blaireaux,des serpents,des h&eacute;rissons,des oiseaux,des renards,des chevreuils,des biches,des rennes, finissent&nbsp;leurs jours&nbsp;en bordure des voies asphalt&eacute;es.L'indiff&eacute;rence des hommes,cloisonn&eacute;s dans leurs bagnoles,leur ignorance,leur manque de sensibilit&eacute; dans leur sale pi&eacute;tinement du monde naturel,de la faune et de la flore&nbsp;me laisse philosophe amer.Si l'esp&egrave;ce humaine et ses cvilisations&nbsp;avait&nbsp;plac&eacute; en priorit&eacute; la valeur amour de toutes vies sur la plan&egrave;te,ne serions-nous pas plus libres,plus forts,plus spirituels,plus heureux que nous le sommes.Je vous laisse m&eacute;diter &agrave; ce propos.L'&eacute;tat de&nbsp;transe,des r&eacute;v&eacute;lations,de nouvelles&nbsp;certitudes,l'exaltation facile,le d&eacute;lire fantastique,c'est &agrave; la force de millions de tours de p&eacute;daliers que j'y ai go&ucirc;t&eacute;.Le manque de sagesse des humains,notre incapacit&eacute;,notre impossibilit&eacute; ou&nbsp;notre absence&nbsp;d'adoration,nous les payons de servitude.Nous sommes le bourreau guillotin&eacute;...La route est une succession de petits cols dans la p&eacute;nombre des for&ecirc;ts de hauts r&eacute;sineux,la fra&icirc;cheur me donne vitalit&eacute; tel un dop&eacute; de l'air libre au hasard des heures.De la profondeur des bois vibrent&nbsp;les &eacute;chos d'une vie faunnique qui me rassure quant &agrave; ma solitude dans&nbsp;ces parages primitifs.Le vide apparent grouille d'une vie naturelle.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y a dix jours qu'aucun autre cyclocampeur&nbsp;longue distance n'est apparu sur la ligne d'horizon de ma route lorsque Andr&eacute;as sur son v&eacute;lo couch&eacute; croise mon chemin.Il est impr&eacute;ssionnant de parcourir les &eacute;pouvantables routes d&eacute;fonc&eacute;es,d'avoir braver les trombes d'eau de ces derniers jours dans la position qui est la sienne sur son engin.Je lui&nbsp;tire ma casquette car il est &eacute;vident que celui-l&agrave; est de la trempe des costauds.Tout les deux &agrave; cours de souffle,notre anglais est&nbsp;balbutiant&nbsp;mais je comprends qu'il termine deux semaines &agrave; travers le pays et qu'auparavant il&nbsp;a sillonn&eacute; la Slov&eacute;nie,la Croatie,la Bosnie et la Serbie Mont&eacute;n&eacute;gro.Lorsque d'une fa&ccedil;on soudaine un autre voyageur &agrave; v&eacute;lo appara&icirc;t sur mon itin&eacute;raire,c'est&nbsp;souvent un dr&ocirc;le de moment o&ugrave; j'aspire &agrave; communiquer ma ferveur de nomade,o&ugrave; je ressens un besoin d'amiti&eacute;,de partage&nbsp;&agrave; d&eacute;verser.Qui pourrait&nbsp;&ecirc;tre un Robinson Cruso&euml; du bicycle&nbsp;quand il apper&ccedil;oit des gens en pagaille&nbsp;auxquels il ne parle pas&nbsp;afin de&nbsp;conserver son &eacute;nergie?Je suppose que dans des r&eacute;gions inhabit&eacute;es,apr&egrave;s plusieurs jours sans avoir pr&eacute;ssentit une &acirc;me vivante dans le secteur,par un de ces&nbsp;constants paradoxes de la vie deux voyageurs de la petite reine d&eacute;testent parfois &agrave; se renconter?Il y a du vouloir &ecirc;tre tout &agrave; fait seul ou pas seul du tout en chacun de nous&nbsp;sans doute.C'est la fin de la mont&eacute;e,ma t&ecirc;te va cesser de se creuser de rien,mes muscles vont se d&eacute;bander,arr&ecirc;teront d'&ecirc;tre des &eacute;taux mordant ma chair,mon dos va s'&eacute;tirer et finir de&nbsp;me pincer l'&eacute;chine,mes yeux regarderont &agrave; nouveau le beau paysage,mon fessier stoppera de me cuire,je me souleverai sur les p&eacute;dales pour a&eacute;rer les coins chauds&nbsp;de&nbsp;mon organisme et pour le d&eacute;contracter,la combustion calorique&nbsp;de l'ascension prend fin&nbsp;et&nbsp;comme par magie sur la longue descente jusqu'&agrave; la bourgade de&nbsp;Borsa o&ugrave; je trouverai mon carburant alimentaire je fredonnerai les&nbsp;airs populaires volontairement appris avant le d&eacute;part pour me tenir compagnie.L'agglom&eacute;ration s'&eacute;tire sur&nbsp;dix kilom&egrave;tres maison par maison sans route adjacente&nbsp;de part et d'autre du&nbsp;bourg central&nbsp;et son &eacute;glise orrthodoxe,ses commerces,l&agrave; comme des plantes &eacute;xotiques transplant&eacute;es.Le pays n'a jamais eu les fonds financiers pour &eacute;lagir la bourgade&nbsp;en am&eacute;nagant des voies de chaque&nbsp;c&ocirc;t&eacute; de l'axe principal;La partie nord et ses fermes vieillies en bois et toits de t&ocirc;le est l'ancienne,la partie sud est la nouvelle en cours de construction avec l'argent import&eacute; par ceux&nbsp;multipliant par cinq,dix ou trente leurs salaires &agrave; l'&eacute;tranger ou&nbsp;gagn&eacute; sur place dans un business d&eacute;sormais possible.Deux mondes se juxtaposent,celui d'avant et son &eacute;conomie de subsistance mis&eacute;reuse,du travail de la terre et de la for&ecirc;t sous contr&ocirc;le v&eacute;rouill&eacute; par l'ancienne dictature et celui de maintenant profitant de la lib&eacute;ralisation politique,de l'ouverture du pays aux &eacute;changes humains et commerciaux&nbsp;sous la fr&eacute;n&eacute;sie des vertus et des vices de l'argent.Cette partie de mon p&eacute;riple est un entier apper&ccedil;u du virage &agrave; cent quatre-vingt degr&eacute;s que la soci&eacute;t&eacute; roumaine est en train d'op&eacute;rer.Paradoxe:Nous sommes beaucoup &agrave; regretter les charmes d'autrefois patin&eacute;s par le temps qui emb&eacute;llit,qui parlent de courages d'hommes,qui&nbsp;excusent presque tout et pourtant que faisons-nous pour imiter ou conserver&nbsp;la douceur d'antan,la po&eacute;sie qu'elle murmure,la tranquillit&eacute; apaisante qu'elle nous apporte,dans les nouvelles constructions,dans l'organisation complexe de nos futurs univers.Presque rien!Nous oublions autrefois pour ne voir que maintenant et ensuite.Nous vivons&nbsp;dans un tout &eacute;conomique qui h&acirc;te les choses par souci imm&eacute;diat de rentabilit&eacute;,d'un id&eacute;al&nbsp;de pacotille mat&eacute;rielle o&ugrave; le spirituel&nbsp;de nos vies est une peau de chagrin.Les roumains construisent de nouvelles &eacute;glises,je n'est pas vu de&nbsp;pareils chantiers dans les autres pays europ&eacute;ens,des&nbsp;semblables&nbsp;aux plus belles de jadis;Le&nbsp;fait de ces&nbsp;b&acirc;tisseurs&nbsp;s'oppose &agrave;&nbsp;ma&nbsp;r&eacute;flexion pr&eacute;c&eacute;dente.Heureusement en somme que dans ce qui ressemble souvent &agrave; un chaos inqui&eacute;tant,il y a&nbsp;tout un jeu de contradictions faisant que dans la m&eacute;tamorphose d'une soci&eacute;t&eacute;,donner des conclusions&nbsp;&agrave; la situation&nbsp;est une devinette impossible.L'eden terrestre n'est pas pour ce si&egrave;cle et tout les hommes vivent&nbsp;avec leurs propres&nbsp;imperfections d'actions et de pens&eacute;es dans&nbsp;des paysages contradictoires.On r&ecirc;ve de vivre en bon sauvage dans un contexte o&ugrave; ce n'est plus possible.Croyez-vous que je pr&eacute;f&egrave;re les&nbsp;vieux puits &agrave; l'eau fra&icirc;che et limpide de la partie nord de cette ville ou m'asseoir &agrave; la terrasse d'un moderne bar dans sa partie sud en construction?Je ne sais pas,je suis ambivalent,je passe d'une soci&eacute;t&eacute; &agrave; l'autre avec souvent de l'insatisfaction li&eacute;e au fait de l'autre.C'est dommage&nbsp;de ne pas faire&nbsp;de ces oppos&eacute;s inconciliables un art de vivre sans dualit&eacute;.Les humains sont une toute puissance qui veut rire et non pas pleurer sa destin&eacute;e.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux vieilles femmes assises sur un banc de pierres &agrave; l'ombre d'un tilleul caressent un chaton,l'image me saisit d'attendrissement,je freine &agrave; bloc,m'approche de ces dames aimables,simplettes,propres avec leur bas et tabliers nylon,leurs cheveux nou&eacute;s,leurs regards limpides,pour vibrer &agrave; l'unisson dans cette picturale sc&egrave;ne,caresser cette petite cr&eacute;ature c&eacute;leste,exutoire du besoin d'amour.Elles ne font pas de cas de moi,que je sois cycliste,voyageur,fran&ccedil;ais,est-ce si important puisque je suis un &ecirc;tre humain.Les&nbsp;plus modestes d'ici&nbsp;s'&eacute;tonnent de tout et de rien indifferemment.Ils ne se&nbsp;sentent pas&nbsp;tr&egrave;s concern&eacute;s par de l'in&eacute;dit dans leur quotidien puisque leurs vies tr&egrave;s certainement ne changeront&nbsp;jamais.Je me d&eacute;hanche de plus en plus sur ma selle,l'allure agr&eacute;able que je m'&eacute;fforce d'avoir en passant pr&egrave;s des autochtones&nbsp;passant&nbsp;le plus clair du temps&nbsp;dehors pr&egrave;s de leur domicile,des anciens dont le loisir principal est de surveiller candidement le spectacle de la rue,des enfants qui apparaissent de leurs cachettes,des adolescents&nbsp;aux regards obliques,des femmes incr&eacute;dules,est oubli&eacute;e au profit du souci de mon repas et de ma nuit.Dans la minuscule &eacute;picerie,le vendeur aux tempes grisonnantes se&nbsp;dresse droit important,essayant de saisir ma demande fait de doigts point&eacute;s et de bras tendus,de gestes quelconques&nbsp;et de trois mots vernaculaires.Lui,il gagne de l'argent honn&ecirc;tement,avec malice et sans trop se fatiguer.J'ai ce qu'il faut:Pain,soupe en sachet,sauce tomate,fromage blanc,confiture,une canette de bi&egrave;re.Deux kilos suppl&eacute;mentaires &agrave; charrier mais l'&eacute;tape touche &agrave; sa fin;Demain &agrave; l'aube,il y aura quelques centaines de sangsues sur ma toile de tente,je n'ai &agrave; ce jour pas d'explication de cette envahissement...Planqu&eacute; entre des lignes de ma&iuml;s et une parcelle de bl&eacute;,je monte la tente sur le carr&eacute; de luzerne coup&eacute;e,&agrave; l'abri des curieux dans cette zone peupl&eacute;e.Un torrent&nbsp;&nbsp;finissant son imp&eacute;tueuse course de la montagne coulent ses flots &agrave; cinquante m&egrave;tres;L'endroit est du genre id&eacute;al en ce lieu.Ma guitoune fait deux kilos,la monter m'est devenu un m&eacute;canisme inn&eacute; apr&egrave;s plus de quatre mois de voyage.En deux ou trois minutes,l'affaire de mon nid nocturne est r&eacute;gl&eacute;e.-Petit un:Trouver l'emplacement le plus plat,le moins humide,le plus moelleux,le moins froid et si possible une orientation avec soleil levant sur l'avant de la toile.Petit deux:Etaler une couverture de survie.Petit trois:Dresser mon habitat ambulant dessus.Petit quatre&nbsp;par temps de vent fort:V&eacute;rifier l'enfoncement des sardines.Petit cinq:Glonfler le matelas,&eacute;taler le duvet et sortir le coussin.Je peux maintenant&nbsp;me rendre &agrave;&nbsp;la riviere pour une incomparable toilette,puis j'allumerai le r&eacute;chaud &agrave; p&eacute;trole et pr&eacute;parerai ma bouffe avec mon app&eacute;tit d'ogre de tout les soirs.Enfin,je&nbsp;prendrai de la d&eacute;tente,regardant ma carte et mon guide pour le lendemain,&eacute;coutant ma radio petite fr&eacute;quence,soufflant dans l'harmonica,r&eacute;p&eacute;tant mes chansons ou j'irai faire une petite ballade alentours pour mieux comprendre o&ugrave; je suis.Trop &ecirc;tre sur son deux roues&nbsp;conduit fatalement &agrave; un peu d'abrutissement,les&nbsp;ballades &agrave; pied sont un compl&eacute;ment &eacute;quilibrant.En voyage longue dur&eacute;e,je conseille aux cyclocampeurs de randonner en montagne.Depuis la route le plus sublime des massifs&nbsp;ne peut se contempler,et puis les esprits diff&eacute;rents&nbsp;qui accompagnent ces deux activit&eacute;s de plein airs&nbsp;sont sources d'&eacute;panou&iuml;ssement.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; La rivi&egrave;re est une poubelle &agrave; ciel ouvert.L'espace de douze jours et de mille kilom&egrave;tres &agrave; l'interieur des fronti&egrave;res,une seule fois j'ai vu un serivce d'&eacute;boueurs de fortune,une charrette attel&eacute;e &agrave; un cheval de trait guid&eacute; par deux hommes entassant des sacs en toile de jute d&eacute;pos&eacute;s devant&nbsp;les maisons d'un village.C'est sans doute le d&eacute;but&nbsp;d'une histoire de l'hygi&egrave;ne publique.La Roumaine plus d'un si&egrave;cle apr&egrave;s&nbsp;les autres pays europ&eacute;ens commence le ramassage public de ses sacs &agrave; ordures.Il est vrai qu'&agrave; l'&egrave;re Ceausescu,les emballages &eacute;tait rares puisque les marchandises l'&eacute;taient aussi au sein d'une nation interdite de presque tout.C'est la d&eacute;b&acirc;cle &eacute;cologique,les cours d'eau font office de d&eacute;potoir et entra&icirc;nent journellement des tonnes d'ordures manag&egrave;res ou industrielles qui souillent de fa&ccedil;on catastrophique le pays.Un jeune homme sort de chez lui,un bon sac poubelle en plastique ficel&eacute;,l'identique de ce que le bon petit fran&ccedil;ais r&eacute;alise,traverse la route et plein d'&eacute;nergie exp&eacute;die le paquet dans l'eau de la rivi&egrave;re en crue.Bonjour les d&eacute;g&acirc;ts,ils font tous ou presque cela.En 2005,ils y avaient les sacs plastiques d'une soci&eacute;t&eacute; de consommation en expansion mais pas de ramassage et de recyclement de ses&nbsp;d&eacute;chets.Les roumains sont depuis citoyens de la CEE,pour un tel probl&egrave;me &eacute;cologique de base,la nouvelle adh&eacute;sion apportera de l'ordre.Il faut l'esp&egrave;rer.Comment est-il possible que de la masse astronomique de nos infos m&eacute;diatiques,jamais je n'ai rien entendu au sujet de ces sous-moeurs roumaines?Le probl&egrave;me&nbsp;ne nous touche pas directement et ne repr&eacute;sente aucun int&eacute;r&ecirc;t pour quiconque.C'est un bel exemple&nbsp;de la douce sournoiserie du genre humain.On pr&eacute;f&egrave;re que son &eacute;go soit flatter d'une fa&ccedil;on ou d'une autre plut&ocirc;t que&nbsp;de s'occuper d'un probl&egrave;me ingrat.Du fond de ma personne,je tenais &agrave; &eacute;crire ces quelques lignes,r&eacute;volt&eacute; par ces occidentaux en ballades touristiques cet &eacute;t&eacute; 2005 semblant parfaitement indiff&eacute;rents&nbsp;&agrave; ce cloaque roumain.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; A peine un jour d'accalmie et la &quot;mousson&quot; des Carpathes reprend,je me&nbsp;r&eacute;fugie&nbsp;sur la terrasse d'un caf&eacute; d&eacute;j&agrave; grelottant,mouill&eacute; comme un canard d&eacute;plum&eacute; sortant de l'eau.Fonction social imparable des bistrots:Je peux alors&nbsp;obtenir des parenth&egrave;ses&nbsp;de plaisanteries,des pauses r&eacute;cr&eacute;atives &agrave; mon chemin d'illumin&eacute; du v&eacute;lo.Je me r&eacute;concilie avec la bonne vieille nature de mes fr&egrave;res d'&eacute;xistence.Les gouttes d'eau mitraillent le chapiteau&nbsp;de la terrasse,nous sommes un dimanche,les locaux vont et viennent s'asseoir ici pour &eacute;viter la pluie.Je demande une cigarette &agrave; un homme qu'il m'offre &agrave; la condition de lui fournir les X lei lui manquant pour un verre de vin.L'&eacute;change est conclus et je&nbsp;partage la table de cet&nbsp;individu rieur,alcoolique l&eacute;ger et brave citoyen,mon ami d'un instant.Sans avoir rien &agrave; se dire,sans&nbsp; comprendre ce que je suis &agrave; ses yeux,nous rions de rire;Effet des trombes de pluie,effet de ma d&eacute;gaine avec mon poncho d&eacute;chir&eacute; et en bas&nbsp;mes mollets d&eacute;goulinant sur mes&nbsp;sandales d&eacute;tremp&eacute;es,effet de la vie,j'aime ces instants o&ugrave; les humains se retransforment en enfants,cessent leur s&eacute;rieux &agrave; tout prix.Dans ce pays d'Europe de l'Est,vous &ecirc;tes bien servi pour&nbsp;les minutes d'enfance g&eacute;n&eacute;rale.&nbsp;Vous fraternisez avec les roumains&nbsp; ais&eacute;ment,leur sens de la collectivit&eacute; est tout naturel,eux peuple issu du peuple ayant v&eacute;cu&nbsp;les longues ann&eacute;es d'un joug politique s&eacute;v&egrave;re et intouchable.L'innondation ext&eacute;rieure attise les odeurs dans le bar-tabac,&ccedil;a sent plein de choses,l'alcool,le caf&eacute;,l'infusion,le jus de fruit,le chocolat,la pipe,la cigarette,le papier,le produit m&eacute;nager.Ce patchwork odorant est un moment d'&eacute;vasion gratuit pour moi,ce cocktail est du terroir&nbsp;et il m'enivre d'un songe muet.Je vis d'ailleurs en ailleurs au cours de mon voyage,des douces ivresses se r&eacute;p&egrave;tent qui rythment ma route.Dans l'identique lamentable &eacute;tat j'essuie avec un chiffon le selle en cuir&nbsp;dans un processus d'encouragement,oblig&eacute; de poursuivre l'aventure dans un rocambolesque enfer de pluie.Mon &eacute;nergie,ma volont&eacute;,mon optomisme rassembl&eacute;s seront bient&ocirc;t inutiles pour m'enteter &agrave; rouler.Je cherche &agrave; tout prix un refuge providentiel et ce sera une &eacute;glise &agrave; l'heure de l'office.Une aubaine,un&nbsp;appel d'un saint protecteur,une porte s'ouvrant pour un naufrag&eacute;,un secours pr&eacute;destin&eacute;,je pose le v&eacute;lo sur sa b&eacute;quille sur le parvis et entre me r&eacute;chauffer,me s&eacute;cher &agrave; renfort des pieux &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s,du&nbsp;pr&ecirc;che en roumain&nbsp;que j'&eacute;couterai en &eacute;motions,de la beaut&eacute; de l'int&eacute;rieur de l'&eacute;difice.A genoux dans la nef,t&ecirc;te inclin&eacute;e par humilit&eacute; ou soumission,je suis parmi les femmes et une d'entre elles me signale de m'asseoir sur un banc au fond.Les hommes se tiennent debout&nbsp;dans les&nbsp;absides&nbsp;pr&egrave;s du choeur &eacute;coutant le pope de c&ocirc;t&eacute;.La lithurgie orthoxode et&nbsp;les us&nbsp;et coutumes religieux&nbsp;des locaux&nbsp;m'interloquent La nette s&eacute;paration des femmes et des hommes dans l'&eacute;glise o&ugrave; celles-ci se prosternent et ceux-ci sont debouts hypnotis&eacute;s d&eacute;note un fort archa&iuml;sme social qui me pousse &agrave; de vagues imaginations.C'est excellent pour m'essorer et &eacute;viter des quart d'heure de d&eacute;luge.La&nbsp;jeune femme assise contre mon corps est endimanch&eacute;e avec un raffinement exacerb&eacute;.Le supr&ecirc;me de l'&eacute;l&eacute;gance f&eacute;minin&nbsp;se montre dans les &eacute;glises ici.Elle est belle,les cheveux longs,fins,noirs luisant &agrave; l'&eacute;clairage des chandeliers,les cils d'une poup&eacute;e,la peau d'une orange sans traitement teinte en claire cr&egrave;me caramel.Son habillement vaut le prix de plusieurs vieilles Dacia,pantalon-veste gris azur en tergal et&nbsp;traits verticaux&nbsp;sombres,chemisier blanc d'oies,chaussures noirs caf&eacute; en cuir fin &agrave; crochets dor&eacute;s.Elles arborent une gamme de&nbsp;bijoux scintillant de valeur,de pierreries et d'or plaqu&eacute;&nbsp;aux oreilles,au cou,aux poignets et &agrave; trois de&nbsp;ses doigts,cet attirail se&nbsp;r&eacute;pondant m&eacute;lodieusement.Elle enbaume l'endroit des &eacute;ffluves d'un parfum fleuri.Sans doute est-elle &agrave; la messe pour prier les saints de sa religieux de veiller &agrave; son id&eacute;al de richesse,de standing,de noblesse distingu&eacute;es&nbsp;et innocemment narcissique.Etre&nbsp;ais&eacute; est un p&eacute;ch&eacute; qui se soigne sous ce ciel d'infortune dominante.Je ne semble pas la distraire,elle c&ocirc;toie&nbsp;le monde mis&eacute;reux d'ici.J'&eacute;coute l'office d'une autre fa&ccedil;on par sa pr&eacute;sence ti&egrave;de,la regardant du coin de l'oeil,interdit et joyeux de r&eacute;cup&eacute;rer&nbsp;en&nbsp;cette compagnie dans une parenth&egrave;se de temps &eacute;rotico-religieuse.J'ai envie de jouer avec la situation,de poser par m&eacute;garde voulue le bout de mes doigts sur sa cuisse qui fr&ocirc;le la mienne,de lui faire sentir la rotule de mon coude contre son flanc d&eacute;licatement dessus sa veste,j'ai envie qu'elle respire&nbsp;une odeur de cycliste fou mais elle demeure impassible.Elle para&icirc;t concentr&eacute;e sur de pieux souhaits demandant&nbsp;un total s&eacute;rieux,sa fortune n'est-elle qu'apparat ou inconfortablement pr&eacute;caire.Je n'aurai m&ecirc;me pas obtenu un petit regard distrait pour aspirer une ombre de son &acirc;me.Je sortirai de l'&eacute;glise avec un souvenir de gr&acirc;ce et de douceur atypique &agrave; emporter triomphant sur la suite de ce jour de pluie.Sous effet&nbsp; alchimique de ces minutes tr&egrave;s chr&eacute;tiennes,je repars sous les giboul&eacute;es sans plus en faire de cas,je vois plus pr&eacute;cisement,plus objectivement,les autochtones qui vaquent de mille fa&ccedil;ons sur mon art&egrave;re asphalt&eacute;e.Mon itin&eacute;raire trac&eacute; hier soir m'oblige &agrave; quitter la vall&eacute;e grouillante de vie et &agrave; escalader un col de dix kilom&egrave;tres en direction de la ville de Piatra-N&eacute;amt&nbsp;dans le Sud-Ouest de la&nbsp;Moldavie roumaine.La montagne est noy&eacute;e dans une brume &eacute;paisse,brassant l'air comme une furie,j'apper&ccedil;ois par brefs intervalles le vert intense des alpages et les silhouettes fantomatiques des arbres.Les torrents et cours d'eau crachent des flots immenses et ravageurs mais les lits sont assez profonds pour contenir ces d&eacute;mons sans barrer ma route.Ils claquent comme les vibrations d'un immense tambour martel&eacute; par des bras de g&eacute;ants.Les b&ecirc;lements d'un troupeau de moutons chantent en l&eacute;gers &eacute;chos aux alentours.Au col,une bande de romanis insiste pour avoir leur photo de groupe et me remercie de l'exp&eacute;dier bient&ocirc;t &agrave; leur adresse.Leur demande semble l&eacute;gitime sachant que je venais de&nbsp;photogaphier &agrave; c&ocirc;t&eacute; d'eux&nbsp;une vache tr&egrave;s maigre,broutant avidement.Ces camp-volant irradient de bonheur,ils sont habill&eacute;s chaud et se trouvent d'&ecirc;tre deux femmes,deux hommes,un b&eacute;b&eacute;,deux enfants et un vieillard.Tous ont des dents en moins&nbsp;ce qui pour les sourires du clich&eacute; fait un effet savant.Que font-ils l&agrave; dans le froid,la brume,sous la pluie &agrave; presque deux mille m&egrave;tres alors qu'hormis une petite maison restaurant,il n'y a rien dans les dix bornes &agrave; la ronde.C'est un myst&egrave;re que mon intelligence ne peut percer.Dans l'auberge,il&nbsp;y a&nbsp;une bonne chaleur de feu de bois,mon linge s&eacute;chera,je bois un caf&eacute; fumant et je croque de biscuits-galettes.Je suis un homme qui se retape aux sources de la vie,je regarde derri&egrave;re une vitre&nbsp;les filets de brouillard erratiques qui&nbsp;me transportent vers une id&eacute;e de gen&egrave;se de la terre.Le sentiment que roumains et fran&ccedil;ais sommes des nations&nbsp; g&eacute;mellaires ne me quitte pas,c'est le leitmotiv de mes pens&eacute;es pendant ce trajet.Ni en Hongrie,ni en Gr&egrave;ce,ni en Norv&egrave;ge,ni aux Pays-Bas,ni dans aucun autre pays d'Europe,je n'ai eu cette impression de parent&eacute; culturelle,sauf en Italie,en Espagne et au Portugal.Le creuset de l'histoire de la veille Europe me passionnerait d'&eacute;tudes mais je dois p&eacute;daler;C'est avec regret que&nbsp;souvent je passe pr&egrave;s de visites captivantes sans me payer une halte instruvtive.Une vie&nbsp;de&nbsp;cycliste de&nbsp;soixante-dix&nbsp;ans serait probablement insuffissante pour tout voir,vider son esprit &agrave; aimer et &agrave; comprendre tout les endroits&nbsp;follement riches de sens et de beaut&eacute; de l'ensemble de ce tour d'Europe.La pluie a cess&eacute;,de timides rayons solaires&nbsp;apparaissent par des trou&eacute;es de la masse nuageuse,la lumi&egrave;re flashe&nbsp;avec le sol gorg&eacute; d'eau,&nbsp;le paysage se d&eacute;couvre &agrave; nouveau,un troupeau de moutons grand comme un petit lac me stoppe dans la redescente.Un couple de &nbsp;touristes hollandais en petit camping-car patiente avec moi devant le spectacle rafra&icirc;chissant et heureux de ces b&ecirc;tes &agrave; laine cherchant une issue&nbsp;&agrave; ce parcours routier.Une occasion &eacute;vidente de faire connaissance avec&nbsp;ses vacanciers du pays des polders,de&nbsp;d&eacute;guster un th&eacute; sucr&eacute; chaud r&eacute;parateur.Debout sur le toit du v&eacute;hicule,le panorama sur la vall&eacute;e d&eacute;gag&eacute;e de la pur&eacute;e de pois&nbsp;est plus vaste pour choisir un cadre &agrave; une photo expressive et touchante.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les boh&eacute;miens sont l&eacute;gions&nbsp;vers la fin de ma descente,il ont investi de veilles bicoques aux toitures d&eacute;fonc&eacute;es,rejet&eacute;es jusqu'ici par les vicissitudes de leurs p&eacute;r&eacute;grinations.Ils r&eacute;cup&egrave;rent du bois et divers mat&eacute;riaux emport&eacute;s par le torrent en crue.Ils p&eacute;chent au hasard ce que d'autres jettent dans les flots.Un&nbsp;jeune gar&ccedil;on tient un gros pain sous sa hanche;O&ugrave; a-t'il fait cette affaire?Il n'y a pas de village &agrave; moins de&nbsp;trois lieue.Il sagit chaque jour de tout un programme complexe pour ces nomades pour avoir pitance et abris.Leur philosophie est sans doute d'&ecirc;tre dans des conditions d'avant la soci&eacute;t&eacute; de consommation tout en vivant n&eacute;c&eacute;ssairement &agrave; c&ocirc;t&eacute; et avec elle.Ni ils rejettent le monde pr&eacute;sent,ni ils acceptent d'y prendre pied.Je ne les conna&icirc;t pas;Il est malais&eacute; de communiquer avec eux tellement leur mode d'&eacute;xistence s'oppose au notre.Il ya certainement une dimension mystique ou m&ecirc;me surnaturelle &agrave; leurs vies.Que savent-t'ils des &eacute;toiles,des fleurs,des battements du coeur...?Quels sont leurs regards sur un arbre,un chien,l'eau intr&eacute;pide...?Quels rites claniques entretiennent-t'ils?Combien aiment-t'ils leurs enfants?Quelles sont leurs croyances et leurs attitudes face &agrave; la mort?.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La masure-&eacute;table o&ugrave; ma nuit sera est un m&ocirc;tel quatre &eacute;toiles pour cyclocampeur vagabond.La porte ferme,les deux fen&ecirc;tres de l'unique pi&egrave;ce ont des vitres,les poutres feront &eacute;tendage,du foin fournira le matelas et essorera l'int&eacute;rieur des baskets.Le r&eacute;chaud sifflote,la radio gr&eacute;sille,la pluie joue du xylophone avec les tuiles.Je suis dans un cadre de pur vagabondage.Le bruit du vent dans les arbres est sans pause,refrain ininterrompu de la vaillante nature.La rivi&egrave;re gronde une m&eacute;lop&eacute;e cacophonique.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne retiens aucun de mes r&ecirc;ves nocturnes depuis le commencement du p&eacute;riple,chaque soir mon corps vid&eacute; de ces forces pars dans un n&eacute;ant r&eacute;parateur duquel je m'extirpe tout les matins tel un nouveau-n&eacute;.</p>]]></content:encoded>
	   
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